Persécution

mercredi 26 septembre 2007

Dans le courrier du numéro du 25 sept., page 22, un lecteur se plaint de l’envahissement des mots anglais sur les produits et les affiches et équipements proposés aux enfants et adolescents à l’occasion de la rentrée scolaire. Je ne peux que l’approuver, ayant moi-même fustigé de mon côté des pratiques analogues.
Mais il y a un autre phénomène irritant : les anglicismes issus de traduction erronées. Je passe sur les sempirternelles « opportunités » qui sont maintenant utilisées soit pour « occasion », soit pour « possibilité », et presque jamais dans leur sens premier ; je passe sur la traduction fautive de « deceived » qui nous montre le pauvre G. Bush se déclarer « déçu » par les Iraniens, alors que ce terme veut dire en fait « trompé », « dupé » ; je passe sur « initier » employé pour « commencer », « entamer », « être à l’initiative » ; sur « compléter » là où « remplir », « renseigner », suffiraient amplement, etc.
Le Monde n’est pas en reste, et le numéro du 26 septembre nous en offre une nouvelle, assez savoureuse, celle-là : page 16, dans une « correspondance de New York » signée Pascal Giberné, titrée « Vingt-six laboratoires produisant des stéroïdes d’origine chinoise démantelés aux États-unis » on apprend que les agents chinois de lutte contre la drogue ont dit à leurs homologue américains : « Donnez-nous vos informations, nous persécuterons et arrêterons les coupables pour vous ».
Pauvres trafiquants persécutés !


Plantu

mardi 25 septembre 2007

Je n’aime pas Plantu. Je trouve son humour lourd et laborieux. Son dessin est surchargé de détails et il n’arrête de souligner ce dont il parle, à grand renfort d’allusions pesantes et d’indications écrites, au cas où on n’aurait pas compris (je soupçonne d’ailleurs qu’il agit ainsi en prévision de la sortie ultérieure de ses dessins en recueil, quand les lecteurs (et là le mot est juste) auront oublié le contexte, qu’il convient donc de leur rappeler par avance !).
Et puis, il y a un mécanisme qu’il emploie systématiquement, celui qui consiste à juxtaposer deux événements relevant de sphères très différentes de l’actualité. Cela peut parfois fonctionner mais, utilisé trop souvent, devient un procédé répétitif et mécanique, d’autant qu’il n’en sort souvent rien de vraiment significatif.
Exemple dans le numéro daté 25 septembre, où il met en parallèle le « sans parole » du mime Marceau, qui vient de mourir, avec la « parole » de L. Jospin, ce dernier n’étant pourtant pas réputé pour sa logorrhée (la comparaison avec N. Sarkozy aurait été plus exacte) ; et pour qu’on comprenne bien, Jospin tient de la main gauche un chapeau (comme celui du mime, mais neuf) muni d’une rose socialiste (pour faire pendant à la fleur du mime) et, de la main droite, étrangle une minuscule S. Royal.
De tout cela il ne sort ni rire ni réflexion…
En trois traits et deux bulles, Pessin en page 10, toujours à propos de la parole, en dit bien plus sur le fonctionnement actuel de la politique en France, poussant la virtuosité jusqu’à nous parler du Président de la République sans le montrer ni même citer son nom. Du grand art.


La parole est à la défense

lundi 24 septembre 2007

Je ne suis pas le seul à me plaindre des photos et des titres. La preuve, la médiatrice, Véronique Maurus, recensait des critiques de lecteurs à ce sujet dans la rubrique « Dialogues » du numéro du 23-24… En fait, il s’agissait essentiellement des légendes des photos, ce qui explique la double catégorie de ce billet…
Elle citait tout un tas d’exemples relevés par les lecteurs, l’un d’entre eux ayant (comme moi dans mon billet « Étranges machines » du 19 août) relevé le « wagon » à la place de « voiture », mais elle se limitait aux « bévues » factuelles, alors que ce qui me frappe surtout c’est le côté « non approprié » des images publiées ou de leurs légendes.
Je me souviens d’un exemple que j’avais noté, dans le numéro du 14 décembre 2005 : un titre en « Une » : Etats-Unis «Tookie» Williams exécuté, accompagné d’une énorme photo en gros plan, sur deux colonnes, de… quelqu’un d’autre, en l’occurrence, celle du maire honoraire de Harlem, venu à Saint Quentin protester contre l’exécution de Williams. La légende était parfaitement exacte, cette photo n’avait pas lieu d’être là…
Photos inutiles, photos à côté de la plaque, photos incongrues, c’est vraiment trop systématique. Alors, quand V. Maurus conclut : Le journal progresse, passant de photos illustratives à des photos de plus en plus informatives, je ne peux vraiment pas la suivre.
D’ailleurs, dès le numéro de ce soir (daté mardi 25). « Birmanie : des milliers de bonzes contre la junte militaire », dit le titre de la « Une ». Mais la photo, sur trois colonnes, n’en montre qu’une petite quinzaine. Certes, les autres doivent être dans le coin, mais le moins qu’on puisse dire est que l’image dévalorise tant soit peu l’information ! Il vaut mieux aller voir celle (deux photos sur le même sujet dans le même numéro ?) de la page 6, bien plus… illustrative.


