Inepties

samedi 22 juin 2013

En page 8 du cahier « Eco&Enterprise » de ce jour, la chronique « C’est tout net » de Marlène Duretz, titrée « Sottisiers ».
Elle évoque les « perles » du baccalauréat, listées sur divers sites web, ce qui ne justifie d’ailleurs pas qu’il en soit fait mention dans cette chronique de la Toile, puisqu’on les retrouve dans une multitude d’ouvrages, parmi lesquels celui paru chez Chifflet, qu’elle cite. Après en avoir reproduit quelques-unes, elle s’interroge : « Faut-il rire ou pleurer de ces inepties ? ».
Inepties ? Quel mépris pour des bourdes issues du stress de l’examen, ou de tentatives désespérées pour rattraper le « niveau qui baisse ». Parmi les phrases citées, certaines d’ailleurs paraissent presque volontaires, et font preuve parfois d’une vision assez fulgurante :  » La drôle de guerre n’a fait rire personne » ou bien donnent à penser : « C’est le cerveau qui donne les ordres, et les autres parties sont obligées d’obéir « .
Le même jour, le Monde des Livres donne en pages 2 et 3 les « coups de cœur  » des journalistes du quotidien, en vingt-cinq petites notules consacrées chacune à un livre. Chaque notule est chapeautée par un nom en assez gros caractères qui, curieusement, n’est pas celui de l’auteur de l’ouvrage (discrètement enfoui dans la référence bibliographique) mais celui du journaliste qui l’a sélectionné.
On parlait d’ineptie ?


Le Monde qatari ?

mercredi 29 mai 2013


J’ai envoyé au journal, mercredi dernier, pour le Courrier des lecteurs, la lettre ci-dessous :

 Le PSG actionnaire ?
Outre le cahier « Sports » du samedi, moins branché sur l’actualité, le Monde consacre une page tous les mardis à l’actualité sportive du week-end écoulé. J’avais noté à la fin de l’année dernière la propension du journal à privilégier le football dans son traitement de l’activité sportive. Du coup, depuis fin mars, j’ai recensé les articles de la page du mardi. Celle-ci est généralement divisée en trois : un article de tête qui occupe plus de la moitié supérieure de la page, un article moins important en bas de page à gauche, et quelques brèves à droite. Depuis donc près de deux mois j’ai relevé les sujets traités. Le résultat dépasse mes craintes les plus folles : depuis la fin mars, donc, sur presque deux mois et 10 numéros, 10 articles on été consacrés au foot, dont 7 articles de tête. Sur ces 7 articles, 5 concernaient le PSG. Un seul de ces dix numéros n’évoquait pas, peu ou prou, le club parisien. J’attendais donc le numéro de ce mardi 21 mai avec appréhension : eh bien, j’avais raison d’avoir peur : l’article de tête, signé Rémi Dupré, concerne l’avenir de l’entraîneur de… l’équipe parisienne. 6 articles de tête sur 11 numéros consacré à une seule équipe d’un seul sport : le Monde a-t-il lui aussi été racheté par le Qatar ?

 Mon courrier n’a pas été publié, raison pour laquelle je l’ai reproduit ici.
Ce qui est amusant, c’est que la page du mardi qui a suivi, hier 28 mai, était principalement consacré à la tenniswoman Serena Williams, et accessoirement à la victoire du Bayern en Coupe d’Europe. Plus amusant encore, alors qu’une info livrait le résultat final du championnat de France de football, aucune mention n’était faite du PSG, qui l’a pourtant remporté !


Trop de dépenses publiques ?

vendredi 17 mai 2013


Et encore un graphique mal fichu dans le Monde, le défaut ayant, ici, la caractéristique de distordre fortement l’information.
Page 3 du cahier Eco&entreprise, en haut à droite, accompagnant un article sur le montant des dépenses publiques, un graphique titré :  » Depuis l’euro, l’écart avec l’Allemagne est devenu abyssal ». Déjà, ce terme m’a fait tiquer.
Ce qui m’a fait tiquer également, c’est l’absence d’axe des ordonnées ; seulement trois chiffres situés à gauche, pour chacune des trois courbes présentées , à l’année 2001, comme on le voit ci-dessous :

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Si l’on mesure attentivement l’échelle de cette ordonnée, on voit qu’elle coupe l’axe des abscisses aux environs de la valeur 35 ; ce genre de distorsion a un effet bien connu, celui d’exagérer énormément les différences verticales. En fait, pour 2012, la différence avec la moyenne européenne est inférieure à 7 points, et avec l’Allemagne d’un peu plus de 11 points ; certes, ce n’est pas rien, mais bien moins « abyssal » que ne le suggère ce graphique trompeur.


