De Le Clézio à Le Carré

lundi 27 octobre 2008

J’ai affiché hier dimanche un billet (« Un débat essentiel ») soulignant l’importance à mon sens très exagérée donnée par la Médiatrice du journal à une tribune libre sur le Nobel de JMG Le Clézio, publiée en page « Débats » par Frédéric-Yves Jeannet, dans le numéro des 19-20 octobre.
Ce lundi matin, je découvre encore un article sur le sujet, qui m’avait échappé, dans le Monde2, en page 6. Quand je vous dis que c’est une obsession !
Ce papier est signé Frank Nouchi, le même qui, dans le Monde des livres du 17 octobre, en page 1, présentait le dernier roman de John Le Carré, Un homme très recherché, en écrivant « L’action a lieu à Hambourg. Comme dans L’espion qui venait du froid ; comme dans Les gens de Smiley« . Ce qui n’est que très partiellement vrai pour le second roman, et complètement faux pour le premier, qui commence à Berlin, continue à Londres, se poursuit en Hollande, puis quelque part en Allemagne de l’Est et se termine, comme on s’en souvient, porte de Brandebourg, donc de nouveau à Berlin…  Mais jamais à Hambourg !
Le Monde semble d’ailleurs fâché avec J. Le Carré, puisque, dans le numéro du 5 octobre, Marc Roche écrivait : « Le « Cirque » cher à John Le Carré était, dit-on, installé au 1 Curzon Street », alors que tous les fans de Smiley savent qu’il était en fait assez loin de là, à Cambridge Circus.


Un débat essentiel

dimanche 26 octobre 2008

Dans son numéro des 19-20 octobre dernier, Le Monde publiait en page « Débats » une tribune libre d’un professeur de littérature, Frédéric-Yves Jeannet, intitulée « Jean-Marie Le Clézio ou le Nobel immérité ». Le titre dit tout.
Je n’ai pas d’avis tranché sur la question, j’ai beaucoup de respect pour JMG Le Clézio, ce n’est pas mon écrivain favori, j’ai été un peu surpris d’apprendre qu’il était pressenti pour cette récompense, qui ne me paraît cependant pas spécialement « imméritée ».
Des avis contraires auraient pu s’exprimer dans la même page « Débats », et j’en attendais, plus ou moins.
Eh bien, il y en a eu un, samedi 25, d’Alain Mabanckou, en page 21, et on aurait pu croire le débat terminé. Eh bien non ! La Médiatrice, Véronique Maurus, se sent obligée de consacrer sa rubrique « Dialogues » des 26-27 octobre à cette affaire, sous le titre « Querelle littéraire ». On veut bien, comme elle l’écrit, qu’elle ait reçu « un flot continu de messages navrés » et que « de l’avis unanime des nos lecteurs, la critique de M. Jeannet n’était pas à la hauteur de ses ambitions », mais compte tenu de la richesse et de la complexité de l’actualité ces jours-ci, n’y avait-il pas matière à débat sur des sujets plus brûlants. Elle ne l’a pas estimé. Elle a même jugé utile (si c’est bien elle qui a cette responsabilité) de sélectionner, pour le courrier des lecteurs qui se trouve juste en-dessous de sa rubrique, trois lettres dont deux traitent encore du même sujet, faisant plus ou moins double emploi avec celles qu’elle cite dans sa chronique.
C’est une obsession !


La poisse…

samedi 25 octobre 2008

Il y a longtemps que je m’en étais aperçu, et je voulais en parler ici, mais l’occasion ne s’était pas encore présentée. La voici…
Le Monde porte malheur aux sportifs français dont il parle. Je l’avais remarqué ces dernières années à propos de telle skieuse, tel judoka, tel nageur : quand le quotidien publie un papier spécifique sur un sportif en forme, inéluctablement, celui-ci est victime d’une contre-performance.
Le numéro des 26-27 octobre en offre un bel exemple : en bas de la première page une accroche, « Tennis : Gilles Simon, le numéro un français, ce méconnu. Portrait ». Au même moment, au tournoi de Lyon, le même Simon, un des favoris de l’épreuve, se fait sortir en demi-finale par le Suédois Robin Söderling.
Je n’ose croire à la malédiction. Restent alors deux hypothèses : soit les responsables de la rubrique sportive n’ont absolument pas le nez creux, et se trompent régulièrement dans leurs pronostics ; soit les intéressés, impressionnés par cette consécration médiatique, en perdent leurs moyens…
En ce qui concerne Simon, d’ailleurs, la chose est d’autant plus étrange que cette accroche correspond à une nouveauté bizarre dans le journal : celle d’annoncer en Une des articles à paraître non pas dans le corps du numéro, mais dans celui… du lendemain.


La vie brève (suite…)

samedi 18 octobre 2008

J’ai déjà parlé ici (21/10/07, 09/11/2007, 20/03/08) des nécrologies du Monde, en particulier des chronologies très succinctes qui accompagnent chacune d’elles. Le numéro du 18 octobre m’offre une nouvelle occasion de le faire…
Une colonne est consacrée à William Claxton, photographe spécialisé dans le jazz. Voici, intégralement, la chronologie qui l’accompagne :

12 octobre 1927 Naissance à Pasadena (Californie)
11 octobre 2008 Mort à Los Angeles (Californie)

On ne peut guère faire moins, ni moins informatif…
Je note que le quotidien nous donne de plus en plus de nécrologies de plus en plus longues de personnages de plus en plus inconnus.


