Plantu toujours

samedi 29 décembre 2007

Ça ne s’améliore pas : dans son dessin en « Une » du numéro du 30 décembre, Plantu se caricature lui-même : illustrant un article titré « Tabac : fin de partie pour les fumeurs » il s’abandonne à ses travers habituels :
Pendant qu’en arrière-plan une souriante (et apparemment très déshabillée) Miss France s’exhibe en souriant, la clope au bec, un quidam horrifié glisse à l’oreille d’une Madame de Fontenay scandalisée : « Elle aurait aussi fumé des cigarettes en 2006 », le tout sous un faux titre de presse à scandale, destiné sans doute à nous rappeler de quoi il s’agit, au cas où nous n’aurions pas compris : « Nouveau scandale Miss France ».
La juxtaposition gratuite de deux sujets d’actualité est de nouveau le seul moteur de ce dessin qui, encore une fois, n’apporte rien à la réflexion sur les thèmes évoqués, dont l’un au moins, pourtant, soulève quelques problèmes de société…


Pas tout seul…

lundi 24 décembre 2007

La « médiatrice », Véronique Maurus, présente, page 17 du numéro des 23-24 décembre, dans sa rubrique « Dialogues », ce qu’elle appelle un « bêtisier » :  elle y rapporte de nombreuses critiques de lecteurs reçus dans l’année, ceux qu’elle appelle, non sans ironie, les « rectifieurs », les « pêcheurs de perles » et énumère leurs griefs.
Ce qui me frappe, c’est qu’elle privilégie les « abus, erreurs et lapsus », les « coquilles, fautes d’orthographe, impropriétés, bévues », enfin les tics de langage, sans prendre en compte des problèmes à mon sens bien plus graves et dont je suis sûr pourtant que bien des lecteurs les lui font remarquer !
Seule exception, elle signale les réactions de « Jean-Louis Malandin (La Pommeraye, Maine-et-Loire), qui s’est pris au jeu et tient un blog (« Pan sur la langue ») consacré à cette oeuvre salutaire » mais elle ne souligne pas sa différence.
Or précisément, ce lecteur ne s’attache pas particulièrement à ces détails, certes importants, mais pas fondamentaux. Il accorde plutôt son attention à tout ce qui peut gêner la compréhension des articles du journal, ce à quoi je suis évidemment beaucoup plus sensible… Je le signale donc dans mes « sites favoris » ci-contre, et voici l’adresse de son blogue :
http://jlmalapomonde.blog.lemonde.fr/2007/12/03/bonjour-tout-le-monde/Il n’a commencé qu’en décembre, mais j’espère qu’il va continuer…


Le « marxisme » de Khadafi

mercredi 12 décembre 2007

Décidément, la tournée (suivant la jolie formule employée par le quotidien) de Mouammar Al Qaddhafi n’arrête pas de troubler les esprits. La page 3 du numéro du 13 décembre présente un long papier d’Ariane Chemin sur la conférence donnée par le chef de l’état libyen au Ritz. Le colonel se livre entre autres à une vaste synthèse historique, que cite Le Monde, et que je reproduis ici telle quelle :

« On assiste à une certaine fièvre nationaliste, idéologique et religieuse dans le monde. L’erreur qui est commise aujourd’hui, c’est de penser que l’islam, c’est la religion de Mahomet. Non : c’est celle de Jésus, de Moïse et celle de Mahomet, le dernier des prophètes. Croire en Dieu, ses anges, ses prophètes, c’est ça l’islam. Jésus n’a pas été envoyé à l’Europe, mais aux fils d’Israël, pour corriger la loi de Moïse. Ils ont essayé de tuer Jésus, mais comme le dit le Coran, ce n’est pas Jésus, c’est un autre qui a été crucifié. La croix que vous portez n’a aucun sens, comme vos prières n’ont aucun sens. »

Alors, en quels termes croyez-vous que la journaliste présente cette longue citation? Tenez-vous bien : comme une « lecture «marxiste» de l’histoire » ! Même en tenant compte des guillemets intérieurs, qui sont du journal, cela laisse rêveur. On m’a changé le marxisme…

Quant à André Fontaine, qu’on a connu plus précis, il écrit qu’en 1969, Khadafi avait proclamé « une République islamique, à laquelle la découverte d’importants gisements de pétrole allait donner des moyens quasi illimités ». Certes, mais on a l’impression en lisant cette phrase que le coup d’état précédait la découverte d’hydrocarbures et que le futur colonel avait pris le pouvoir d’une pauvre monarchie, alors qu’en 1970 (un an donc après l’arrivée au pouvoir de Khadafi), la Libye était le sixième producteur mondial de pétrole et le quatrième exportateur. Excusez du peu… Le futur colonel avait, en fait, pris la tête d’un déjà très riche état pétrolier. L’emploi du verbe « donnait » en lieu et place de « allait donner » aurait été plus exact…
L’ancien rédacteur en chef évoque en fait une première visite à Paris du colonel en 1973 et fait allusion à d’éventuels problèmes de traduction qui se seraient alors produits, problèmes dont je m’étonne qu’ils n’aient pas été évoqués à propos des divergences actuelles concernant la teneur exacte des discussions entre les deux chefs d’état…

 


Un magnat de marbre

mardi 11 décembre 2007

Le Monde du 12 décembre 2007, page 7, nous offre un petit concentré de jargon journalistique. L’affaire est titrée : « Magnat de la presse, Conrad Black est condamné à six ans et demi de prison » et l’article est signé Sylvain Cypel.
D’emblée, on apprend que le « baron noir » a été « déchu de sa nationalité d’origine (canadienne) », mais on ne saura pas pourquoi une telle déchéance, a priori étonnante. Le condamné, décrit comme « hiératique » (??) à « l’énoncé du verdict », déclare : « Il ne s’agit pas d’une chute, je reviendrai ». Une « chute », terme étrange, que le journaliste n’élucide pourtant pas.
Quelques détails sur le personnage : « Conrad Black nourrissait une défiance sans bornes envers toute régulation de l’économie ». Pourquoi cet imparfait ? Il aurait donc changé d’avis ? Il était « irascible envers ses contradicteurs » : on est ou on n’est pas irascible, mais quand on l’est, ce n’est pas envers tel ou tel, c’est un état général. Il se montrait « d’un mépris déclaré pour la gent journalistique qu’il employait » : la « gent » est un terme globalisant  qui peut s’appliquer à l’ensemble d’un groupe, par exemple d’une profession, mais certainement pas aux seuls membres d’une entreprise. « Il avait commencé sa carrière en 1969, à 25 ans, avec un compère » mais on ne sait comment, ni de quelle manière ils ont ensuite réussi à contrôler « leur empire à travers un fonds d’investissement ».
Le dit compère a d’ailleurs bénéficié « d’une réduction notoire des charges à son encontre » : « notable » aurait été nettement plus exact, car on n’en avait pas tellement entendu parler. En lisant « Limogé de la présidence d’Hollinger en 2003 » on s’attend à voir parler de M. Black, ainsi licencié, mais c’est « une enquête interne » qui arrive sous la plume du journaliste comme sujet du verbe « avait conclu… ».
Allez, soyons indulgent : quand Sylvain Cypel commente, à propos du Jerusalem Post, la réaction du magnat au « départ […] d’une grande partie de sa rédaction » en disant qu’elle « l’avait laissé de marbre », on va décider qu’il s’agit de la part du journaliste d’un jeu de mot professionnel, volontaire et hilarant…