Des correcteurs, SVP !

Jeudi 29 octobre 2009

En page 5 du numéro d’aujourd’hui, une présentation par Paul Benkimoun des grandes lignes du dernier rapport de l’OMS sur les principaux facteurs de mortalité dans le monde, résumées dans un tableau.
On apprend dans celui-ci que dans les pays à hauts revenus, l’Hyperglycémie est à la fois le deuxième (16,8% du nombre de morts) et le cinquième (7,0%) facteur de mortalité. Un peu beaucoup pour un seul facteur !
En fait, il s’agit, en deuxième rang, de l’hypertension, comme l’indique l’original, facile à trouver sur une page web qu’il suffit de traduire de l’anglais. Encore faudrait-il le faire correctement, “Indoor smoke from solid fuels” devenant “Inhalation de fumée de combustibles solides”. Est-ce si difficile d’avoir des correcteurs ?
J’ajoute d’ailleurs que je suis un peu perplexe de voir figurer indifféremment dans le tableau des causes (Tabagisme, Manque d’eau, Rapports sexuels à risque, par exemple) et des conséquences (Hypercholestérolémie, Hypertension artérielle). Il s’agit là de la responsabilité de l’organisation, mais on s’étonne que Le Monde ne s’en étonne pas…
Puisqu’il est question de correcteur, celui-ci aurait pu signaler que dans l’article de M. Roche, en bas de page 3, le trader milliardaire Marc Rich s’exprime “dans un anglais légèrement teinté d’accent allemand”, mais qu’il “n’a cessé de vouvoyer son interlocuteur”. Difficile, dans la langue de Shakespeare, non ?


Mammifères…

Mardi 4 août 2009

Le Monde du 4 août entame, en page 17, une série d’articles de Catherine Vincent dont le premier est intitulé : “Il était une fois deux sexes”. On y lit d’emblée :
“Nous aurions pu n’en avoir qu’un seul, qui se serait suffi à lui-même. Ou trois, ou quatre. Ou un nombre variant selon les saisons. En mammifères que nous sommes, ce fut deux. Deux sexes.”
Bigre, tout cela donne fortement à penser que la dualité sexuelle n’est propre qu’aux mammifères… Hélas (ou pas !) il n’en est rien : des tas d’oiseaux, de poissons, de reptiles, ou même de plantes, sont là pour nous prouver le contraire et assument bravement, comme nous, la dualité masculin-féminin, en fait la plus largement répandue dans le règne du vivant.

PS. Le Grand Vérificateur de mots du Monde doit être en vacances : on lit dans ce numéro une phrase comme “Les autorités marocaines n’auraient-elles été que dans la manipulation” (p. 6) et surtout deux titres dans la même page 2 : “Pour rester le bain” à propos des mondiaux de natation à Rome, et “Les Palestiniens en mal représentation et de stratégie”.


Dans la Lune

Mardi 21 juillet 2009

Un dossier de 12 pages, dans le Monde du mardi 21 juillet, pour célébrer les quarante ans du premier pas sur la Lune.
Je passe sur la dernière page du dossier, entièrement consacrée à des dessins de Plantu, qui a rarement fait preuve d’un tel manque d’inspiration et ce, hélas, aux dépens d’Hergé et de Tintin…
Non, ce qui justifie mon billet, dans les pages 6-7 consacrées par Jérôme Gautheret aux précédents littéraires de voyage dans la Lune, c’est l’article intitulé “Un voyage en dirigeable pour Edgar Poe”.
D’abord, le principe : “C’est en 1783 (…) que les frères Montgolfier font la première démonstration de leur ballon gonflé à l’hydrogène.” Faux, le ballon des frères Montgolfier fonctionnait à l’air chaud. Il y a confusion avec le ballon de Jacques Charles, utilisé à la fin de la même année.
J. Gautheret écrit par ailleurs : “Depuis cette date, on sait qu’il est possible à un objet plus lourd que l’air de s’extraire de l’attraction terrestre”. Or le principe même des ballons (autant que des dirigeables) est précisément que ces aérostats sont, au total, plus légers que l’air. Il faudra attendre l’extrême fin du XIXe siècle pour voir enfin s’envoler des plus lourds que l’air, les avions, après d’ailleurs de longs débats théoriques sur la possibilité d’un tel vol !
Quant à “dirigeable”, le ballon des frères Montgolfier n’en est pas un : on ne peut le “diriger” ; celui attribué à Hans Pfaall, le personnage d’Edgar Poe (qui ne fait pas cette erreur, et pour cause), n’est l’est pas non plus. Ce ne sont que de simples ballons. Le premier dirigeable au sens propre sera construit par l’ingénieur Henri Giffart en 1852.
PS. Le bandeau en haut de la Une du journal annonce : “Marchons sur la Lune : un dossier spécial + un double album de Tintin”, sans autre précision, laissant entendre (à tort) que le second est gratuit, comme le premier !


Plus ou moins vite que la musique ?

