C’est pas juste

“Juste 25 milliards de dollars”
Ainsi commence l’éditorial du Monde du 12 mars, en page 2, sous le titre “Une aumône”. Tiens, se dit-on, 25 milliards exactement, 25 milliards pile : pourquoi insister sur la précision de ce chiffre ? Et puis on continue à lire, et on s’aperçoit vite qu’il dénonce, à bon escient (j’allais écrire : “à juste titre”) la modicité “de l’aide d’urgence évaluée par le FMI pour secourir vingt-deux pays à bas revenus”, et donc que ce “juste”, incompréhensible (et qui en fait évoque “injuste”), est employé à la place de “seulement” : “Seulement 25 milliards de dollars”.
Voilà que Le Monde parle comme dans les cours de collèges, maintenant. On se croirait dans le “Dîner de cons”, de Francis Veber :

- Il s’appelle Juste Leblanc
- Ah bon, il n’a pas de prénom ?
- Je viens de vous le dire : Juste Leblanc. “Leblanc”, c’est son nom, et c’est “Juste” son prénom. Monsieur Pignon, votre prénom à vous, c’est François, c’est juste ?
- Oui.
- Et bien lui, c’est pareil : c’est Juste !

L’américanisation de la langue poursuit ses ravages : “initier” pour commencer, lancer ; “finaliser” pour terminer ; “opportunité” pour occasion, possibilité ; “intégrer” pour entrer à ou dans ; “compléter” pour finir, remplir ; et “juste” pour seulement…
Pour bien nous confirmer le retour à l’école, l’éditorial développe aimablement à l’intention des potaches ignares que nous sommes les sigles FMI et PIB.
Il y a même un exercice d’explication de texte, puisqu’il nous est proposé une phrase absconse, sans doute à expliquer :
“Le taux de pauvreté augmente au rythme de deux points quand la croissance du PIB (produit intérieur brut) recule d’un point.”
Bon courage, vous aurez peut-être… juste !

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