Trop, c’est trop ?

mercredi 15 mai 2013


Un dessin de Plantu, en Une du numéro du 24 avril, a bien failli me faire interrompre définitivement, et ma lecture régulière du Monde, et donc la rédaction de ce blog.
On le retrouve ici.
On y voit à gauche un rappel de la célèbre admonestation de Sarkozy envers un citoyen quelconque (coiffé d’une casquette ouvrière à l’ancienne, cependant) : « Casse-toi pauv’con ! » ; à droite, Hollande décorant de la Légion d’Honneur un individu muni lui aussi d’une casquette (mais moderne, genre base-ball) et surtout d’une énorme massue plus ou moins cloutée, semblable à une masse d’arme médiévale, le Président lui disant : « Casse, mais pas trop » ; au-dessus, à côté du titre « Amnistie sociale » le même individu (ou son jumeau) démolissant une usine avec la dite massue.
Sur la page du dessinateur, un commentaire dit : « … ce dessin est bien sûr à lire au second degré !!! ». Je n’en crois pas un mot. À côté de ce mauvais jeu de mot, habituel chez Plantu, c’est toute une conception des rapports sociaux qu’on retrouve ici, avec en plus la contre-vérité sur l’attitude de Hollande face à cette amnistie.
Comme le dit le sous-titre de mon blog :  » Le pire des quotidiens français à l’exception de tous les autres… ». Quand j’aurai trouvé mieux, je passerai à l’acte ! Peut-être sur le web (suivez mon regard…), le jour où ça ne m’obligera plus à lire devant mon ordinateur.


Surtout, pas de politique

mardi 2 avril 2013


Un article occupant toute la page 15 dans ce numéro du 2 avril, consacré à « L’autre bataille de Paris », celle qui oppose, en vue de l’élection municipale de 2014, deux candidates à la candidature au sein de l’UMP : Rachida Dati et Nathalie Kosciusko-Morizet.
Intéressant, en effet, de prendre connaissance de deux conceptions différentes, à droite, de la gestion de la capitale, de son avenir. des problèmes que pose le « Grand Paris », des relations avec la banlieue, etc.
Naïf que j’étais : de tout cela, il n’est jamais question sous la plume de Vanessa Schneider : chamailleries, coups fourrés, fâcheries, formules assassines, en gros, nous n’aurons droit qu’à de la politique politicienne « people ».
Une page inutile, pour Le Monde, qui aurait pu la consacrer à bien d’autres sujets bien plus intéressants.


« Plus », ou « plus » ?

mercredi 20 mars 2013


En page 8 du numéro du 20 mars, une notule titrée : Climat : « Plus d’ouragans extrêmes ».
Bonne nouvelle, me dis-je. Voilà un effet inattendu du réchauffement climatique, il n’y aura plus de ces catastrophes épouvantables. Je lis le texte, et que vois-je ? Qu’on va assister à une multiplication « par trois de la fréquence des ouragans ». Multiplication ? Ah oui ! Ce n’était pas « plus » qu’il fallait lire, mais « plus » ! Ce n’était pas « terminé », mais « davantage ».
J’ai rêvé…


Perles…

jeudi 14 mars 2013


En page 13 du numéro de ce jeudi 14 mars, une interview d’Alain Finkielkraut par Benoît Floc’h, à l’occasion de la dernière année d’enseignement du philosophe à Polytechnique, prévue pour 2013-2014 (on a trouvé des événements plus fondamentaux et d’actualité!).
L’entretien est illustré par une photo du philosophe, l’air sévère, sur fond d’étagères de livres, et est ainsi commentée :
“ « En cheminant avec vos élèves, vous apprenez vous-même » analyse Alain Finkielkraut”. On se pince devant le poncif, et l’admiratif « analyse », puis on se dit que le « légendeur » doit aimer les clichés rebattus.
Mais à relire le titre de l’ensemble, on finit pas conclure que c’est délibéré, peut-être même du sabotage, allez savoir. Jugez-en :
“ « Enseigner à Polytechnique « c’est poser les questions qui méritent d’être formulées »”.
Bravo ! Les enfileurs de perles ont envahi le quotidien…


