Que de trillions…

Mardi 10 février 2009

Le Monde de l’économie du 10 février présente en page 2 un long article de Martin Wolf intitulé “Sauver d’abord la demande”, où l’on apprend que le FMI a relevé son estimation d’un certain indicateur “de 1,4 trillions de dollars (…) à 2,2 trillions de dollars”.
“Trillions” ? Mais c’est énorme ! Un trillion, c’est mille billions, c’est donc un million de milliards…
Heureusement, dans ce texte signé d’un économiste britannique, citant un rapport du FMI, une parenthèse nous apprend que le premier chiffre correspond à “1 100 milliards d’euros”. Les trillions en question ne sont donc pas français, mais anglo-saxons, les anglo-étatsuniens n’ayant pas de terme pour “milliards”, et passant directement à “billions” (milliards), puis à “trillions” (billions).
La chose a dû échapper au traducteur, Gilles Berton, mais il est vrai que si on avait gardé le même mode d’écriture, l’erreur aurait disparu, 1 100 milliards d’euros correspondant, sans difficulté terminologique, à 1 400 milliards de dollars.
Le Monde est toujours fâché avec les chiffres…


Une vraie copie ?

Vendredi 12 décembre 2008

“Le calendrier Pirelli [est] un objet rare et cher” nous dit, en page 28 du numéro du 11 décembre, V.L. (Véronique Lorelle) Certes, et si cher qu’en “2007, la copie d’un catalogue 2003 par Bruce Weber a atteint aux enchères 13 000 euros”. Bigre, mais, cependant, ”la copie” ? On a comme un doute : il y aurait déjà des copies, et vendues aux enchères, sans que Pirelli ne dise rien ? Bizarre. Ne serait-ce pas plutôt “a copy”, et cette phrase une traduction littérale (et ici fautive) d’une dépêche en anglais ? Ne s’agirait-il donc pas plutôt d’un…”exemplaire” ?
On le dirait…


Courrier des lecteurs

Vendredi 10 octobre 2008

J’avoue ne pas très bien comprendre comment sont choisies les lettres qui figurent dans le ”Courrier des lecteurs” du Monde. Un exemple dans le numéro du 10 octobre, p. 19 :
Un lecteur relève dans la page consacrée à Balzac dans le numéro du vendredi précédent, une faute sur le nom du banquier Nucingen, orthographié, fautivement, “Nucinguen”. Coquille, ignorance, je ne sais, mais des erreurs de ce genre, il y en a des centaines par an dans le journal. Pourquoi est-ce précisément cette lettre-là qui a été choisie, sur un point aussi secondaire ? On se le demande.
On se le demande d’autant plus que le lecteur-correcteur continue en déplorant les progrès de ce qu’il appelle, d’un néologisme pas très adroit, “l’inéducation” qui, selon lui, gagne les milieux supposés, dit-il, ”acculturés”. J’ai sursauté en lisant ce dernier terme par lequel, j’imagine, il voulait désigner les milieux “cultivés”, mais qui signifie en fait toute autre chose, un individu ou un groupe dont la culture est fortement influencée, sinon même détruite, par une culture étrangère. Rien à voir, donc…
Alors, le choix de cette lettre par la rédaction représente-t-il un sincère mea culpa ignorant une autre faute non repérée, ou bien un moyen perfide de désigner un arroseur arrosé ? La question reste ouverte…


Bulles de champagne (suite…)

Dimanche 20 avril 2008

Il y a une dizaine de jours, je publiais ici même un billet signalant une nouvelle unité de superficie utilisée par Le Monde, l’arrhe.
Le numéro daté 20-21 avril vient enfin de corriger cette innovation, en page 15, rubrique “Rectificatifs et précisions” :
« Champagne. Contrairement à ce que nous avons écrit dans l’article titré “Adieu, le champagne ? Bon débarras” en “Page 3″ (Le Monde du 11 avril), la surface d’un terrain ne s’exprime pas en “arrhes”, mais en “ares”. Les “arrhes” étant une somme d’argent donnée au moment de la conclusion, d’une promesse de vente, d’achat”. »
Ce qui est amusant dans ce rectificatif, c’est qu’il ne se présente pas comme la correction d’une erreur, mais comme la rectification d’une information finalement erronée, mais qui aurait pu être correcte, la preuve étant qu’on se sent obligé de nous expliquer ce que nous savions déjà, à savoir la signification de ce terme pour le moins mal utilisé…


