Élections franco-européennes

Dimanche 14 juin 2009

15 jours de vacances loin d’Internet, et avec une fréquentation irrégulière du Monde… Assez cependant pour garder un oeil critique… Noter, par exemple, la présentation faite par le quotidien des résultats des élections européennes, dans un cahier spécial daté du mardi 9 juin.
Les pages 30 à 33 présentent, de façon très claire, les résultats par pays : nom, carte, nombre de sièges, population, date et mode de scrutin, 15 à 20 lignes d’analyse, et les résultats des principaux partis avec rappel de ceux de 2004. Il ne manque que les taux de participation, regroupés, on s’explique mal cette incohérence, via une carte en tête de cahier, page 29. Ces données permettent de faire très facilement une comparaison terme à terme de l’évolution des membres de l’Union. Pour tous les pays, ou presque : la France est absente de ces pages !
Les données la concernant sont détaillées pages 35 à 48, de manière très différente, sans qu’on puisse en faire la synthèse, ni a fortiori la comparaison avec les autres pays (il manque par exemple les pourcentages globaux, ou les résultats de 2004).
J’ai eu trop l’occasion de m’offusquer de la présentation très franco-française de ces résultats par les médias de l’hexagone. Là, on tombe dans l’excès contraire mais, au fond, cela revient au même !
En tout cas, ce que ni le Monde, ni à ma connaissance aucun autre support d’information n’a souligné, c’est que, en plus de la très faible participation, la seule liste soutenant N. Sarkozy n’a obtenu que 27,87% alors que le candidat avait réuni 31,8% des suffrages (avec un taux de participation incomparablement supérieur) au premier tour de la présidentielle de 2007. Plus de 72% des votants ont ainsi porté leurs suffrages vers des listes qui lui étaient opposées. Bizarre “victoire”…


Courrier des lecteurs

Vendredi 10 octobre 2008

J’avoue ne pas très bien comprendre comment sont choisies les lettres qui figurent dans le ”Courrier des lecteurs” du Monde. Un exemple dans le numéro du 10 octobre, p. 19 :
Un lecteur relève dans la page consacrée à Balzac dans le numéro du vendredi précédent, une faute sur le nom du banquier Nucingen, orthographié, fautivement, “Nucinguen”. Coquille, ignorance, je ne sais, mais des erreurs de ce genre, il y en a des centaines par an dans le journal. Pourquoi est-ce précisément cette lettre-là qui a été choisie, sur un point aussi secondaire ? On se le demande.
On se le demande d’autant plus que le lecteur-correcteur continue en déplorant les progrès de ce qu’il appelle, d’un néologisme pas très adroit, “l’inéducation” qui, selon lui, gagne les milieux supposés, dit-il, ”acculturés”. J’ai sursauté en lisant ce dernier terme par lequel, j’imagine, il voulait désigner les milieux “cultivés”, mais qui signifie en fait toute autre chose, un individu ou un groupe dont la culture est fortement influencée, sinon même détruite, par une culture étrangère. Rien à voir, donc…
Alors, le choix de cette lettre par la rédaction représente-t-il un sincère mea culpa ignorant une autre faute non repérée, ou bien un moyen perfide de désigner un arroseur arrosé ? La question reste ouverte…


Masculin, féminin (suite)

Mardi 30 septembre 2008

En page 23 du Monde daté du 30 septembre, Brigitte Salino nous parle de “Fanny, ”décevante version de la pièce de Marcel Pagnol au Vieux-Colombier”. Ce faisant, elle cite Muriel Mayette, “administrateur” général de la Comédie-Française, mais également Irène Bonnaud, “metteuse en scène” de la pièce.
Il faudrait savoir : on féminise le nom de métier ”metteur en scène”, avec cette très laide potion magique du “e” final, en revanche on néglige le très correct “administratrice”.
Est citée une jeune sociétaire, Marie-Sophie Ferdane, dans le rôle titre, mais pas Gilles David, qui joue César. Pourquoi ? Parce que Brigitte Salino n’oserait pas l’appeler “sociétair” (comme je l’évoquais dans mon billet du 19 avril) ?!