Cause désespérée

mardi 12 mars 2013


En page 18 du numéro du 12 mars, un intéressant article de Sylvie Kauffmann « Big Data, grand fossé ».
Il commence ainsi :
« Au risque de contrarier les pourfendeurs d’anglicismes dans les médias (une cause noble, mais parfois désespérée), cette chronique ne pourra éviter l’expression « Big Data ». Un rapide coup d’œil à la traduction française « grosses données » devrait les aider à compatir. »
Quelle accumulation d’hypocrisie en si peu de mots.
Déjà, les méchants « pourfendeurs d’anglicismes » stigmatisés par ce qualificatif agressif, d’autant que leur cause est « désespérée » ; un « compatir » sans doute mal employé, au lieu de « consentir » ; et puis une proposition de traduction aussi piteuse que ridicule, qu’il serait vraiment facile de… pourfendre ; quant au « ne pourra éviter », effectivement on ne pouvait l’éviter, comme toujours dans ces cas-là, qu’en faisant appel à un peu d’imagination et d’astuce. Mais laissons aux habitants des États-unis le monopole de leurs qualités, eux qui ont la ringardise de persister à être créatifs dans leur propre langue !
Sans aller très loin, est-ce que « données de masse », ou « giga données » n’aurait pas été assez clair ?


Habēbā́mus papam

lundi 11 mars 2013

Retour de vacances, je reproduis ici le « courrier des lecteurs » que j’ai envoyé au Monde il y a un mois, et que voici :

Normalité ? Le Monde du 13 février ne tarit pas d’éloges sur la décision de Benoît XVI. Un grand titre en « Une » (« Le geste qui change l’Église ») et un éditorial qui salue une « entrée dans l’ère de la modernité » et « de la normalité ». Tout ça pour ça ? Faut-il que l’Église soit une institution bien archaïque pour qu’on célèbre à ce point une décision absolument normale dans n’importe quelle autre organisation, même monarchique (en dépit de ce qu’évoquent certains articles du même numéro) comme la récente abdication de la reine Béatrix de Hollande. On aurait été plus enclin à se réjouir si le changement de l’Église et son entrée dans la modernité avaient plutôt pris la forme d’un renversement de son attitude sur le mariage des prêtres, la contraception ou l’ordination des femmes. Mais ne rêvons pas. La modernité, la normalité et le changement sont encore loin.

Ce billet n’a pas été publié, mais il a été cité deux fois longuement dans l’article du Médiateur du numéro du 23 février. Je répondais, non pas à la « couverture médiatique à laquelle a eu droit » la démission du pape, comme le notait Pascal Galinier, mais bien à la prétention du Monde de faire passer la chose comme un signe de modernité et de normalité.


C’est tout net, mais… pas très honnête

vendredi 8 février 2013


La rubrique de Marlène Duretz, consacrée à Internet, est parfois amusante, mais toujours très superficielle. Il lui arrive même, comme aujourd’hui, page 28, d’être carrément malhonnête. Exemple :
« La ville de Longyearbyen, en Norvège, et la mairie de Cugnaux, en Haute-Garonne, ont toutes deux interdit à leurs concitoyens de mourir dans leur commune ». Savez-vous pourquoi ? Ce n’est pas en lisant cet article vous apprendrez que ce n’est pas si stupide que ça. Pour Longyearbyen (qui est effectivement en Norvège mais, bien plus précisément, au Spitzberg et ne compte qu’un peu plus de 2 000 habitants), c’est simplement parce que le permafrost arctique ne permet pas aux corps de se décomposer. Pour Cugnaux, l’arrêté a été pris comme une protestation contre l’interdiction d’agrandir le cimetière, comme dans la commune de Sarpourenx, où a été pris un  » arrêté « interdisant » de décéder sur le territoire de sa commune et menaçant les contrevenants de sévère sanction. Le maire entendait ainsi protester contre une décision de justice l’empêchant, au terme de plusieurs années de procédure, d’exproprier un terrain agricole privé de 5 000 m² pour agrandir son cimetière de 900 m². »
Vous ne lirez pas tout ça dans le quotidien, où Marlène Duretz peut alors impunément se moquer des lois « stupides » et « ridicules ».
PS. Quand on donne un nom de site, on s’arrange pour l’orthographier correctement, surtout quand on chronique le net : « Genside.com » n’existe pas, avec ou sans cette majuscule initiale parfaitement incongrue. C’est « Gentside.com » (allez, gardons la majuscule farfelue) qu’il faut taper pour arriver sur ce site branchouille, pas très futé et parfois fâché avec l’orthographe…