Pas de cinéma

Mercredi 5 août 2009

Surprise en page 17 du Monde du 5 août : une critique de livre. Elle est signée Jean-Luc Douin. Je m’y plonge : JLD m’y raconte une histoire intéressante, centrée sur le jeu d’échecs ; il me parle de l’intrigue, de sa problématique, du personnage central, Hélène, fort intéressant, et conclut : “Quoi qu’il en soit, que ce soit vis-à-vis de l’homme ou du jeu, Hélène restera femme fidèle.”
Cela s’appelle “Joueuse”.
Je cherche les références, et je tombe sur ceci : “Film français de Caroline Bottaro, avec Sandrine Bonnaire, Kevin Kline, Francis Renaud, Jennifer Beals. (1 h 37.)”
Un film ? Mais rien dans l’article ne le laissait entendre ! Je le relis avec plus de soin : si, une phrase : “Hélène, qu’interprète Sandrine Bonnaire” et une autre, métaphore trop attendue : “Le film, lui, avance malicieusement plusieurs pions à la fois.” Même la photo qui accompagne l’article aurait pu être une illustration de couverture, si ce n’était sa légende, elle aussi bien prévisible : “Hélène (Sandrine Bonnaire) avance son fou en diagonale”. C’est tout.
Strictement rien sur le jeu des acteurs, la photographie, les mouvements de caméra, la mise en scène, le montage, la vision de la réalisatrice, que sais-je… L’intrigue, et ses protagonistes, point.
C’est une manie fréquente de la critique française de films de ne pas parler de cinéma. Mais là, on atteint quand même un sommet.


Imprécisions

Dimanche 26 avril 2009

Je trouve en bas de page 6, dans les numéros des 26-27 avril, une correspondance d’Istanbul, signée Guillaume Périer, et titrée “Un romancier franco-turc devant ses juges”, qui me laisse perplexe. Elle concerne l’écrivain Nedim Gürsel.
La phrase qui a attiré mon attention est la deuxième : “En 1981, les tribunaux militaires avaient brocardé son premier roman, Un long été à Istanbul“. Brocardé ? Mais ce livre a tout bonnement été interdit, à l’époque. Or “brocarder”, selon mon fidèle Robert, signifie “Railler par des petits traits moqueurs”. On est loin du compte !
On apprend plus loin qu’il “s’est finalement installé en France, comme directeur de recherches au CNRS”. Ciel ! On “s’installe” comme coiffeur, marchand de légumes ou avocat, mais pas comme directeur de recherches au CNRS ! On est recruté, à tout le moins, ce qui n’est pas simple, d’ailleurs. Le Monde ne nous apprend d’ailleurs pas sur quoi portent ses recherches, après une thèse en “littérature comparée”.
Écrivain franco-turc ? Rien dans l’article ne permet d’appuyer ce qualificatif.
Il est maintenant “poursuivi par la justice. Civile cette fois. Accusé d’ “atteinte aux valeurs religieuses » ” et ajoute Guillaume Périer, “La plainte [est] jugée suffisamment sérieuse par la justice”. Certes, puisque celle-ci le poursuit. Mais qui a déposé cette plainte ? L’auteur soupçonnerait “un groupe islamiste, celui du créationniste Adnan Oktar, d’être à l’origine de la procédure”. Mais s’il y a plainte, c’est bien que quelqu’un l’a déposée officiellement. Qui ? On ne sait…
Bref, tout cela n’est pas clair du tout… Les poursuites contre un écrivain ne sont jamais anodines (un point de vue de Marc Lévy, page 16 du même numéro, en témoigne assez). Raison de plus pour que l’information sur ces sujets ne soit pas donnée d’une manière si imprécise, pour ne pas dire négligente…


On ne nous cache rien !

Mardi 21 avril 2009

Le Monde est vraiment le quotidien de référence sans lequel nous serions peu informés de ce qui se passe sur notre planète.
D’où l’intérêt de la rubrique “Elles&Ils” d’Olivier Schmitt, sorte de Who’s who permanent, où tout nous est dit ce qui arrive aux grands (et quelques moins grands) de ce monde. Tout, y compris des informations aussi essentielles que celle-ci, parue dans cette colonne, page 18, le 20 avril, dans un paragraphe intitulé “People” :
“Madonna, 50 ans, a fait une chute de cheval sans gravité, samedi 18 avril, dans les Hamptons (Etat de New York). Selon la porte-parole de la chanteuse, sa monture a été effrayée par un photographe surgissant d’un buisson. C’est le deuxième accident de cheval de Madonna en quatre ans : en 2005, elle s’était cassé la clavicule, une main et trois côtes.”
Essentiel, n’est-ce pas ? Merci Le Monde, merci Olivier Schmitt !


