Privé de sciences

vendredi 25 novembre 2011


Comme je me refuse à payer mon journal 3,20 €, surtout pour me farcir 172 pages d’un catalogue de publicités pour « premiums », je ne lis pas Le Monde du samedi.
Mal m’en prend : c’est le jour où paraît le supplément « Science et Techno », 8 pages aux sujets toujours fort intéressants (du moins à ce que m’en disent leurs titres, aperçus sur le Web !). Car le reste de la semaine, sauf événement capital, pas un mot : les pages « Planète » y font parfois allusion, mais sans plus.
La science pour les riches ?


Le choix des mots

mercredi 16 novembre 2011


En haut à gauche de la page 14 du numéro daté 16 novembre, un article titré « Les investisseurs s’attaquent à l’Espagne ».
Un investisseur, que je sache, c’est un individu ou une institution qui dépense une certaine quantité d’argent en vue de contribuer au développement d’une activité matérielle ou intellectuelle, aux fins de tirer, au bout d’un certain temps, bénéfice de cette activité. Déjà, le verbe « s’attaquent » paraît bizarre dans ce contexte, et on se demande comment des investisseurs pourraient tirer bénéfice d’une attaque contre un pays…
Mais il ne faut pas aller plus loin que la fin du premier paragraphe pour comprendre que ce que font ici les « investisseurs » c’est… « spéculer ».
On se dit alors que le titre de l’article aurait dû être plutôt : « Les spéculateurs s’attaquent à l’Espagne », ce qui aurait été plus clair, et plus honnête…


Toujours la dette…

vendredi 11 novembre 2011


Toujours la dette, en effet.
En « Une » du numéro d’aujourd’hui, un titre et un graphique. Le titre : « Après la Grèce et l’Italie, la France ? ». (On peut, en passant, s’interroger sur l’effet psychologique d’une telle proclamation sur « les marchés », compte tenu des effets éventuellement auto-réalisateurs de certaines prophéties).
Le graphique, quant à lui, présente sous forme de carrés de couleurs, les montants des dettes des trois pays cités (Grèce : 366 milliards d’euros ; Italie : 1 934, France : 1 727) et, à l’échelle, celui du fonds de stabilité 1 000).
On s’interroge cependant sur l’absence d’un quatrième carré qui, en contradiction avec le sens du titre, représenterait… l’Allemagne ! Ce serait le plus gros, avec un montant supérieur à 2 000 milliards d’euros.
Pourquoi ce silence ?


Torchons et serviettes

jeudi 10 novembre 2011


Dans Le Monde Argent d’hier, en haut de la page 2, Patrick Lelong, dont je ne sais s’il est le même que le chroniqueur de France-Info, a raté une occasion de tourner sept fois sa langue dans sa bouche… Il écrit en effet, en notant que notre endettement public atteint 87% du PIB :
« Si la France était une famille, elle devrait saisir d’urgence la commission de surendettement ».
Or le taux d’endettement (et donc éventuellement de surendettement), met en regard chez les ménages les revenus pendant une période donnée et les remboursements à effectuer pendant la même période. On estime à 33% le taux d’endettement au-delà duquel une banque peut refuser de vous ouvrir un crédit. Notre chroniqueur compare ici ce qu’on peut assimiler aux ressources disponibles en France pendant une année, son PIB, avec l’endettement total du pays, en gros un flux avec un stock ou, pour parler plus clair, des torchons avec des serviettes…
Ce qu’il faudrait comparer avec le PIB, ce sont les sommes consacrées tous les ans au remboursement de la dite dette. Or, elles s’élèvent à près de 120 milliards d’euros, soit 6% du PIB ! C’est certes beaucoup, mais on est très loin du surendettement ! Si on voulait appliquer à un ménage le raisonnement un peu rapide de P. Lelong, il faudrait taxer de surendetté tout ménage français bénéficiant d’un revenu annuel de 360 000 euros, et désireux d’emprunter, par exemple pour acheter un logement, une somme supérieure à 120 000 euros !