Des verbes déclaratifs

Mercredi 5 mars 2008

Le Monde semble inciter ses journalistes à varier les “verbes déclaratifs”, ceux qui amènent (ou parfois suivent) une citation directe. Le résultat est souvent assez cocasse, quand les verbes utilisés impliquent des nuances qui échappent aux rédacteurs sans qu’elles aient beaucoup de rapport avec ce qui est dit. En voici une première volée, il y en aura sûrement d’autres, hélas.
Philippe Ridet, 29 janvier 08, p. 20 : “Une attachée de presse grince : « On ne devait même pas parler du Taj Mahal »”, ce qui souligne un peu rudement le mécontentement de la dame…
Xavier Ternisien (7 février, page 22) les enchaîne, à propos du quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne : “«C’est une utopie, une vision un peu naïve des Etats-Unis», s’enthousiasme Jean-Pierre Jourdain”, en une phrase qui montre pourtant peu “d’enthousiasme” ; “«A ma connaissance, c’est un cas unique au monde de centre-ville bâti autour d’un habitat social»”, estime Anne-Sophie Clémençon, qui en tant que chercheuse au CNRS, ne devrait pas se contenter “d’estimer”.
Dans le numéro du 8 février page 12, Simon Roger donne la parole à Raymond Domenech : “«Patrick Vieira, comme Willy Sagnol, avaient besoin de temps de jeu. L’un des objectifs de ce match était de leur permettre de jouer et de se rassurer», a reconnu l’entraîneur français. En fait il n’avait rien à “reconnaître”, puisque c’est lui-même qui avait pris cette décision pour ces excellentes raisons !
Dans le numéro du 15 février, dans un petit article en bas de page 20, titré “Arrondir ses fins de mois”, Mustapha Kessous met en scène un ouvrier, qui “confie qu’«un smic ne suffit pas pour vivre»“, comme s’il s’agissait d’un secret de famille qu’il révèle au journaliste sous le sceau du secret…
Dans celui des 24-25 février, un “must” des journalistes du Monde : marteler. Brice Pedroletti, page 3 : “«La loi sur la propriété est entré en vigueur (…) et la propriété privée est protégée par la loi» martèle notre interlocuteur“ ; et Benoît Hopquin page 8 : “«Il faut terminer ce qui a été commencé» martèle l’ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing“. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce terme. Hélène Viala nous gratifie aussi page 23 d’un “«Faire corps avec le cheval pour ne pas se faire trop de mal» confie Retamal“, sans doute lui aussi sous le sceau du secret.
Dans le numéro du 5 mars, p. 3, dans l’article signé Catherine Rollot : «”L’année suivante, le nombre d’étudiants noirs et hispaniques inscrits en première année a baissé», explique Bruce Walker” qui, en l’occurrence n’explique rien ici, se contentant de signaler, de souligner ou, bêtement, de dire.


“Rétropantouflage”

Jeudi 6 septembre 2007

Dans le cahier économie du 4 septembre, page VII, un article de Sarah Piovezan titré : “L’Etat séduit à nouveau les hauts fonctionnaires partis dans le privé”. 
Intéressant, il se penche sur un phénomène semble-t-il nouveau, le retour vers la Fonction publique d’un nombre croissant de fonctionnaires partis “pantoufler” dans le secteur privé. Il correspond donc bien au titre, là n’est pas le problème. Ce qui a plutôt attiré mon attention, c’est le graphique qui l’accompagne, sur trois colonnes et qui, pour illustrer ce phénomène des retours, donne les chiffres des.. départs ! Ceux-ci sont d’ailleurs en très forte croissance.
En revanche, quelle est donc l’importance de ces retours, qui font l’objet de l’article ? Ça, on ne le saura pas !