Bulles de Champagne

Jeudi 10 avril 2008

En page 3 du Monde du 11 avril, un article de Laetita Clavreul à propos du futur réaménagement de l’AOC Champagne a dû faire bien rire du côté de Reims, d’Epernay, et d’Orbais-l’Abbaye.
Il concentre d’abord plusieurs de ces verbes déclaratifs dont je suis friand : “«Je suis contente que mon mari ne voie pas ça», explique” une villageoise, en une phrase qui n’explique rien. “«Pour huit, ça nous rapporte 870 euros en dix jours (…), ce n’est pas rien», relate” une serveuse, sans rien relater.
Ensuite, il fait usage de ce fameux verbe “intégrer” qui revêt deux significations parfaitement inverses, et sur lequel il faudra que je revienne un jour.
Enfin et surtout, cerise sur le gâteau, Laetita Clavreul présente une nouvelle unité de superficie, non prévue par le système métrique : l’arrhe ! Le terme est employé deux fois dans le corps de l’article, et est repris tel quel dans la légende de la photo. Cette nouveauté terminologique ne se justifie même pas par une taille différente de l’are, ce qui n’explique donc pas pourquoi elle nous parle par ailleurs d’hectares et non d’hectarrhes ; on apprend en effet à propos d’un agriculteur que “cette parcelle de 1,3 hectare (…) représente les deux tiers de son bien, constitué en plus de 70 arrhes”. Les arrhes semblent donc bien correspondre à des ares !


Communautés toujours…

Mercredi 2 avril 2008

J’écrivais dans un billet du 21 février : «Quand plus de deux individus ont un point commun, on en fait une “communauté”», en commentaire d’un article de Stéphanie Le Bras. Cette journaliste aime décidément le terme.
Dans le numéro daté du 2 avril, page 3, elle signe un article titré : “De la mosquée à l’église, une route solitaire” traitant des conversions au christianisme de “français musulmans” (les musulmans non français ne se convertissent-ils donc jamais ?). On y trouve à deux reprises le terme “communauté” :
“Comme d’autres communautés, les Français de culture musulmane, croyants ou agnostiques (…) sont confrontés…”. Un groupe d’individus, à la fois marqués par une particularité (“français de culture musulmane”) mais en même temps diversifiés (“croyants ou agnostiques”) ne peuvent évidemment constituer, dans son esprit, qu’une communauté (parmi d’”autres communautés”, cela va de soi).
Le second exemple, elle semble l’assumer pleinement, bien qu’il ne soit pas de sa plume : on ne sait d’ailleurs à qui il faut l’attribuer, puisque il vient en italiques dans le corps du texte sans qu’un source soit notée, sinon que la citation qui suit immédiatement est mise dans la bouche d’un certain “pasteur Oujibou”, appartenant sans doute à une des communautés (là, c’est moi qui emploie le terme !) “évangéliques et charismatiques”. Bref, ces groupes religieux attirent des croyants “en quête de nouvelles communautés”. Bigre, maintenant on change de religion non pas par conviction intime, mais pour en quelque sorte changer de copains… 
J’ajoute que Jean-Luc Douin, en page 24 du même numéro, n’est pas en reste : dans sa critique du film Délivrez-nous du mal, il écrit que le personnage principal, un prêtre, “s’est comporté comme un prédateur sexuel à l’égard des enfants de la communauté catholique de ses paroisses”. “à l’égard des enfants de ses paroisses catholiques” aurait suffi, mais on a l’impression que l’emploi du terme “communauté” est devenu incontournable. Je rajoute ceci une semaine plus tard : dans un article du 8 avril, p. 21, Sylvain Siclier et Clément Sirdey citent sans sourciller l’auteur d’un ouvrage sur le Disco, Tim Lawrence : “Le disco a été lancé aux Etats-Unis au sein de la communauté gay et noire, en incluant les femmes”. Bigre, ça se complique !
 

 


Encore une communauté

Jeudi 21 février 2008

Stéphanie Le Bars, colonne de gauche de la page 10 du numéro du 21 février, nous parle du “nouveau chef de l’Église allemande”. Elle nous dit : “Choisi au détriment d’un adversaire plus conservateur” (le “détriment” est assez curieux, l’”adversaire” plutôt piquant) le “nouvel élu se démarque aussi de certains de ses confrères critiques envers la communauté homosexuelle”.
Que les confrères en question aient des positions “critiques” concernant l’homosexualité, les homosexuels en tant que tels, ou d’autres pratiques sociales (le “nouveau modèle de la famille” dont parle l’article, par exemple), on l’imagine. On imagine mal en revanche en quoi ils pourraient être critiques, et pourquoi, envers une “communauté homosexuelle” qui, en tant que telle, n’existe en fait tout simplement pas, en Allemagne ou ailleurs.
Cette langue de bois politiquement correcte (quand plus de deux individus ont un point commun, on en fait une “communauté”) cache mal, à mon sens, ce que l’article n’ose pas dire, l’homophobie évidente d’une partie de la hiérarchie catholique.


Adobe ou Garamond ?

