Un magnat de marbre

mardi 11 décembre 2007

Le Monde du 12 décembre 2007, page 7, nous offre un petit concentré de jargon journalistique. L’affaire est titrée : « Magnat de la presse, Conrad Black est condamné à six ans et demi de prison » et l’article est signé Sylvain Cypel.
D’emblée, on apprend que le « baron noir » a été « déchu de sa nationalité d’origine (canadienne) », mais on ne saura pas pourquoi une telle déchéance, a priori étonnante. Le condamné, décrit comme « hiératique » (??) à « l’énoncé du verdict », déclare : « Il ne s’agit pas d’une chute, je reviendrai ». Une « chute », terme étrange, que le journaliste n’élucide pourtant pas.
Quelques détails sur le personnage : « Conrad Black nourrissait une défiance sans bornes envers toute régulation de l’économie ». Pourquoi cet imparfait ? Il aurait donc changé d’avis ? Il était « irascible envers ses contradicteurs » : on est ou on n’est pas irascible, mais quand on l’est, ce n’est pas envers tel ou tel, c’est un état général. Il se montrait « d’un mépris déclaré pour la gent journalistique qu’il employait » : la « gent » est un terme globalisant  qui peut s’appliquer à l’ensemble d’un groupe, par exemple d’une profession, mais certainement pas aux seuls membres d’une entreprise. « Il avait commencé sa carrière en 1969, à 25 ans, avec un compère » mais on ne sait comment, ni de quelle manière ils ont ensuite réussi à contrôler « leur empire à travers un fonds d’investissement ».
Le dit compère a d’ailleurs bénéficié « d’une réduction notoire des charges à son encontre » : « notable » aurait été nettement plus exact, car on n’en avait pas tellement entendu parler. En lisant « Limogé de la présidence d’Hollinger en 2003 » on s’attend à voir parler de M. Black, ainsi licencié, mais c’est « une enquête interne » qui arrive sous la plume du journaliste comme sujet du verbe « avait conclu… ».
Allez, soyons indulgent : quand Sylvain Cypel commente, à propos du Jerusalem Post, la réaction du magnat au « départ […] d’une grande partie de sa rédaction » en disant qu’elle « l’avait laissé de marbre », on va décider qu’il s’agit de la part du journaliste d’un jeu de mot professionnel, volontaire et hilarant…

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