Autre événement qui s’est produit pendant ma quinzaine de vacances : la disparition de l’Airbus Rio-Paris.
Comme beaucoup de ses confrères de la presse écrite, et surtout des média audiovisuels, Le Monde en a hélas fait un traitement axé sur le sensationnel et l’émotif. Le titre du numéro daté du 4 juin : “Passagers du vol AF 447 : destins brisés dans la nuit” l’illustre assez bien. J’ai relevé d’ailleurs la semaine suivante un titre de couverture, à propos d’un “royal” qui se trouvait dans l’avion : “Pedro Luís d’Orléans Bragance : un destin foudroyé”. Il s’agissait de… Point de vue Images du Monde, magazine people s’il en fut… Le quotidien reprend d’ailleurs de plus en plus cette formulation courante dans ce genre de publication qui consiste à utiliser non pas une formule trop compliquée comme : “Le projet de Sarkozy pour 2010″ mais quelque chose de plus accessible : “Sarkozy : son projet pour 2010″.
En tout cas, des “destins brisés”, il y en a bien d’autres, et bien plus nombreux, qui ne tirent pourtant pas autant de larmes… Par exemple, selon la FAO, en 2005, environ 16 000 enfants mouraient tous les jours de maladies liées à la faim et à la malnutrition.
70 Airbus Rio-Paris…
Tous les jours…
Destins brisés…
Lundi 15 juin 200920 000 !
Samedi 30 mai 2009Sur le point de partir en voyage pour 15 jours, je range quelques affaires, et je tombe sur le cahier spécial “n°20000″ du 15 mai dernier, contenant 20 “Unes” du Monde depuis sa fondation. Je n’avais fait que le parcourir, je l’examine de plus près…
“Le choix ne fut pas facile” nous dit le petit texte de présentation. En effet, 20 pages sur 55 ans, c’est un peu restrictif et mesquin, mais ça permet peut-être de tirer quelques enseignements des choix ainsi faits par la rédaction…
D’abord, si on divise cette période en cinq tranches de 11 ans, on constate que la première (1944-54), la troisième (66-76), la quatrième (77-87), et la cinquième (88-98) son représentées chacune par deux 2 Unes, la deuxième (55-65) par 3, mais la sixième et dernière (99-09), par… 9 ! Il y a là un déséquilibre étonnant, car on aurait pu penser que des numéros anciens, plus éloignés dans le temps et dans nos souvenirs, auraient présenté plus d’intérêt.
Le choix des événements “clés” de chaque page peut évidemment être discuté à l’infini, mais on peut faire quelques constats instructifs : trois pages sont placés sous le signe des questions franco-françaises, mais quatre pointent sur les États-unis (sans compter la mission Apollo sur la Lune) alors qu’il n’y en a que deux concernant l’Europe ; quatre concernent l’actualité d’autres pays, trois mettent en exergue des questions religieuses (cependant, si le Vatican est évoqué, c’est pour l’élection de Jean-Paul II, et non pour le concile), trois des questions d’ordre général, deux des problèmes économiques.
Aucun titre concernant la décolonisation (guerre d’Indochine ou d’Algérie, celle-ci étant seulement évoquée par un article de Maurice Garçon sur la torture), la guerre froide (sauf la réunification de l’Allemagne) ou la menace nucléaire, ni sur l’émergence du Tiers-Monde.
Enfin, la dernière page de ce cahier pose, pour chacune de ces dates une question à choix multiples dont la réponse, évidente, figure en plus ou moins gros titre sur la “Une” correspondante. Ce jeu (?) idiot est présenté ainsi : “Sous les pavés des gros titres, la plage des détails”.
Tiens, à propos, aucune “Une” autour de mai 68…
Publicité bien ordonnée
Mardi 6 janvier 2009La “Une” du quotidien en ce 6 janvier 2009 est instructive. À gauche, un titre : “Israël menace de prolonger son offensive terrestre à Gaza” que je trouve plutôt bizarre, la “menace” ne me paraissant pas être la caractéristique principale de la meurtrière opération militaire terrestre lancée le 3 après 10 jours de bombardements… (Cela rejoint d’ailleurs ce qu’écrit un lecteur scandalisé dans le même numéro, page 14 : « Votre article de mardi sur le bombardement de Gaza avec ses 360 morts et 1 700 blessés s’intitulait : “Les raids israéliens montrent leurs limites” »).
À droite de la même “Une”, une photo représente Barack Obama, souriant, en train de répondre à des journalistes. Tiens, me suis-je dit, aurait-il enfin pris une position claire sur les événements en cours ? Naïf que je suis : il s’agit d’une publicité du journal annonçant, en “Une” je le rappelle, et sur trois colonnes, la sortie d’un “hors-série du Monde sur le futur président”, 98 pages pour 7,50 euros…
Merci M. Fottorino !
Mardi 30 décembre 2008Mon kiosquier favori, à qui je prends Le Monde tous les soirs, m’annonce que nous nous verrons désormais le matin : la distribution vespérale du quotidien dans la bonne ville d’Aix-en-Provence cesse en effet à partir du 1er janvier…
Voilà une année qui commence bien.
Je ne sais ce qu’il en est concernant d’autres villes de province, mais le papier semble ne plus avoir, si j’ose dire, bonne presse Boulevard Auguste-Blanqui.