Jeudi 3 janvier 2008

Malgré tout, il y a quand même dans les colonnes du Monde des signatures que j’aime… Parmi elles, j’en ai déjà parlé à propos de Plantu, il y a celle de Pessin, qui me fait, presque toujours, rire aux éclats par la puissance de sa vision, la justesse de sa réflexion et la sobriété de son trait. Mais il y en a d’autres, par exemple celle de Francis Marmande.
Outre qu’il est mon jumeau, au moins pour l’année, il me ravit par la constance de ses positions et par ses fulgurances jazzo-tauromachiques. Il m’avait d’ailleurs ravi hors-Monde, en particulier quand j’avais lu La housse partie (Paris, éd. Fourbis, 1997).
Je n’en suis que plus à l’aise pour lui signaler que, de temps en temps, il se prend les pieds dans le tapis… Je l’avais remarqué une première fois dans des circonstances que j’ai hélas oubliées, une deuxième dans le numéro du19 juillet 2007, quand il attribuait à la General Motors, qui n’avait pas besoin de ça, la propriété de la marque Frigidaire qui est l’apanage, de toute éternité, d’une autre General, Electric celle-là.
Et voilà qu’il trébuche à nouveau, page 2 du numéro du 3 janvier 2008, titrant sa chronique “Christian Bourgois, adobe garamond, corps 12″ à propos de l’éditeur récemment disparu. Que C. Bourgois ait toujours fait imprimer ses livres en caractère Garamond, la chose est avérée. Mais que vient faire “adobe” ici ? Adobe Graphics est le nom d’une société californienne qui gère entre autres les logiciels “Photoshop”, “Illustrator” et “Acrobat”, et qui est propriétaire de polices de caractères informatiques reprenant des fontes remontant parfois jusqu’au moyen-âge. Parmi elles, le Garamond. Wikipedia nous dit que Claude Garamond (1499-1561) est “le créateur des Grecs du Roi, une police grecque manuscrite, ainsi que d’un fameux type romain qui porte son nom et qui sera abondamment copié tout au long de l’histoire.” L’Adobe Garamond n’est qu’une réinterprétation récente de ce caractère, réinterprétation que CB aurait d’ailleurs eu du mal à utiliser lors de la création de sa maison, en 1966…
Alors, Francis, restons-en au Garamond, sans y mêler Adobe…


Le sens des mots…

Samedi 27 octobre 2007

Quelques petites perles relevées dans le numéro du 26 octobre…Le cahier du Monde des livres en contient deux.
La première se situe à la page 11 où l’on apprend, sous la même signature, celle d’Alain Beuve-Méry, d’une part qu’il y a eu des académiciens “exclus pour faits de collaboration” (bas de la colonne 1 de l’article titré “Sept sièges vacants sous la coupole”), d’autre part que “de l’Académie française (…) on ne peut (..) être exclu” (bas de la 3e colonne de l’article “Robbe-Grillet, l’immortel fantôme”). Que signifie donc “exclu” ? On se demande…
La seconde est le fait de Jean Birnbaum, dont le prénom indique qu’il s’agit d’un homme, et qui est donc journalist, mais aussi analyst, essayist, peut-être même polémist. Mon orthographe n’est pas plus bizarre que celle qu’il emploie page 7 du même cahier, toute pétrie de politiquement correct, à propos de Susan George, “auteure de nombreux essais”.

Un texte moins prestigieux, en fait une publicité du Monde pour sa réédition de “L’intégrale de Blake et Mortimer” nous annonce la parution du prochain volume avec le Monde 2dès le 26 octobre”, comme si cette sortie, prévue pour plus tard, avait été avancée, alors que ces suppléments sortent toujours avec le numéro daté du samedi !


D’étranges machines

Dimanche 19 août 2007

19-20 août, p. 18. Un titre : “Quand des locomotives à vapeur deviennent des stars des médias” et un sous-titre : “Une association de bénévoles bichonne des machines parfois centenaires.”
Certes mais, surprise, la photo sur trois colonnes qui accompagne l’article ne représente pas du tout une motrice, mais “un ancien wagon” (la terminologie exacte demanderait plutôt le terme “voiture” puisqu’il s’agit d’un véhicule pour voyageurs).
Dans le corps de l’article, un “enchevêtrement” de rails devient rapidement (et plus exactement !) un “faisceau” de rails.
Et l’on voit un membre de l’association “un chiffon à la main, en train d’astiquer les pistons des machines à vapeur”. Là, on est pris d’un doute, sinon d’un fou rire : les pistons, on ne les voit généralement pas, sauf si la machine est complètement désossée, et s’ils ont besoin de soins, ce n’est certainement pas d’un astiquage. Sans doute Nicole Vulser veut-elle parler ici des cylindres, contenant les dits pistons, ce qui n’est pas tout à fait la même chose…
On vérifie la terminologie avant d’écrire…