Une « théorie du tout » jette le trouble chez… les lecteurs

Dans le numéro du 20 novembre, après un appel en bas de  » Une » ( » Un roi de la glisse a-t-il résolu la « théorie du tout ? » « ), le titre d’un long article de Stéphane Foucart, en page 8, en rajoute une couche :  » Une « théorie du tout » jette le trouble chez les physiciens « .
L’affaire mérite un détour, a priori, mais on est vite déçu. D’abord le journaliste fait et refait ses choux blancs de la thématique « amateur contre professionnels », « inconnu contre sommités », « surfeur » contre physiciens. Ensuite, ayant rapidement donné le déroulement des faits, il tente d’expliquer de quoi il retourne. En fait, il ne tente rien ; il se contente de nous dire que la théorie « repose sur un objet mathématique complexe, le «groupe de Lie exceptionnel» E8 » sans autre information ; que ce dernier est utilisé pour « décrire les interactions fondamentales et les particules élémentaires qui composent l’Univers », ce qu’on savait déjà être le but de l’opération, mais sans que l’on sache, au moins sommairement de quelle manière ; enfin que « Le modèle imaginé par le physicien prévoit l’existence de vingt nouvelles particules élémentaires ». Bref, on n’apprend quasiment rien.
Cependant, pour essayer d’être un peu plus sérieux, un modeste encadré (« Lexique »), qu’on peut penser issu de la même plume, présente les quatre interactions et les deux grands théories de la physique fondamentale.
Les quatre interactions (deux présentées sous ce nom, les deux autres sous le nom de « force ») sont classées dans le désordre, puisque celle qui relève de la théorie de la relativité générale est mise en troisième position, les trois autres, liées à la théorie de la mécanique quantique l’entourant de manière asymétrique.
Et puis il y a des erreurs, dont deux absolument fondamentales : la première consiste à dire que « La mécanique quantique […] ne s’applique pas au monde macroscopique ». Si c’était le cas, nous ne serions pas là pour lire cette absurdité. La vérité est qu’à notre échelle nous ne pouvons pas percevoir l’aspect quantique de la réalité, mais il nous gouverne bel et bien.
Quant à la seconde : « La relativité générale  […] ne s’applique pas au monde de l’infiniment petit », c’est aussi une contre-vérité, tout l’intérêt de l’éventuelle découverte présentée dans l’article étant effectivement de montrer comment cette application pourrait avoir lieu.
On en vient à se réjouir que le Monde n’ait pas essayé de nous instruire un peu plus, tant le risque est grand qu’il ait pu nous instruire à faux…

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