Torchons et serviettes


Dans Le Monde Argent d’hier, en haut de la page 2, Patrick Lelong, dont je ne sais s’il est le même que le chroniqueur de France-Info, a raté une occasion de tourner sept fois sa langue dans sa bouche… Il écrit en effet, en notant que notre endettement public atteint 87% du PIB :
« Si la France était une famille, elle devrait saisir d’urgence la commission de surendettement ».
Or le taux d’endettement (et donc éventuellement de surendettement), met en regard chez les ménages les revenus pendant une période donnée et les remboursements à effectuer pendant la même période. On estime à 33% le taux d’endettement au-delà duquel une banque peut refuser de vous ouvrir un crédit. Notre chroniqueur compare ici ce qu’on peut assimiler aux ressources disponibles en France pendant une année, son PIB, avec l’endettement total du pays, en gros un flux avec un stock ou, pour parler plus clair, des torchons avec des serviettes…
Ce qu’il faudrait comparer avec le PIB, ce sont les sommes consacrées tous les ans au remboursement de la dite dette. Or, elles s’élèvent à près de 120 milliards d’euros, soit 6% du PIB ! C’est certes beaucoup, mais on est très loin du surendettement ! Si on voulait appliquer à un ménage le raisonnement un peu rapide de P. Lelong, il faudrait taxer de surendetté tout ménage français bénéficiant d’un revenu annuel de 360 000 euros, et désireux d’emprunter, par exemple pour acheter un logement, une somme supérieure à 120 000 euros !

Publicités

2 Responses to Torchons et serviettes

  1. François dit :

    Ah, cette dette ! Dans quel état nous met-elle la tête ?
    Je pensais, en commençant la lecture de ta chronique, qu’enfin je ne serais plus seul à ne pas comprendre pourquoi on lie toujours la dette, et ce qu’elle représente, en part de PIB au lieu d’en parler en part de budget de l’état.
    Et patatras, ton raisonnement est inverse du mien. Ressentant un instant de solitude infinie, je préfère te soumettre ma réflexion.
    Bien sûr qu’il faut prendre en compte le flux et non le stock, mais les dettes de notre cher état sont payées par nos contributions à son budget et non pas par la production de richesses que nous nous travaillons à réaliser.
    Dans le budget de l’état 2010, le montant de la dette à payer est de 120 Mds d’€, pour des recettes totales de 253,6 Mds d’€ : près de 50% de ses ressources affectées à payer ses emprunts.
    Il s’agirait donc pour un ménage ayant des ressources de 22 000 € (revenu moyen par foyer), de payer des annuités d’emprunt de 11 000 €…

    • dailleurs dit :

      Je ne faisais que m’attaquer à cette comparaison absurde entre des flux et des stocks, dette globale sur PIB annuel, qui revient systématiquement dans toutes les publications sur le sujet. La comparaison proposée par notre commentateur du jour est effectivement plus juste, et il a raison de mettre en regard dette publique annuelle et budget public, plutôt que dette publique annuelle et PIB, comme je le faisais. Cela dit, on n’est plus au taux relevé par Patrick Lelong, même si on dépasse, effectivement, les limites du surendettement des ménages. Mais, et cette remarque s’adresse aussi à moi-même, peut-on comparer sans nuances les dépenses des ménages, a priori consacrées à de la consommation (de biens en flux ou en stocks) à celles d’un État, susceptibles d’être affectées en partie à des dépenses d’investissements collectifs ?
      Vaste débat !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s