Une « théorie du tout » jette le trouble chez… les lecteurs

mardi 20 novembre 2007

Dans le numéro du 20 novembre, après un appel en bas de  » Une » ( » Un roi de la glisse a-t-il résolu la « théorie du tout ? » « ), le titre d’un long article de Stéphane Foucart, en page 8, en rajoute une couche :  » Une « théorie du tout » jette le trouble chez les physiciens « .
L’affaire mérite un détour, a priori, mais on est vite déçu. D’abord le journaliste fait et refait ses choux blancs de la thématique « amateur contre professionnels », « inconnu contre sommités », « surfeur » contre physiciens. Ensuite, ayant rapidement donné le déroulement des faits, il tente d’expliquer de quoi il retourne. En fait, il ne tente rien ; il se contente de nous dire que la théorie « repose sur un objet mathématique complexe, le «groupe de Lie exceptionnel» E8 » sans autre information ; que ce dernier est utilisé pour « décrire les interactions fondamentales et les particules élémentaires qui composent l’Univers », ce qu’on savait déjà être le but de l’opération, mais sans que l’on sache, au moins sommairement de quelle manière ; enfin que « Le modèle imaginé par le physicien prévoit l’existence de vingt nouvelles particules élémentaires ». Bref, on n’apprend quasiment rien.
Cependant, pour essayer d’être un peu plus sérieux, un modeste encadré (« Lexique »), qu’on peut penser issu de la même plume, présente les quatre interactions et les deux grands théories de la physique fondamentale.
Les quatre interactions (deux présentées sous ce nom, les deux autres sous le nom de « force ») sont classées dans le désordre, puisque celle qui relève de la théorie de la relativité générale est mise en troisième position, les trois autres, liées à la théorie de la mécanique quantique l’entourant de manière asymétrique.
Et puis il y a des erreurs, dont deux absolument fondamentales : la première consiste à dire que « La mécanique quantique […] ne s’applique pas au monde macroscopique ». Si c’était le cas, nous ne serions pas là pour lire cette absurdité. La vérité est qu’à notre échelle nous ne pouvons pas percevoir l’aspect quantique de la réalité, mais il nous gouverne bel et bien.
Quant à la seconde : « La relativité générale  […] ne s’applique pas au monde de l’infiniment petit », c’est aussi une contre-vérité, tout l’intérêt de l’éventuelle découverte présentée dans l’article étant effectivement de montrer comment cette application pourrait avoir lieu.
On en vient à se réjouir que le Monde n’ait pas essayé de nous instruire un peu plus, tant le risque est grand qu’il ait pu nous instruire à faux…


Au « Bon Coin » d’un bastion

jeudi 15 novembre 2007

L’image représente un café.
Ou plutôt un café-bar-brasserie, puisque que c’est ce qu’on lit sur le store, avec deux autres mentions plus précises, « Grillades » et « Couscous » ; une enseigne lumineuse partiellement visible, à droite, confirme l’intitulé « Café » accompagné du logo d’une marque de bière. Un autre logo, sous le store, vante une seconde marque de bière, une enseigne, sur la gauche, une troisième.
L’établissement occupe, en pan coupé, le croisement de deux rues, donc le coin, et c’est effectivement son nom : « Au bon coin », écrit en lettres cursives, au tube de néon.
Le pan coupé est occupé par la vitrine, où sont affichés ce qui pourrait être le menu du jour, et un autre papier, mais on les distingue mal. Garé devant, un cyclomoteur sur sa béquille. La porte d’entrée est située au début de la rue qui part sur le côté de droite, rue dont on ne voit que les premiers mètres et dont d’ailleurs on ignore tout, même le nom, excepté qu’elle est en sens interdit (« sauf aux véhicules autorisés »).
En revanche, on voit assez loin dans l’autre rue qui fait le coin, vers la gauche, et qui semble aboutir à une grande place avec des arbres et, peut-être, un marché en plein air.
Voilà : un petit bout d’une ville française, qui pourrait se situer n’importe où, et qui est offert aux yeux ébahis des lecteurs du Monde du 14 novembre, en page 12, pour illustrer (puisque la légende nous apprend finalement que le dit établissement est situé à Saint-Denis)…
… un article de Sylvia Zappi intitulé : « Le PCF mise sur le « communisme municipal » pour sauver ses derniers bastions ».
Irréfutable, hein ?

La photo est signée Michael Zumstein / Oeil public « pour Le Monde » (sic)


Qui morituri…

vendredi 9 novembre 2007

Depuis quelques temps, pour Le Monde, la mort frappe plus spectaculairement !
La rubrique « Disparitions », déjà célèbre pour proposer des résumés cocasses, devient petit à petit obèse : il lui faut maintenant une page entière, sans, si j’ose dire, que le gabarit des morts le justifie toujours…
Le numéro du 8 novembre nous offre, sur presque trois quarts de la page, le souvenir du pilote de l’Enola Gay qui pulvérisa Hiroshima, plus que pour Andreï Moïesseïev, fondateur et patron des très kitch ballets du même nom, ainsi qu’un médaillé US des Jeux olympiques de Berlin de 1936 (certes Noir, ce qui n’avait pas plu à Hitler, mais enfin…).
Celui des 28-29 octobre consacrait plus de deux-tiers de pages à une célèbre (?) galeriste et marchande d’art, mais une grosse vingtaine de lignes à un ancien ministre.
Celui du 31/10 donnait presque trois quart de la page à un des « fondateurs du pop art britannique », confinant sur une colonne le découvreur de l’ADN polymérase, prix Nobel de médecine en 1959.
Tout ceci ne paraît pas très cohérent…