Masculin, féminin (suite)

mardi 30 septembre 2008

En page 23 du Monde daté du 30 septembre, Brigitte Salino nous parle de « Fanny, « décevante version de la pièce de Marcel Pagnol au Vieux-Colombier ». Ce faisant, elle cite Muriel Mayette, « administrateur » général de la Comédie-Française, mais également Irène Bonnaud, « metteuse en scène » de la pièce.
Il faudrait savoir : on féminise le nom de métier « metteur en scène », avec cette très laide potion magique du « e » final, en revanche on néglige le très correct « administratrice ».
Est citée une jeune sociétaire, Marie-Sophie Ferdane, dans le rôle titre, mais pas Gilles David, qui joue César. Pourquoi ? Parce que Brigitte Salino n’oserait pas l’appeler « sociétair » (comme je l’évoquais dans mon billet du 19 avril) ?!

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Défense de lire

jeudi 25 septembre 2008

Bienvenue sur notre Planète tambourine (après tout, j’ai bien le droit, moi aussi, d’utiliser un verbe déclaratif !) Éric Fottorino en Une du 24 septembre, dans un éditorial survitaminé, quelque peu xyloglotte et parfois prudhommesque (des « piliers » « pertinents », « regarder l’actualité autrement », « innover est la meilleure façon de rester soi-même ») pour annoncer les nouvelles pages « Planète » (qui expliquent sans doute pourquoi le « O » du titre du journal s’est transformé en photo de la Terre).
Pages Planète, fort bien. Mais ce qui me frappe surtout, dans ce numéro (et les deux suivants) c’est l’hypertrophie photographique, malgré le projet fottorinesque : « une expérience de lecture différente ». J’ai déjà ici même marqué à de nombreuses reprises à quel point les photos dans le journal pouvaient être redondantes, ou inutiles, mais là, les records sont battus.
Ce numéro présente une image (un « poster ») couvrant l’intégralité (sauf une brève légende en bas) de la double page du cahier central. Certes, elle est étonnante, certes elle est de Yann Arthus Bertrand mais que fait-elle là, sinon prendre la place d’une explication plus précise et argumentée du problème qu’elle évoque ? Plus loin (pp. 18 et 19), une autre double page présente les effets de la crise financière dans quatre places boursières. Cette autre double page est occupée, pour une bonne moitié, par quatre photos des salles de marchés de ces quatre bourses, photos strictement sans intérêt, fort semblables, et parfaitement ininformatives (néologisme créé spécialement par moi pour les photos du journal !).
Dans le numéro du lendemain 25/09, un article aux pages 20 et 21 (Virginie Malingre) décrit « La fin de l’âge d’or » de la finance à New-York. Deux pages donc, mais plus de la moitié occupée par une seule énorme photo représentant ce qui pourrait être un jeune banquier, seul dans une rue, sans doute dans le quartier de Wall Street.
Le numéro du 26 calme un peu le jeu, même si deux pages sont occupées à 50% par des images. L’une de ces pages présente (p. 21, Isabelle Mandraud) les témoignages de quatre personnes qui ont demandé à consulter leur fiche aux RG ; elle est accompagné d’un imposant montage photo (Jessy Deshais) présentant les portraits de ces quatre personnes, iconographie utile, mais qui aurait pu être moins envahissante et, par exemple, laisser la place pour un cinquième témoignage (et un cinquième portrait)…
Quant à l’autre photo, elle est également utile, puisqu’il s’agit de celle d’un modèle présenté aux collections de haute couture de Milan. Mais là aussi, la page (p. 22, Véronique Lorelle) est occupée à près de 60% par une seule image et peut-être que plusieurs clichés plus petits auraient permis de se faire une idée plus large du sujet…
Je ne dirai rien de la dernière page, occupée toute entière par une… photo publicitaire d’un fabricant de prêt-à-porter de luxe…
Je croyais que Le Monde 2 était fait pour ça ! En tout cas, ça fait autant de moins à lire dans Le Monde quotidien…


La mère Goriot ?

dimanche 14 septembre 2008

Le Monde continue à exercer, à temps partiel, un autre métier que le sien et reprend ici ses activités de libraire, en nous proposant une intégrale de la Comédie Humaine de Balzac.
Fort bien, et le Monde des Livres de vendredi 12 nous présente l’affaire. Mais ça commence mal : on lit sous la signature de Stéphane Vachon cette phrase improbable à propos du Père Goriot :
« Roman du père renié par ses fils au nom des passions et des ambitions humaines ».
« Ses fils » ? Bigre, étonnant, vu qu’ils s’appellent l’un Delphine, l’autre Anastasie, comme le sait tout lecteur de Balzac.
Nul n’est à l’abri d’une coquille, mais y a-t-il encore des relecteurs ?


Question-réponse

jeudi 11 septembre 2008
Certes, il ne s’agit pas d’un journaliste du Monde, mais d’un chroniqueur régulier du journal, un des plus distingués parmi une confrérie qui en compte beaucoup, les économistes : Jean Pisani-Ferry, habitué de l’avant-dernière ou dernière page du journal (suivant que la pub l’a emporté ou pas). Ce mercredi 10 septembre, en page 29, dans une « Carte blanche » titrée « Trois leviers pour la croissance« , il glose sur l' »arrêt » de « l’économie européenne » et se félicite de la prise de conscience du problème par le premier ministre. Il ajoute alors (en un paragraphe isolé pour bien montrer l’importance de la chose) :
« Reste que la prise de conscience ne suffit pas : la question posée est aujourd’hui celle de la réponse. »
Celle-là, on me la copiera ! La « question de la réponse » ! Franchement, je n’y aurais pas pensé tout seul !
Bon, en récapitulant, on voit ce qu’il veut entend par là… Mais il aurait pu se relire, quand même…

Le grand fracasseur de hadrons

mardi 9 septembre 2008

Indépendamment du trou noir qui devrait, venant de la frontière suisse, provoquer la fin du monde et dévaster l’Univers entier mercredi 10 septembre 2008, le Monde de ce jour nous présente en page 8, à sa manière, et sous la signature de Pierre Le Hir, l’origine de la chose : le grand collisionneur de hadrons du CERN.
D’abord, on n’échappe pas, juste après le chapô, au très attendu « seigneur des anneaux » ! Ensuite on nous dit, par deux fois, que dans le LHC les particules vont se « fracasser ». On entend presque le bruit que cela va faire ! Nous apprenons aussi que l’anneau est constitué d’arcs de cercle et que les particules y sont guidées sur une « orbite circulaire », mais qu’il ne forme pas une « boucle parfaite » (j’avoue ignorer l’existence de cet objet géométrique nouveau !). Cette « force de frappe » est « très supérieure » à celle des précédents accélérateurs, ajoute-t-on. Certes, mais de combien au juste ?
Une simple visite à Wikipedia, qui nous en dit beaucoup plus, en bien moins de place, et sans le moindre sensationnalisme, nous répond : environ 7 fois.