Un peu haut…

lundi 31 mars 2008

Certes, nous approchons du 1er avril, mais il ne faudrait quand même pas exagérer : Nicole Vulser nous révèle dans un article titré « Le mont Rushmore ‘kärcherisé' » du numéro daté 30-31 mars, page 18, que les têtes des Présidents des États-Unis sculptées au sommet du mont Rushmore, dans le Dakota du Sud, sont juchées sur une « falaise de plus de 1 700 mètres… » !
Comme elle en parle à propos du célébrissime film d’Hitchcock, il est facile de se rappeler les plans où l’on voit la dite falaise d’en face : belle pièce, certes, mais sûrement pas de cette hauteur… Est-ce que par hasard ce ne serait pas plutôt son point culminant qui serait situé à… 1 700 m d’altitude, ce qui n’est pas pareil ? Bingo : 1745 !


Clarke n’est pas mort !

jeudi 20 mars 2008

J’ai appris la mort de l’écrivain Arthur C. Clarke mardi 18 en fin de soirée, sur une liste d’information de science-fiction. Le message faisait référence à une page récente du site de la BBC, au même moment le site d’USA Today faisait une présentation très complète avec de nombreux documents, et mercredi Libération publiait un long article. J’imaginais que le Monde passerait au moins une brève dans l’édition du jeudi paraissant mercredi 19 dans la journée : rien, pas une ligne.
Je m’apprêtais donc à lire, dans l’édition de vendredi 21 paraissant jeudi dans la journée, une de ces longues nécrologies qu’affectionne maintenant le quotidien ; j’y ai trouvé entre autres celle du réalisateur Anthony Minghella, « grande figure de la vie culturelle britannique », celle de Chiara Lubich fondatrice d’un mouvement qui rassemblait « des laïcs, des religieux et des prêtres » ou celle de la première femme à avoir présidé le Bundestag, mais rien sur Clarke. Rien d’autre d’ailleurs, dans ce numéro, aucune brève, aucune dépêche. Je viens d’interroger le site du journal, ce jeudi soir un peu avant minuit : toujours le même silence.
Ainsi, plus de 48 heures après la disparition d’une figure majeure de ce qui a été un des genres littéraires emblématiques du XXe siècle, les lecteurs du Monde n’en savent toujours rien. Bravo…

Mise à jour ce vendredi 21 vers 19 h : enfin le site du Monde vient de se décider à parler de la mort de Clarke, via une dépêche signée « LEMONDE.FR avec AFP » et curieusement datée du 19-03 à 8h51 (je maintiens qu’en début d’après-midi aujourd’hui, il n’y avait toujours rien…) J’ajoute d’ailleurs qu’en revanche les lecteurs de l’édition papier n’auront, eux, pas eu cette information : pas un mot dans le numéro daté du 22 !

Nouvelle mise à jour, samedi 22, fin d’après midi. Enfin ! Une nécrologie importante (plus d’une demi-page) en page 15, signée Jean-François Augereau, et illustrée d’une photo. Le Monde aura ainsi mis quatre jours à informer les lecteurs de sa version papier de cet événement, et à le commenter.


Au fil de la plume…

vendredi 14 mars 2008

D’habitude je passe sur ce genre de choses, mais le numéro du 14 mars en concentre un peu trop…
Page 9, Marc Roche nous apprend que, dans le cadre de « l’accent mis sur la lutte contre le réchauffement climatique », le chancelier de l’Échiquier menace « d’imposer les sacs en plastique non biodégradables en 2009 » : j’ai sursauté devant cette incongruité avant de comprendre que le verbe « imposer » signifiait ici non pas « rendre obligatoire », comme je l’avais cru d’abord, mais « taxer », ce qui est effectivement plus logique.
Même page, Jean-Pierre Stroobants nous dit que « Le comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) a exigé des explications aux autorités belges » à propos de discrimination linguistique : mais peut-être que « exiger… à quelqu’un » est une tournure d’origine flamande…
Page 13, Antoine Albertini nous dit que « Michel Vermillac n’est pas prêt d’oublier son expérience de directeur de l’office public des HLM de Haute-Corse » : « prêt à oublier », peut-être, « près d’oublier », éventuellement, mais « prêt d’oublier » est assez croquignol…