L’Ethiopie envahit Chicago

jeudi 16 octobre 2008

« Migration : quatre millions de diplômés africains vivent hors de leur continent d’origine », nous dit le titre d’une brève en bas de la page 4 du Monde daté 17 octobre. Fort bien, mais quel sens cela a-t-il de donner un chiffre absolu et non un pourcentage ? Autrement dit, quelle est la proportion des diplômés africains exerçant hors du continent ? On ne le saura pas.
Mais le plus étonnant n’est pas là. Le plus étonnant, c’est la fin de la brève, qui dit : « La seule ville américaine de Chicago compterait ainsi plus de médecins éthiopiens que l’Éthiopie toute entière ». Un rapide survol de la Toile m’apprend qu’il y a en Éthiopie environ 2 500 médecins. Alors de deux choses l’une : ou bien la ville de Chicago (on remercie le journal de nous rappeler que c’est une ville américaine) concentre, pour des raisons que j’ignore, une très forte population d’origine éthiopienne, et on peut donc imaginer un tel nombre de médecins. Mais Le Monde ne nous dit rien de tel, et on ne voit pas très bien pourquoi Chicago serait un tel cas particulier. Il n’y a alors aucune raison de ne pas penser que c’est vrai aussi à New-York et Los Angeles et, pourquoi pas, à Londres et également, pour des raisons historiques, à Rome ou Milan : chacune de ces villes compterait ainsi « plus de médecins éthiopiens que l’Éthiopie toute entière », ce qui commencerait à faire beaucoup.
Cette information, sans autre explication, me laisse vraiment perplexe…


Erratum…

mardi 14 octobre 2008

Honnêtement, je ne l’avais pas vu.
Ma correspondante favorite m’avait pourtant envoyé un courriel laconique, mais je n’y avais rien vu non plus. J’allais lui demander d’éclairer ma lanterne quand cet encart en bas de la Une du numéro arrivé ce soir, daté du 15 octobre, m’a sauté aux yeux, ce qui m’a permis de comprendre de quelle « bourde » parlait son message.
Ce qui me frappe surtout, en fait, ce n’est pas cette bévue ridicule, évidemment impardonnable dans un journal sérieux. C’est l’erratum.
Je veux bien qu’on rectifie des erreurs à l’endroit même où elles ont été commises, mais, depuis que je lis Le Monde, je n’ai pas souvenir d’y avoir jamais vu, en Une, un rectificatif de cette taille, et sur ce ton tout en courbettes, alors qu’il a bien dû s’y glisser, au fil des années, quelques bourdes du même acabit.
Alors, le doute m’étreint, et je me dis qu’un « lapsus » (dixit le journal) de cet ordre commis au sujet de n’importe quelles autres épouses que celles du chef de l’État n’aurait sans doute pas été traité de cette manière, et qu’il y a ici comme un parfum de lèse-majesté…
L’ironie de la chose c’est que, sans ce rectificatif tonitruant, des tas de lecteurs n’auraient sans doute, comme moi, rien vu, et la rubrique « Rectificatifs et précisions » n’étant pas, j’imagine, très consultée, peu d’entre eux l’auraient su. La rédaction transforme ainsi une gaffe discrète en quasi-affaire d’État !
Comme me l’écrivait ma correspondante : « La médiatrice peut tailler son crayon ».
Pour ceux qui auraient été aussi myopes que je l’ai été, un appel de titre en page 1 du numéro de la veille annonçait la non extradition de Marina Petrella, en signalant que la nouvelle avait été personnellement annoncée à celle-ci par… Cécilia Bruni-Sarkozy.


Crises

dimanche 12 octobre 2008
Intéressant dossier dans Le Monde de dimanche (12-13 octobre) sur « Un siècle de crises bancaires ». Intéressant, mais non exempt des habituelles inexactitudes et erreurs.
Le plus visible d’entre elles concerne, en page III, un dessin humoristique, tiré du New-Yorker du 6 octobre. On y voit un petit homme à imperméable et attaché-case, sur le point de traverser une rue, et pas n’importe laquelle puisqu’un panneau au-dessus de lui nous dit : « Wall St ». Un autre panneau indique que la rue est à sens unique (« One way »). Détail, ce panneau a subi une rotation d’un quart de tour et est tourné vers le sol (semble-t-il d’ailleurs vers une grille d’égout !), donnant un sens bien ironique à l’inscription qu’il porte : « One Way ».
Mais Le Monde ne trouve pas mieux que de légender le tout ainsi : « «Wall street vers le bas» pointe le panneau à sens unique » alors qu’il aurait été si simple et bien plus exact et efficace d’écrire : « «Sens unique» indique le panneau tourné vers le bas ».

Dans le même numéro, Véronique Maurus dans sa rubrique hebdomadaire « Dialogues », page 14, répond aux lecteurs qui ont réagi au « plantage » du 29 septembre, quand le journal titrait sur « l’adoption » du plan Paulson, lequel non seulement n’était pas adopté mais était sur le point d’être retoqué par le Congrès. Elle cite un lecteur qui suggère de rebaptiser sa fonction « justificateur (…) au lieu de médiateur », remarque fort pertinente, à quoi elle répond qu’il y a malentendu, qu’elle joue plutôt un rôle d’arbitre. On se demande en fait quel rôle exact elle joue, puisqu’elle n’explique même pas l’origine de l’erreur dénoncée par les lecteurs, se contentant de rappeler longuement un précédent de même nature à propos de l’annonce erronée d’une dévaluation en… novembre 1968.
   

Toujours dans le même numéro, et toujours à propos de la crise, Jérôme Poirier page 9 termine son article « Les petits actionnaires sont déboussolés par leurs pertes » avec un très beau barbarisme : « La part des actions dans le patrimoine des français (…) n’est pas prête de remonter. »
Aïe !