Mercredi 15 juillet 2009

“Des données transmises à la vitesse de la lumière” lit-on en titre d’un encart de la page 18 du numéro du 15 juillet, en marge d’un article intitulé “Comment choisir son opérateur de fibre optique”.
L’encart commence ainsi : ” La fibre optique est un fil de verre ou de plastique très fin, de l’épaisseur d’un cheveu, qui transmet les données à la vitesse de la lumière.” et continue : “Elle véhicule les informations beaucoup plus vite que ne le fait le courant électrique sur un fil de cuivre (ADSL)”
Beaucoup plus vite ? On ne saurait dire : la vitesse de l’électricité dans un fil de cuivre est d’environ 273 000 km/s, alors que celle de la lumière dans une fibre de verre est inférieure à sa vitesse dans le vide, en fonction de l’indice de réfraction du matériau, donc environ d’un tiers, inférieure ainsi à la vitesse de l’électricité dans le cuivre !
Alors, que se passe-t-il ? Simplement que la lumière utilisée dans une fibre optique permet de transmettre énormément plus d’informations que l’électricité. Ce n’est pas la vitesse qui y est supérieure, au contraire. Ce qui est supérieur, et incomparablement, en effet, c’est le débit.


Intégrer, intégrer

Jeudi 14 mai 2009

Le numéro 199 999 du Monde se prépare à un nouvel élan en publiant quelques perles… Qu’on en juge :
On apprend en page 15, sous le titre “Kiabi intègre l’enseigne Vêti”, que Kiabi a “finalisé” (sic) un protocole avec l’enseigne Vêti pour, je cite, “intégrer une centaine de ses 200 magasins d’ici au premier semestre 2010.”. Le journal cède à mode de l’”intégration” directe de mots anglais en concurrence avec des mots français existants (voir “opportunité”, “initier” ou, dans ce même article, “finaliser) et comme ici, avec des sens directement contraires. “Intégrer” veut dire entre autres “faire entrer en son sein” mais l’emploi maintenant à la mode va dans le sens inverse, et signifie : “entrer dans”. Ainsi, alors que Polytechnique devrait vous intégrer dans ses rangs, en fait c’est vous qui allez intégrer Polytechnique. Ce qui fait que dans l’article en question, on ne sait pas très bien, suivant le sens choisi pour “intégrer”, si c’est Kiabi qui rachète Vêti ou l’inverse.
Allez, Le Monde n’est pas fâché qu’avec les mots, il l’est aussi avec les chif
fres : en page 18, sous le titre “Sept présidents d’université en appellent au chef de l’État”, on trouve un texte qui se termine par… 6 signatures. Le plus cocasse est que ce texte est situé dans la page juste au-dessus de la rubrique “Rectificatifs & précisions” où l’on lit par exemple que, dans le numéro de la veille, la photo “illustrant la nécrologie du galeriste parisien Mathias Fels représentait en réalité le dramaturge brésilien Augusto Boal.” Il faut le faire !


L’envol des caribous

Mardi 31 mars 2009

Ma correspondante favorite me rappelle un point qui ne m’avait pas échappé sur le moment mais que j’avais fini par oublier, et ça aurait été dommage, jugez plutôt :
Dans un article intitulé “Les papy-boomers prennent le large”, dans le quotidien daté du 19 mars dernier, Laurent Carpentier évoque les croisières sportives de plus en plus prisées par les “seniors”, pour employer un vocabulaire politiquement correct. Au milieu de descriptions de vieillards saisis par le démon de l’aventure, il décrit un paysage du Groenland et, dit-il, les « herbes rassurantes de la toundra où des caribous s’envolent en silence ».
J’avoue que l’envol des caribous m’a laissé sur place… J’ai même été vérifier si, par hasard, le mot n’avait pas un autre sens, plus aviaire, mais non. Alors, le mystère reste entier : à quel genre de caribou Laurent Carpentier pensait-il donc ?


Qui l’eût cru ?

Vendredi 26 décembre 2008

Le Monde du 26 décembre nous gratifie p. 9 d’une dépêche à propos de ce chinois qui a battu le record d’achat de vins à Roissy avant de prendre l’avion pour regagner son pays : 46 423 euros !
Parmi ses emplettes, nous dit le quotidien, “un jéroboam de côte-du-Rhône La Tâche 1991″.
Tiens… Sans en avoir (hélas !) jamais bu, et sans être un véritable connaisseur en vins, je sais que La Tâche est un des grands climats de Bourgogne, plus précisément dans l’appellation de Romanée-Conti, en Côtes de Nuits, mais absolument pas un cru de Côtes du Rhône.
Beaucoup de dépêches d’agence font cette erreur, reprise sans sourciller par le quotidien, alors que d’autres non, et bizarrement plutôt des sources francophones, mais non françaises, belges ou canadiennes (comme radio-canada qui fait d’ailleurs le même jeu de mots que moi dans mon titre !).


