Des verbes déclaratifs

Le Monde semble inciter ses journalistes à varier les « verbes déclaratifs », ceux qui amènent (ou parfois suivent) une citation directe. Le résultat est souvent assez cocasse, quand les verbes utilisés impliquent des nuances qui échappent aux rédacteurs sans qu’elles aient beaucoup de rapport avec ce qui est dit. En voici une première volée, il y en aura sûrement d’autres, hélas.
Philippe Ridet, 29 janvier 08, p. 20 : « Une attachée de presse grince : « On ne devait même pas parler du Taj Mahal » », ce qui souligne un peu rudement le mécontentement de la dame…
Xavier Ternisien (7 février, page 22) les enchaîne, à propos du quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne : « «C’est une utopie, une vision un peu naïve des Etats-Unis», s’enthousiasme Jean-Pierre Jourdain », en une phrase qui montre pourtant peu « d’enthousiasme » ; « «A ma connaissance, c’est un cas unique au monde de centre-ville bâti autour d’un habitat social» », estime Anne-Sophie Clémençon, qui en tant que chercheuse au CNRS, ne devrait pas se contenter « d’estimer ».
Dans le numéro du 8 février page 12, Simon Roger donne la parole à Raymond Domenech : « «Patrick Vieira, comme Willy Sagnol, avaient besoin de temps de jeu. L’un des objectifs de ce match était de leur permettre de jouer et de se rassurer», a reconnu l’entraîneur français » . En fait il n’avait rien à « reconnaître », puisque c’est lui-même qui avait pris cette décision pour ces excellentes raisons !
Dans le numéro du 15 février, dans un petit article en bas de page 20, titré « Arrondir ses fins de mois », Mustapha Kessous met en scène un ouvrier, qui « confie qu’«un smic ne suffit pas pour vivre»« , comme s’il s’agissait d’un secret de famille qu’il révèle au journaliste sous le sceau du secret…
Dans celui des 24-25 février, un « must » des journalistes du Monde : marteler. Brice Pedroletti, page 3 : « «La loi sur la propriété est entré en vigueur (…) et la propriété privée est protégée par la loi» martèle notre interlocuteur » ; et Benoît Hopquin page 8 : « «Il faut terminer ce qui a été commencé» martèle l’ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing« . Nous aurons l’occasion de revenir sur ce terme. Hélène Viala nous gratifie aussi page 23 d’un « «Faire corps avec le cheval pour ne pas se faire trop de mal» confie Retamal« , sans doute lui aussi sous le sceau du secret.
Dans le numéro du 5 mars, p. 3, dans l’article signé Catherine Rollot : « »L’année suivante, le nombre d’étudiants noirs et hispaniques inscrits en première année a baissé», explique Bruce Walker » qui, en l’occurrence n’explique rien ici, se contentant de signaler, de souligner ou, bêtement, de dire.

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