Des verbes déclaratifs (suite)

jeudi 13 mars 2008

Décidément, ça n’arrête pas… Je ne pensais pas être amené à revenir si vite sur ces tics, mais les journalistes du Monde me l’imposent ! Dans le même numéro du 13 mars, deux exemples particulièrement caricaturaux.
P. 12, le premier, je dois dire, est assez amusant, et presque justifié, au fond : Béatrice Jérôme fait dire au candidat UMP dans le XVe arrondissement, Pierre Charon, après un difficile accord avec une liste dissidente de droite : « « C’est « Black Tuesday » aujourd’hui pour Anne Hidalgo », parlant de son adversaire du PS. Et comment croyez-vous que la journaliste décrit l’intervention du candidat : « disait », « commentait », « persiflait », « ironisait » ? Non, non, mieux : « flûtait » ! Pas mal…
Moins drôle, en revanche, page 15, Mustapha Kessous cite la CFDT, à propos de la fermeture par Rhodia de la dernière unité européenne de production de paracétamol : « « Alors que le groupe annonce la fermeture à Roussillon nous avons appris que Rhodia conservait son unité de production en Chine (Wu chi) d’une capacité de 5 000 tonnes par an », s’agace le syndicat ». Outre qu’on voit mal comment on peut s’agacer soi-même, la légèreté de cette réaction devant la gravité de la dénonciation est quelque peu choquante… 


Des verbes déclaratifs

mercredi 5 mars 2008

Le Monde semble inciter ses journalistes à varier les « verbes déclaratifs », ceux qui amènent (ou parfois suivent) une citation directe. Le résultat est souvent assez cocasse, quand les verbes utilisés impliquent des nuances qui échappent aux rédacteurs sans qu’elles aient beaucoup de rapport avec ce qui est dit. En voici une première volée, il y en aura sûrement d’autres, hélas.
Philippe Ridet, 29 janvier 08, p. 20 : « Une attachée de presse grince : « On ne devait même pas parler du Taj Mahal » », ce qui souligne un peu rudement le mécontentement de la dame…
Xavier Ternisien (7 février, page 22) les enchaîne, à propos du quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne : « «C’est une utopie, une vision un peu naïve des Etats-Unis», s’enthousiasme Jean-Pierre Jourdain », en une phrase qui montre pourtant peu « d’enthousiasme » ; « «A ma connaissance, c’est un cas unique au monde de centre-ville bâti autour d’un habitat social» », estime Anne-Sophie Clémençon, qui en tant que chercheuse au CNRS, ne devrait pas se contenter « d’estimer ».
Dans le numéro du 8 février page 12, Simon Roger donne la parole à Raymond Domenech : « «Patrick Vieira, comme Willy Sagnol, avaient besoin de temps de jeu. L’un des objectifs de ce match était de leur permettre de jouer et de se rassurer», a reconnu l’entraîneur français » . En fait il n’avait rien à « reconnaître », puisque c’est lui-même qui avait pris cette décision pour ces excellentes raisons !
Dans le numéro du 15 février, dans un petit article en bas de page 20, titré « Arrondir ses fins de mois », Mustapha Kessous met en scène un ouvrier, qui « confie qu’«un smic ne suffit pas pour vivre»« , comme s’il s’agissait d’un secret de famille qu’il révèle au journaliste sous le sceau du secret…
Dans celui des 24-25 février, un « must » des journalistes du Monde : marteler. Brice Pedroletti, page 3 : « «La loi sur la propriété est entré en vigueur (…) et la propriété privée est protégée par la loi» martèle notre interlocuteur » ; et Benoît Hopquin page 8 : « «Il faut terminer ce qui a été commencé» martèle l’ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing« . Nous aurons l’occasion de revenir sur ce terme. Hélène Viala nous gratifie aussi page 23 d’un « «Faire corps avec le cheval pour ne pas se faire trop de mal» confie Retamal« , sans doute lui aussi sous le sceau du secret.
Dans le numéro du 5 mars, p. 3, dans l’article signé Catherine Rollot : « »L’année suivante, le nombre d’étudiants noirs et hispaniques inscrits en première année a baissé», explique Bruce Walker » qui, en l’occurrence n’explique rien ici, se contentant de signaler, de souligner ou, bêtement, de dire.