Sondage absurde

jeudi 8 décembre 2011


En page 14, le Monde nous présente un « baromètre d’intentions de vote pour l’élection présidentielle » élaboré par Ipsos/Logica Business Consulting pour France-Télévisions, Radio-France et Le Monde, « vague » des 2 et 3 décembre.
Je ne sais quelle est la marge de manoeuvre des clients des instituts de sondage, et donc qui il faut accuser quand leurs produits sont absurdes. En tout cas, le numéro d’hier en présente un exemple éclairant dont le journal est, au minimum, co-responsable.
Je ne discuterai pas des intentions de vote dans l’absolu, sinon pour rappeler qu’au premier tour des élections de 2007, le taux d’abstention s’élevait à plus de 16%. Ici, rien de tel : si des sondés ont déclaré ne pas (encore ?) savoir pour qui voter, le sondage n’en dit rien. J’ajoute que certains pourcentages sont donnés au demi-point près, alors qu’on sait que la marge d’erreur est supérieure à 2% pour un sondage auprès d’un millier de personnes, ce qui est le cas ici : précision illusoire donc.
Ce panorama est accompagné d’une question sur le fond, dont voici l’intitulé : « Dans la situation actuelle, diriez-vous que la politique de rigueur budgétaire et fiscale définie par Nicols Sarkozy et le gouvernement… » avec trois modalités :
– « Va trop loin »
– « Ne va pas assez loin »
– « Est au bon niveau »
plus (enfin !) une case « ne se prononce pas ». Cette dernière est cochée par 11% des sondés, ce qui me paraît bien peu : j’avoue que j’aurais eu de la peine à répondre à cette question stupide. « Assez loin » ? Mais dans quelle direction ? Même si on admet la nécessité de la « rigueur » (ce qui n’est évidemment pas obligatoire), des modalités extrêmement diverses sont envisageables, qui ne sont pas repérables en plus ou moins « loin » sur un axe unique. Je serais bien curieux de savoir ce que peut recouvrir ce « loin » dans l’esprit des sondés (et bien sûr, des sondeurs !).