Contenir !

Mercredi 8 avril 2009

Que lit-on au début de l’article de Rémi Barroux intitulé “Les syndicats européens malmenés par la crise”, dans Le Monde d’aujourd’hui, en page 9 ? Ceci :
« La crise est un défi pour les syndicats européens : comment contenir la colère sociale qui commence à monter (…) ».
On pourrait croire qu’un syndicat sert à défendre les intérêts de ses adhérents, à améliorer leur situation ou empêcher qu’elle se dégrade et, par les temps qui courent, à les mobiliser et se battre avec eux pour que la crise les frappe le moins fortement et le plus brièvement possible.
Pas du tout, pour M. Barroux, le vrai défi des syndicats est de “contenir la colère sociale”.
Bizarre conception…


Les faits, et le commentaire

Jeudi 12 février 2009

En Une du numéro daté jeudi 12 février, le début d’un article de Béatrice Gurrey relatant le “retour aux Antilles” d’Yves Jégo, le secrétaire d’État à l’outre-mer. Article purement factuel décrivant le contexte de ce retour et du discours de M. Jégo sur le tarmac de l’aéroport de Pointe-à-Pitre. Purement factuel ? Séparant soigneusement faits et commentaires ? Pas tout à fait : l’avant-dernier mot sur cette page dérape quelque peu :
” « L’État ne saurait se substituer aux partenaires sociaux » a-t-il sagement observé.” Ce “sagement” est vraiment de trop !


Il faut comprendre…

Jeudi 29 janvier 2009

“Journée de colère et de désarroi des salariés” titre en “Une” le Monde du 29 janvier. Et de décrire les éventuelles raisons de cette réaction, parmi lesquelles, écrit le journal, “le rythme accéléré des réformes souvent mal comprises”.
On ne saurait mieux traiter de crétins les grévistes et manifestants de ce jeudi (sans compter les 69% de français qui selon deux sondages cités dans l’article d’Arnaud Leparmentier p. 11, approuvent le mouvement).
Un article de Françoise Fressoz en page 2 donne des exemples de ces réformes, celles où la “méthode Sarkozy a parfaitement fonctionné” : “Bouclier fiscal, défiscalisation des heures supplémentaires, réforme des régimes spéciaux de retraite, service minimum…”. Toutes mesures, on en conviendra, dont on… comprend qu’elles aient été “mal comprises” par tous ceux qu’elles ne favorisaient pas.

Tiens, j’en profite : ce qui est reposant avec Plantu, c’est que ses procédés ne changent pas et donc qu’on n’est jamais surpris : cette fois-ci, on voit s’abattre sur l’Élysée un arbre peuplé de pancartes, évidemment abattu par la tempête de la semaine dernière…


Lecteur : une vie de chien…

Mardi 20 janvier 2009

À l’heure d’un étrange double cessez-le-feu à Gaza, d’une prestation de serment devant, paraît-il, deux millions de personnes, d’une crise économique dont on ne finit pas de voir la gravité, d’un inquiétant conflit gazier (réglé, mais jusqu’à quand ?), etc., Le Monde a décidé d’ouvrir un dossier de la plus haute importance et de nous en parler longuement, y consacrant toute la page 3 du numéro daté du 20 janvier. De quelle question majeure s’agit-il ? Quel sujet capital est-il évoqué ? Quel point de portée mondiale soulève-t-on ?
Tout simplement ceci : quel chien pour Obama ? Et de nous conter les aventure canines des Taft, Hoover, Bush (père et fils), Carter, Johnson, Clinton, etc. et les débats passionnés qui entoureraient le choix d’un animal de compagnie par le nouvel élu.
Une page entière pour ça ! On croit rêver…