Vous avez bien dit Europe ferroviaire ?

mardi 8 novembre 2011


« Journée de grève à la SNCF contre les projets européens de libéralisation » titre Le Monde en page 21, sous la signature de Philippe Jacquet.
Un bref paragraphe précise que cette action « s’inscrit dans le cadre d’une journée d’action européenne contre la libéralisation du système ferroviaire, organisée par la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF) ».
Et de nous décrire, après l’annonce d’un trafic « légèrement perturbé », les raisons pour lesquelles les syndicats français appellent à cesser le travail ce jour, décrivant en particulier les différentes étapes, passées et futures, de la dite libéralisation.
« Journée européenne » avez-vous dit ? On pourrait s’attendre à des déclarations des responsables de cette ETF (dont on ne nous dit pas qu’elle rassemble des cheminots de 41 pays européens), ou bien à un panorama des diverse formes d’actions proposées pour cette journée à travers les différents pays européens : ce n’est pas si souvent qu’une initiative syndicale dépasse le cadre des frontières nationales…
Eh bien non, vous n’en saurez rien (et Le Monde du lendemain 9 novembre, consulté sur Internet, ne vous en dira pas plus) : on en restera à un habituel compte-rendu franco-français sans grand intérêt.


Drôle de département français

vendredi 4 novembre 2011


« La France promet de restaurer la forêt incendiée du massif des Maures ». Sans doute sursauteriez-vous en lisant un tel titre. À bon escient. Vous vous diriez : « La France » ? Bizarre ? Plutôt, « le gouvernement », le massif des Maures étant situé dans le département (français) du Var…
Et pourtant, c’est, à peu de chose près le titre que l’on trouve en page 8 du numéro du 4 novembre, à la seule différence près qu’il ne s’agit pas du Massif des Maures, mais de…
« La France promet de restaurer la forêt incendiée sur l’île de la Réunion »
Ainsi la France va apporter son assistance à un département français au même titre qu’elle le ferait pour le Sénégal ou l’Arménie. Comme pour un pays étranger, en fait.


Poser la question, c’est y répondre !

jeudi 3 novembre 2011


Je suis un peu interloqué par la publication dans le numéro d’aujourd’hui, en pages 12 et 13, de divers sondages.
Le premier titré « Le jugement des français sur leur démocratie » est assez hétérogène. Une des questions porte sur la confiance faite aux partis pour gouverner ; si la gauche y progresse depuis décembre 2009, le pourcentage de ceux qui ne font confiance ni à la droite ni à la gauche passe en deux ans de 60% à 52%, ce qui n’empêche pas le quotidien de titrer la page : « La défiance envers les dirigeants politiques s’accroît ».
Une autre question porte sur « L’approbation de différentes mesures pour réduire la dette de l’État ». (On peut s’étonner qu’aucune question ne soit posée sur d’autres graves difficultés actuelles, le niveau du chômage par exemple). Bref, quatre mesures partielles sont soumises à l’avis des sondés ; une seule mesure globale est proposée, et elle est tellement générale que la question en devient ridicule : « Augmenter les impôts ».
Quand on sait qu’une réforme fiscale peut prendre une multitude de formes, relèvement global ou ciblé de la TVA, rétablissement d’une ou plusieurs tranches supérieures de l’impôt sur le revenu, augmentation de l’impôt sur les sociétés, harmonisation de la taxation du capital et du travail, mesure concernant l’impôt sur les grandes fortunes, etc., on ne s’étonne pas que 73% des sondés désapprouvent !
En page 13 on trouve l’habituel sondage sur les intentions de votre pour 2012. Je ne détaillerai pas ces résultats dont tout le monde sait l’incertitude, je relèverai seulement que les deux seules questions thématiques (« qui est le mieux placé pour… ? Qui est responsable de… ? ») ne portent, encore une fois, que sur la dette.