Des détails ? Pas toujours…

lundi 28 janvier 2008

Certains de mes billets dans ce blog peuvent parfois paraître un peu superficiels. J’assume cette éventuelle critique, pensant qu’il y a des détails plus importants qu’on ne pourrait croire a priori, et que la rigueur, la logique et la cohérence sont aussi des garants de la liberté d’un journal…
Mais qu’on n’en tire pas la conclusion que je me désintéresse du contenu du Monde, non plus que de sa, comme on dit, gouvernance. Je ne voudrais pas, en effet, que la seconde partie de la phrase qui figure en tête de ce blog (« … à l’exception de tous les autres ») ne devienne obsolète et ne laisse subsister que la première. C’est un peu ma crainte aujourd’hui, et je ne peux que m’associer, de loin, au combat de la SRM, de son président Jean-Michel Dumay, et des autres sociétés de salariés du journal : il me paraît essentiel à ce qui est, après tout, ni plus ni moins que la défense de la liberté de la presse. Les raisons d’être optimiste en la matière ne sont hélas pas très nombreuses.
Je n’en veux pour preuve que la très récente démission de JMD. On trouvera ici le texte de la lettre qu’il vient d’envoyer aux journalistes de la SRM à ce propos, telle que publiée ce jour par le site Rue89. Elle ne rend pas optimiste…

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Qui est le troisième homme ?

dimanche 27 janvier 2008

Jacques Siclier nous parle, dans le Monde radio-télé des 27-28 janvier, du Troisième homme, film de Carol Reed qui va passer bientôt sur TCM. Le paragraphe introductif résume le générique et nous annonce Joseph Cotten, Alida Valli et Orson Welles. Mais dans la longue présentation du scénario qui est ensuite présentée, les deux premiers sont cités, avec d’ailleurs d’autres comédiens (Trevor Howard, Paul Hörbiger, Hedwig Bleibtreu, etc.), derrière le nom des personnages qu’ils incarnent, alors que celui de Welles revient à de nombreuses reprises, sans cependant que l’on sache jamais quel rôle il joue. La place qu’il a pu prendre dans la mise en scène pourrait d’ailleurs donner à penser qu’on ne le voit même pas dans le film si une phrase finale ne nous rappelait qu’on « y admire toujours (…) Welles acteur ».
Il faut se référer à d’autres sources pour confirmer ce qu’on croyait bien se rappeler, à savoir que c’est lui qui incarne l’espion dont l’article nous parle pourtant à plusieurs reprises, Harry Lime.


Un fado un peu compliqué

vendredi 18 janvier 2008

Ma correspondante la plus assidue me signale, dans le numéro daté d’hier jeudi 17 janvier, page 30, un article qui m’avait échappé, sous la signature de Véronique Mortaigne. Je l’en remercie…
Et elle a raison, parce que ça commence fort : Cristina Branco est née en 1972, « après la « révolution des oeillets » » de 1974. La multiplication des guillemets fait qu’on ne sait si cette étrange chronologie (1972 après 1974) est à porter au crédit de la chanteuse, qui évoque en effet « une époque singulière », ou à celui de la journaliste.
On apprend ensuite que Cristina chante à la fois Amalia Rodriguez, suppôt du Salazarisme (mais finalement pas tant que ça) et José Afonso, lequel a, suivant un des termes favoris des journalistes du Monde, « martelé » des « chansons d’apparence légère ». On est content d’apprendre que « Fernando Pessoa, incarnation du sentiment poétique portugais contemporain », n’avait « pas échappé » au chanteur, lequel « s’inscrit dans le cabinet des curiosités de la jeune femme » (sic).
Tout le reste de l’article mélange, de manière pas toujours très claire, la carrière de Cristina Branco et celle d’Afonso, la poésie et les tendances musicales, la politique et la biographie, la plupart des paragraphes imbriquant deux, parfois trois sujets l’un derrière l’autre…
La critique consacrée par Sylvain Siclier, en bas de page, au disque de la chanteuse, « Abril », nous réconcilie heureusement avec celle-ci…


Un expert !

mercredi 16 janvier 2008

Sous le titre : « Présidence du Sénat : la compétition se durcit pour M. Raffarin », Patrick Roger raconte en page 11 du numéro du 17 janvier la compétition qui s’annonce, pour ce poste, entre l’ancien Premier ministre et le sénateur UMP Gérard Larcher.
Il termine son analyse en soulignant que, d’après les «pointages», « environ un tiers des voix de l’UMP (…) sont acquises » à M. Larcher pendant que « M. Raffarin peut (…) convaincre un autre tiers ». Bien : vous comme moi nous en concluons immédiatement que le résultat final dépendra du troisième tiers, n’est-ce pas ?
M. Roger n’en est pas si sûr, raison pour laquelle il préfère, avec une méritoire prudence, ne pas trop s’avancer : « «Tout va se jouer sur le troisième tiers», analyse un expert ».