Pas d’erreur !

lundi 17 septembre 2007

Dans le numéro du 18 septembre, en bas de la page 16, un article sur le Grand Prix d’Italie à Monza au sujet duquel Pierre Lepidi rapporte une déclaration de Fernando Alonso : « J’ai décidé de rester sur la trajectoire intérieure autant que possible » ; de son côté, son meilleur rival, Lewis Hamilton (« Les deux hommes (…) se détestent cordialement ») affirme : « J’ai été obligé de sortir large car Fernando était resté sur la trajectoire intérieure ». Nous sommes très contents de cette débauche d’informations, de première main et parfaitement recoupées !
J’ajoute qu’on fait dire à Alonso que dans ce virage « il y avait une ère de dégagement » (ce qui explique peut-être le retard pris par l’Anglais sur l’Espagnol). Cette « ère » succède, dans la même semaine (mais je ne sais plus quel jour) à une « tache » à accomplir, ce qui nous a changé des « tâches » indélébiles auxquelles nous nous étions, hélas, peu à peu habitués.


Vous avez dit « illustration » ?

dimanche 9 septembre 2007

L’image, en couleurs, représente une pièce dont plusieurs indices donnent à penser qu’elle se situe en sous-sol et qu’il s’agit d’un espace utilitaire dans une maison, cave ou garage : le plafond est fait de plaques de carton jointoyées et le mur de droite de briques nues dont quelques unes semblent plâtrées. Au fond, ce qui paraît être l’intérieur d’une porte de garage, devant laquelle se trouve semble-t-il une autre porte, pliante, et vitrée.
Au mur de droite est fixé un chauffe-eau électrique assez abimé, après lequel on distingue deux tuyaux en plastique gris descendant du plafond, et une machine à laver le linge, ouverte. Autour et derrière ces appareils quelques objets hétéroclites : paquet de lessive, bouteille d’adoucissant, bouteilles d’eau en plastique et d’autres encore, pas reconnaissables. Le tout est plus ou moins sale et poussiéreux.
Voilà, c’est la photo, signée François Besson, qui s’affiche sur trois colonnes en haut de la page 8 du numéro du 7 septembre dernier… Qu’illustre-t-elle ? Une exposition post-moderne ? Une nouveauté des arts ménagers ? Un article sur les mal-logés ? Non, vous n’y êtes pas. En fait, la légende dit : « La maison occupée par le commando [de l’ETA, ndb] est décrite comme un « laboratoire d’explosifs » ». Cette photo illustre (???) donc un article intitulé : « Les quatre membres de l’ETA arrêtés à Cahors préparaient de nouveaux attentats en Espagne ». Le Monde a vraiment de la place à perdre !
Dans le même esprit, le surlendemain, un article en page 4 porte le titre : « Irak : le message de Ben Laden trouble l’Amérique ». Il est illustré (??? de nouveau) par une photo tout à fait anodine, de Mario Tama, représentant quelques passants assis sur des bancs dans une rue new-yorkaise, devant un immeuble en verre où se reflètent des gratte-ciel. Pour qui s’interrogerait sur la signification de cette photo dans le contexte, la légende est un grand soulagement intellectuel : «  »Des New-Yorkais assis, le 4 septembre, face au site où se dressaient les tours jumelles du World Trade Center ».


« Rétropantouflage »

jeudi 6 septembre 2007

Dans le cahier économie du 4 septembre, page VII, un article de Sarah Piovezan titré : « L’État séduit à nouveau les hauts fonctionnaires partis dans le privé ».
Intéressant, il se penche sur un phénomène semble-t-il nouveau, le retour vers la Fonction publique d’un nombre croissant de fonctionnaires partis « pantoufler » dans le secteur privé. Il correspond donc bien au titre, là n’est pas le problème. Ce qui a plutôt attiré mon attention, c’est le graphique qui l’accompagne, sur trois colonnes et qui, pour illustrer ce phénomène des retours, donne les chiffres des.. départs ! Ceux-ci sont d’ailleurs en très forte croissance.
En revanche, quelle est donc l’importance de ces retours, qui font l’objet de l’article ? Ça, on ne le saura pas !


Rentrée…

mardi 4 septembre 2007

Quelques perles glanées, si j’ose dire, dans le numéro du 3 septembre.
Page 15, un article d’Alain Faujas titré : « Les Américains demeurent les plus productifs du monde ». On y apprend que les travailleurs US produisent 63 885 dollars (par an et per capita, suppose-t-on, mais sans confirmation). Ce classement, nous dit-on « tient compte du nombre d’heures travaillées où les États-Unis excellent », phrase pour moi quasi incompréhensible. On lit ensuite, tenez-vous bien, que « en dix ans, le produit national brut par heure travaillée en France s’est accru de 2,2% en moyenne annuelle entre 1980 et 2006, alors qu’il progressait de 1,7% aux États-Unis ». On note que, pour Le Monde, 1980 à 2006, cela fait… dix ans. On note aussi que la production par heure travaillée en France progresse presque un quart plus vite qu’aux USA, contrairement à ce que laisse entendre le discours dominant : cela m’aurait paru mériter un titre bien plus pertinent et en gros caractères que l’inélégante et neutre formule choisie.
Page 21, une page (fort intéressante d’ailleurs) consacrée au site eBay. Un encadré nous dit que « trois mois » après le premier objet mis aux enchères, « le trafic sur le site est multiplié par dix ». D’accord, mais par rapport à quel chiffre initial ? Si c’est en référence à ce premier objet, cela signifie… 10 objets ! Et puis à quelle fréquence ? Par minute, par heure, par jour, par semaine ? On n’en sait rien, et cela ne veut donc rien dire.