Un débat essentiel

Dimanche 26 octobre 2008

Dans son numéro des 19-20 octobre dernier, Le Monde publiait en page “Débats” une tribune libre d’un professeur de littérature, Frédéric-Yves Jeannet, intitulée “Jean-Marie Le Clézio ou le Nobel immérité”. Le titre dit tout.
Je n’ai pas d’avis tranché sur la question, j’ai beaucoup de respect pour JMG Le Clézio, ce n’est pas mon écrivain favori, j’ai été un peu surpris d’apprendre qu’il était pressenti pour cette récompense, qui ne me paraît cependant pas spécialement “imméritée”.
Des avis contraires auraient pu s’exprimer dans la même page “Débats”, et j’en attendais, plus ou moins.
Eh bien, il y en a eu un, samedi 25, d’Alain Mabanckou, en page 21, et on aurait pu croire le débat terminé. Eh bien non ! La Médiatrice, Véronique Maurus, se sent obligée de consacrer sa rubrique “Dialogues” des 26-27 octobre à cette affaire, sous le titre “Querelle littéraire”. On veut bien, comme elle l’écrit, qu’elle ait reçu “un flot continu de messages navrés” et que “de l’avis unanime des nos lecteurs, la critique de M. Jeannet n’était pas à la hauteur de ses ambitions”, mais compte tenu de la richesse et de la complexité de l’actualité ces jours-ci, n’y avait-il pas matière à débat sur des sujets plus brûlants. Elle ne l’a pas estimé. Elle a même jugé utile (si c’est bien elle qui a cette responsabilité) de sélectionner, pour le courrier des lecteurs qui se trouve juste en-dessous de sa rubrique, trois lettres dont deux traitent encore du même sujet, faisant plus ou moins double emploi avec celles qu’elle cite dans sa chronique.
C’est une obsession !


L’Ethiopie envahit Chicago

Jeudi 16 octobre 2008

“Migration : quatre millions de diplômés africains vivent hors de leur continent d’origine”, nous dit le titre d’une brève en bas de la page 4 du Monde daté 17 octobre. Fort bien, mais quel sens cela a-t-il de donner un chiffre absolu et non un pourcentage ? Autrement dit, quelle est la proportion des diplômés africains exerçant hors du continent ? On ne le saura pas.
Mais le plus étonnant n’est pas là. Le plus étonnant, c’est la fin de la brève, qui dit : “La seule ville américaine de Chicago compterait ainsi plus de médecins éthiopiens que l’Éthiopie toute entière”. Un rapide survol de la Toile m’apprend qu’il y a en Éthiopie environ 2 500 médecins. Alors de deux choses l’une : ou bien la ville de Chicago (on remercie le journal de nous rappeler que c’est une ville américaine) concentre, pour des raisons que j’ignore, une très forte population d’origine éthiopienne, et on peut donc imaginer un tel nombre de médecins. Mais Le Monde ne nous dit rien de tel, et on ne voit pas très bien pourquoi Chicago serait un tel cas particulier. Il n’y a alors aucune raison de ne pas penser que c’est vrai aussi à New-York et Los Angeles et, pourquoi pas, à Londres et également, pour des raisons historiques, à Rome ou Milan : chacune de ces villes compterait ainsi “plus de médecins éthiopiens que l’Éthiopie toute entière”, ce qui commencerait à faire beaucoup.
Cette information, sans autre explication, me laisse vraiment perplexe…


Le grand fracasseur de hadrons

Mardi 9 septembre 2008

Indépendamment du trou noir qui devrait, venant de la frontière suisse, provoquer la fin du monde et dévaster l’Univers entier mercredi 10 septembre 2008, le Monde de ce jour nous présente en page 8, à sa manière, et sous la signature de Pierre Le Hir, l’origine de la chose : le grand collisionneur de hadrons du CERN.
D’abord, on n’échappe pas, juste après le chapô, au très attendu “seigneur des anneaux” ! Ensuite on nous dit, par deux fois, que dans le LHC les particules vont se “fracasser”. On entend presque le bruit que cela va faire ! Nous apprenons aussi que l’anneau est constitué d’arcs de cercle et que les particules y sont guidées sur une “orbite circulaire”, mais qu’il ne forme pas une “boucle parfaite” (j’avoue ignorer l’existence de cet objet géométrique nouveau !). Cette “force de frappe” est “très supérieure” à celle des précédents accélérateurs, ajoute-t-on. Certes, mais de combien au juste ?
Une simple visite à Wikipedia, qui nous en dit beaucoup plus, en bien moins de place, et sans le moindre sensationnalisme, nous répond : environ 7 fois.