La vie continue

lundi 14 janvier 2008

Au moment où la tourmente secoue quelque peu le journal, mes remarques ne peuvent évidemment pas avoir tout à fait leur tonalité habituelle. Mais s’il faut que le Monde reste l’affaire de ses journalistes, ce que je crois, il doit continuer à l’être, à mon avis, sous le contrôle de ses lecteurs. Cela dit, je m’étonne un peu de ne pas avoir lu dans ses colonnes la position des deux autres dirigeants démissionnaires, Pierre Jeantet et Bruno Patino, le premier restant d’ailleurs directeur, entre autres, du directoire du Monde interactif… J’ai un peu de mal à suivre.
Bon, en attendant, quelques petites remarques sur ces derniers jours, retour d’une brève excursion à Londres.
Saluons d’abord l’humour de Robert Solé qui, dans son Billet du 12 janvier, p. 30, se moque avec alacrité des anglicismes et américanismes à la mode… Dommage que l’article du haut de la même page (bien qu’il ne soit pas signé d’un journaliste du quotidien, et qu’il parle précisément des États-Unis) soit malencontreusement sous-titré : « Storytelling » !
Dans le numéro du 15, en page 3, un long article de Raphaëlle Bacqué, en page 3, sur la résidence du Parc de Versailles, est accompagné d’un texte plus court, sous la même plume, qui fait l’historique de cette « Lanterne », traditionnellement utilisée par les premiers ministres. La journaliste termine en signalant sa dévolution récente au Président de la République, au détriment donc de François Fillon, et écrit : « ce dernier apprit que le président avait choisi la Lanterne pour lui ». Dans cette phrase, « lui » ne peut-être que le sujet de la phrase principale, donc « ce dernier », donc François Fillon. Faux : c’est évidemment le président. Il aurait été préférable d’écrire : « ce dernier apprit que le président avait choisi la Lanterne pour lui-même« .
Une note d’humour, pour finir : dans les albums dessinés de Tillieux, le détective Gil Jourdan était flanqué d’un adjoint doté d’une propension irrépressible aux jeux de mots. Je me souviens que devant un panneau placé par une concierge au bas d’un escalier, disant « Essuyez vos pieds », il avait rajouté au crayon : « … et pas ceux des autres ». C’est un peu la remarque que je me faisais en lisant le titre de Une du numéro du 11 janvier : « La France prête à suspendre les cultures OGM sur son territoire », ayant envie de commenter cette précision trop évidente par : « … et pas sur celui des autres ».


Adobe ou Garamond ?

jeudi 3 janvier 2008

Malgré tout, il y a quand même dans les colonnes du Monde des signatures que j’aime… Parmi elles, j’en ai déjà parlé à propos de Plantu, il y a celle de Pessin, qui me fait, presque toujours, rire aux éclats par la puissance de sa vision, la justesse de sa réflexion et la sobriété de son trait. Mais il y en a d’autres, par exemple celle de Francis Marmande.
Outre qu’il est mon jumeau, au moins pour l’année, il me ravit par la constance de ses positions et par ses fulgurances jazzo-tauromachiques. Il m’avait d’ailleurs ravi hors-Monde, en particulier quand j’avais lu La housse partie (Paris, éd. Fourbis, 1997).
Je n’en suis que plus à l’aise pour lui signaler que, de temps en temps, il se prend les pieds dans le tapis… Je l’avais remarqué une première fois dans des circonstances que j’ai hélas oubliées, une deuxième dans le numéro du19 juillet 2007, quand il attribuait à la General Motors, qui n’avait pas besoin de ça, la propriété de la marque Frigidaire qui est l’apanage, de toute éternité, d’une autre General, Electric celle-là.
Et voilà qu’il trébuche à nouveau, page 2 du numéro du 3 janvier 2008, titrant sa chronique « Christian Bourgois, adobe garamond, corps 12 » à propos de l’éditeur récemment disparu. Que C. Bourgois ait toujours fait imprimer ses livres en caractère Garamond, la chose est avérée. Mais que vient faire « adobe » ici ? Adobe Graphics est le nom d’une société californienne qui gère entre autres les logiciels « Photoshop », « Illustrator » et « Acrobat », et qui est propriétaire de polices de caractères informatiques reprenant des fontes remontant parfois jusqu’au moyen-âge. Parmi elles, le Garamond. Wikipedia nous dit que Claude Garamond (1499-1561) est « le créateur des Grecs du Roi, une police grecque manuscrite, ainsi que d’un fameux type romain qui porte son nom et qui sera abondamment copié tout au long de l’histoire. » L’Adobe Garamond n’est qu’une réinterprétation récente de ce caractère, réinterprétation que CB aurait d’ailleurs eu du mal à utiliser lors de la création de sa maison, en 1966…
Alors, Francis, restons-en au Garamond, sans y mêler Adobe…