Le PS approuve Sarkozy

Jeudi 18 décembre 2008

En “Une” du numéro daté 18 décembre, une photo montre les députés socialistes à l’Assemblée, en train de brandir (pas tous : Hollande et Lang ont les mains vides !) une pancarte fustigeant “l’ORTS” (“Office de radio-télévision sarkozyenne”). La légende nous explique, au cas où nous n’aurions pas compris (le niveau des lecteurs baisse), que c’est une “allusion à l’ex-ORTF”. Merci… Mais le plus étonnant n’est pas là, il est dans les deux premières phrases de la dite légende :
” Les députés du PS protestent contre le projet de réforme de l’audiovisuel qui devrait être adopté mercredi 17 décembre. Ils ont approuvé, dans la nuit de mardi à mercredi, l’article autorisant la nomination des présidents des chaînes publiques par l’Elysée “.
Voilà : les députés du PS (“Ils”) auraient adopté une des principales mesures d’une réforme à laquelle ils sont pourtant farouchement opposés. Quel scoop !
Le titre qui figure sur la gauche est, lui, bizarre : “Comment M. Sarkozy veut intégrer les banlieues”. Dans la mesure où, dans le jargon du Monde, “intégrer” veut maintenant dire “entrer à” ou “entrer dans” (“intégrer Polytechnique” ) on pourrait croire que le Président Sarkozy va s’installer à Clichy-sous-Bois !


De Le Clézio à Le Carré

Lundi 27 octobre 2008

J’ai affiché hier dimanche un billet (“Un débat essentiel”) soulignant l’importance à mon sens très exagérée donnée par la Médiatrice du journal à une tribune libre sur le Nobel de JMG Le Clézio, publiée en page “Débats” par Frédéric-Yves Jeannet, dans le numéro des 19-20 octobre.
Ce lundi matin, je découvre encore un article sur le sujet, qui m’avait échappé, dans le Monde2, en page 6. Quand je vous dis que c’est une obsession !
Ce papier est signé Frank Nouchi, le même qui, dans le Monde des livres du 17 octobre, en page 1, présentait le dernier roman de John Le Carré, Un homme très recherché, en écrivant “L’action a lieu à Hambourg. Comme dans L’espion qui venait du froid ; comme dans Les gens de Smiley“. Ce qui n’est que très partiellement vrai pour le second roman, et complètement faux pour le premier, qui commence à Berlin, continue à Londres, se poursuit en Hollande, puis quelque part en Allemagne de l’Est et se termine, comme on s’en souvient, porte de Brandebourg, donc de nouveau à Berlin…  Mais jamais à Hambourg !
Le Monde semble d’ailleurs fâché avec J. Le Carré, puisque, dans le numéro du 5 octobre, Marc Roche écrivait : “Le « Cirque » cher à John Le Carré était, dit-on, installé au 1 Curzon Street”, alors que tous les fans de Smiley savent qu’il était en fait assez loin de là, à Cambridge Circus.


Erratum…

Mardi 14 octobre 2008

Honnêtement, je ne l’avais pas vu.
Ma correspondante favorite m’avait pourtant envoyé un courriel laconique, mais je n’y avais rien vu non plus. J’allais lui demander d’éclairer ma lanterne quand cet encart en bas de la Une du numéro arrivé ce soir, daté du 15 octobre, m’a sauté aux yeux, ce qui m’a permis de comprendre de quelle “bourde” parlait son message.
Ce qui me frappe surtout, en fait, ce n’est pas cette bévue ridicule, évidemment impardonnable dans un journal sérieux. C’est l’erratum.
Je veux bien qu’on rectifie des erreurs à l’endroit même où elles ont été commises, mais, depuis que je lis Le Monde, je n’ai pas souvenir d’y avoir jamais vu, en Une, un rectificatif de cette taille, et sur ce ton tout en courbettes, alors qu’il a bien dû s’y glisser, au fil des années, quelques bourdes du même acabit.
Alors, le doute m’étreint, et je me dis qu’un “lapsus” (dixit le journal) de cet ordre commis au sujet de n’importe quelles autres épouses que celles du chef de l’État n’aurait sans doute pas été traité de cette manière, et qu’il y a ici comme un parfum de lèse-majesté…
L’ironie de la chose c’est que, sans ce rectificatif tonitruant, des tas de lecteurs n’auraient sans doute, comme moi, rien vu, et la rubrique “Rectificatifs et précisions” n’étant pas, j’imagine, très consultée, peu d’entre eux l’auraient su. La rédaction transforme ainsi une gaffe discrète en quasi-affaire d’État !
Comme me l’écrivait ma correspondante : “La médiatrice peut tailler son crayon”.
Pour ceux qui auraient été aussi myopes que je l’ai été, un appel de titre en page 1 du numéro de la veille annonçait la non extradition de Marina Petrella, en signalant que la nouvelle avait été personnellement annoncée à celle-ci par… Cécilia Bruni-Sarkozy.