Record

samedi 26 juin 2010

Bien que la nouvelle formule, aux dires de la médiatrice elle-même, doive consacrer moins de place au sport, ce que je regrette, Le Monde n’hésite pas, comme partout, à céder aux sirène de la FIFA et à offrir cinq pages quotidiennes au football.
Il s’est cependant produit à Wimbledon un événement tellement hors-norme qu’il ne pouvait pas ne pas être évoqué, le match record entre John Isner et Nicolas Mahut. Mais cette page 3 du numéro du 26 juin, signée Marc Roche, est stupéfiante. Titrée « 183 jeux, set et match », elle n’est en fait consacrée quasiment qu’au seul Mahut (sans même signaler que celui-ci, en qualifications, avait déjà gagné un dernier set contre Alex Bogdanovic sur le score de 24-22). Deux seules évocations de son adversaire, « ce géant de 2,06 mètres natif de Caroline du Nord » et « Mahut a résisté pendant 11 heures et cinq minutes aux boulets de canon balancés par John Isner ». Comme si Mahut n’avait pas lui-même canonné (103 aces contre 112 à son adversaire). Le sous-titre est éloquent : « le discret Nicolas Mahut est entré dans l’histoire en disputant à Wimbledon le plus long match de tous les temps ». Il l’a disputé tout seul ? On le croirait…
Dans la même page, et sous la même signature, à propos d’une des rares visites de la Reine au tournoi l’utilisation, devenue maintenant habituelle dans le quotidien, de l’accent circonflexe sur le mot « tache » pour évoquer le risque d’une salissure sur le tailleur royal…


Légendes

samedi 19 juin 2010

Une fois n’est pas coutume (deux billets successifs qui commencent par la même formule, je radote !) j’ai acheté le Monde Magazine (ex-Monde 2). En couverture une superbe photo en noir et blanc (Henry Leutwyler) de Keith Jarrett, les yeux fermés, penché sur son clavier. Page 5, en bas du sommaire, la légende : « Keith Jarrett chez lui le 28 mai, improvisant quelques mesures sur son piano ». Au vu de la concentration extrême que révèle le visage du pianiste, et à moins d’une pose narcissique, on doute qu’il ne s’agisse que de « quelques mesures », comme ça, en passant. Et d’ailleurs, quel intérêt, cette précision ! D’autant qu’en page 18-19, au sein de l’article de Francis Marmande, une autre photo, très semblable (et certainement prise quelques instants avant ou après) est légendée : « Inspiration. Keith Jarret en pleine séance d’improvisation chez lui le 28 mai ». L’info nous aurait manqué…
L’auteur des légendes de cet article frappe de nouveau très fort, page 20, où l’on voit le musicien, assis, portière ouverte, à l’arrière d’une longue limousine noire et on nous explique que nous sommes en train de voir « en 1979 (…) le pianiste de 34 ans, ici dans une limousine aux États-Unis ». Merci de ces redondantes précisions.


Convocation

mardi 15 juin 2010

Une fois n’est pas coutume, il ne sera pas question ici de ce qu’écrit le journal, mais ce qui s’y passe.
La « convocation » (je n’y peux rien, c’est ainsi qu’une grand partie de la presse qualifie l’entrevue entre Éric Fottorino et le Président de la République, lundi 7 juin) n’étonnera que les naïfs. Comme il est rappelé ici et là, Le Monde a toujours été un enjeu pour le pouvoir en place, et ne s’y ajoutent cette fois-ci que les caractéristiques sarkozyennes bien connues…
Non, ce qui est étonnant, et qui me choque, c’est que le directeur ait accepté. Compte tenu des enjeux en cours pour le quotidien, il n’aurait pas été malséant qu’il réponde à N. Sarkozy que, dans le contexte actuel, il ne lui était pas possible de déférer à son invitation, mais qu’il se ferait un plaisir de discuter avec lui une fois l’affaire réglée. Ça vous aurait eu une autre gueule !