Au lieu de brimer ainsi les lecteurs provinciaux, et les condamner à des nouvelles bien refroidies, ils feraient mieux de se décider enfin à faire enfin paraître le journal le matin, ce serait une réforme plus intelligente…
La poisse…
Samedi 25 octobre 2008Il y a longtemps que je m’en étais aperçu, et je voulais en parler ici, mais l’occasion ne s’était pas encore présentée. La voici…
Le Monde porte malheur aux sportifs français dont il parle. Je l’avais remarqué ces dernières années à propos de telle skieuse, tel judoka, tel nageur : quand le quotidien publie un papier spécifique sur un sportif en forme, inéluctablement, celui-ci est victime d’une contre-performance.
Le numéro des 26-27 octobre en offre un bel exemple : en bas de la première page une accroche, “Tennis : Gilles Simon, le numéro un français, ce méconnu. Portrait”. Au même moment, au tournoi de Lyon, le même Simon, un des favoris de l’épreuve, se fait sortir en demi-finale par le Suédois Robin Söderling.
Je n’ose croire à la malédiction. Restent alors deux hypothèses : soit les responsables de la rubrique sportive n’ont absolument pas le nez creux, et se trompent régulièrement dans leurs pronostics ; soit les intéressés, impressionnés par cette consécration médiatique, en perdent leurs moyens…
En ce qui concerne Simon, d’ailleurs, la chose est d’autant plus étrange que cette accroche correspond à une nouveauté bizarre dans le journal : celle d’annoncer en Une des articles à paraître non pas dans le corps du numéro, mais dans celui… du lendemain.
Question-réponse
Jeudi 11 septembre 2008“Reste que la prise de conscience ne suffit pas : la question posée est aujourd’hui celle de la réponse.”
Celle-là, on me la copiera ! La “question de la réponse” ! Franchement, je n’y aurais pas pensé tout seul !
Bon, en récapitulant, on voit ce qu’il veut entend par là… Mais il aurait pu se relire, quand même…
Des détails ? Pas toujours…
Lundi 28 janvier 2008Certains de mes billets dans ce blog peuvent parfois paraître un peu superficiels. J’assume cette éventuelle critique, pensant qu’il y a des détails plus importants qu’on ne pourrait croire a priori, et que la rigueur, la logique et la cohérence sont aussi des garants de la liberté d’un journal…
Mais qu’on n’en tire pas la conclusion que je me désintéresse du contenu du Monde, non plus que de sa, comme on dit, gouvernance. Je ne voudrais pas, en effet, que la seconde partie de la phrase qui figure en tête de ce blog (“… à l’exception de tous les autres”) ne devienne obsolète et ne laisse subsister que la première. C’est un peu ma crainte aujourd’hui, et je ne peux que m’associer, de loin, au combat de la SRM, de son président Jean-Michel Dumay, et des autres sociétés de salariés du journal : il me paraît essentiel à ce qui est, après tout, ni plus ni moins que la défense de la liberté de la presse. Les raisons d’être optimiste en la matière ne sont hélas pas très nombreuses.
Je n’en veux pour preuve que la très récente démission de JMD. On trouvera ici le texte de la lettre qu’il vient d’envoyer aux journalistes de la SRM à ce propos, telle que publiée ce jour par le site Rue89. Elle ne rend pas optimiste…
La vie continue
Lundi 14 janvier 2008Au moment où la tourmente secoue quelque peu le journal, mes remarques ne peuvent évidemment pas avoir tout à fait leur tonalité habituelle. Mais s’il faut que le Monde reste l’affaire de ses journalistes, ce que je crois, il doit continuer à l’être, à mon avis, sous le contrôle de ses lecteurs. Cela dit, je m’étonne un peu de ne pas avoir lu dans ses colonnes la position des deux autres dirigeants démissionnaires, Pierre Jeantet et Bruno Patino, le premier restant d’ailleurs directeur, entre autres, du directoire du Monde interactif… J’ai un peu de mal à suivre.
Bon, en attendant, quelques petites remarques sur ces derniers jours, retour d’une brève excursion à Londres.
Saluons d’abord l’humour de Robert Solé qui, dans son Billet du 12 janvier, p. 30, se moque avec alacrité des anglicismes et américanismes à la mode… Dommage que l’article du haut de la même page (bien qu’il ne soit pas signé d’un journaliste du quotidien, et qu’il parle précisément des États-Unis) soit malencontreusement sous-titré : “Storytelling” !
Dans le numéro du 15, en page 3, un long article de Raphaëlle Bacqué, en page 3, sur la résidence du Parc de Versailles, est accompagné d’un texte plus court, sous la même plume, qui fait l’historique de cette “Lanterne”, traditionnellement utilisée par les premiers ministres. La journaliste termine en signalant sa dévolution récente au Président de la République, au détriment donc de François Fillon, et écrit : “ce dernier apprit que le président avait choisi la Lanterne pour lui”. Dans cette phrase, “lui” ne peut-être que le sujet de la phrase principale, donc “ce dernier”, donc François Fillon. Faux : c’est évidemment le président. Il aurait été préférable d’écrire : “ce dernier apprit que le président avait choisi la Lanterne pour lui-même“.
Une note d’humour, pour finir : dans les albums dessinés de Tillieux, le détective Gil Jourdan était flanqué d’un adjoint doté d’une propension irrépressible aux jeux de mots. Je me souviens que devant un panneau placé par une concierge au bas d’un escalier, disant “Essuyez vos pieds”, il avait rajouté au crayon : “… et pas ceux des autres”. C’est un peu la remarque que je me faisais en lisant le titre de Une du numéro du 11 janvier : “La France prête à suspendre les cultures OGM sur son territoire”, ayant envie de commenter cette précision trop évidente par : “… et pas sur celui des autres”.
Publié par dailleurs
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