Géomètre incomplète

samedi 12 janvier 2013


En page 10 et dernière du Monde des livres de ce vendredi 11 janvier, l’habituelle pleine page, signée Catherine Simon, et bêtement titrée « Géomètre du souvenir », est consacrée cette fois-ci au livre que Michèle Audin vient de faire paraître sur son père, Jacques Audin, mathématicien communiste, « emmené, torturé et tué » à Alger par des parachutistes français en juin 1957.
Article chaleureux, illustré, pour une fois, d’une très belle photo. Deux remarques, cependant.
On apprend d’abord que cette mathématicienne est spécialiste de « géométrie symplectique », discipline que l’intéressée situe brièvement, mais « non sans perplexité » pour la journaliste. On retrouve ici cette idiosyncrasique distance effrayée des littéraires français pour les mathématiques et plus généralement les sciences. Imagine-t-on un journaliste employer cette formule réticente à l’évocation d’une étude sur Flaubert ou la poésie médiévale ou la peinture de la Renaissance ? Comme souvent, l’ignorance de certains domaines est posée non avec regret ou excuse, mais avec un étonnement légèrement ironique quasi auto-satisfait… On n’en saura d’ailleurs pas plus sur le sujet.
On apprend également que Michèle Audin est membre de l’Oulipo. Derechef, on n’en saura pas davantage. Être coopté à l’Ouvroir n’est pas donné à tout le monde : il faut avoir fait ses preuves, éminemment littéraires. Catherine Simon ne semble pas s’y être intéressée, comme s’il s’agissait d’une sorte d’élection mondaine. Ce qu’a écrit MA pour avoir été ainsi choisie, on n’en saura donc rien. Alors je vous conseille d’aller consulter entre autres, via le site personnel de MA, lui-même passionnant, ce texte hilarant et, je trouve, très pérecien.
L’article rappelle également que, le Président Sarkozy n’ayant pas daigné répondre à un courrier de la mère de MA, réclamant la vérité sur le sort de son mari, Michèle Audin, proposée pour la Légion d’honneur, l’a refusée. Sacrée bonne femme !