« Plus », ou « plus » ?

mercredi 20 mars 2013


En page 8 du numéro du 20 mars, une notule titrée : Climat : « Plus d’ouragans extrêmes ».
Bonne nouvelle, me dis-je. Voilà un effet inattendu du réchauffement climatique, il n’y aura plus de ces catastrophes épouvantables. Je lis le texte, et que vois-je ? Qu’on va assister à une multiplication « par trois de la fréquence des ouragans ». Multiplication ? Ah oui ! Ce n’était pas « plus » qu’il fallait lire, mais « plus » ! Ce n’était pas « terminé », mais « davantage ».
J’ai rêvé…

Publicités

Perles…

jeudi 14 mars 2013


En page 13 du numéro de ce jeudi 14 mars, une interview d’Alain Finkielkraut par Benoît Floc’h, à l’occasion de la dernière année d’enseignement du philosophe à Polytechnique, prévue pour 2013-2014 (on a trouvé des événements plus fondamentaux et d’actualité!).
L’entretien est illustré par une photo du philosophe, l’air sévère, sur fond d’étagères de livres, et est ainsi commentée :
“ « En cheminant avec vos élèves, vous apprenez vous-même » analyse Alain Finkielkraut”. On se pince devant le poncif, et l’admiratif « analyse », puis on se dit que le « légendeur » doit aimer les clichés rebattus.
Mais à relire le titre de l’ensemble, on finit pas conclure que c’est délibéré, peut-être même du sabotage, allez savoir. Jugez-en :
“ « Enseigner à Polytechnique « c’est poser les questions qui méritent d’être formulées »”.
Bravo ! Les enfileurs de perles ont envahi le quotidien…


Cause désespérée

mardi 12 mars 2013


En page 18 du numéro du 12 mars, un intéressant article de Sylvie Kauffmann « Big Data, grand fossé ».
Il commence ainsi :
« Au risque de contrarier les pourfendeurs d’anglicismes dans les médias (une cause noble, mais parfois désespérée), cette chronique ne pourra éviter l’expression « Big Data ». Un rapide coup d’œil à la traduction française « grosses données » devrait les aider à compatir. »
Quelle accumulation d’hypocrisie en si peu de mots.
Déjà, les méchants « pourfendeurs d’anglicismes » stigmatisés par ce qualificatif agressif, d’autant que leur cause est « désespérée » ; un « compatir » sans doute mal employé, au lieu de « consentir » ; et puis une proposition de traduction aussi piteuse que ridicule, qu’il serait vraiment facile de… pourfendre ; quant au « ne pourra éviter », effectivement on ne pouvait l’éviter, comme toujours dans ces cas-là, qu’en faisant appel à un peu d’imagination et d’astuce. Mais laissons aux habitants des États-unis le monopole de leurs qualités, eux qui ont la ringardise de persister à être créatifs dans leur propre langue !
Sans aller très loin, est-ce que « données de masse », ou « giga données » n’aurait pas été assez clair ?


Habēbā́mus papam

lundi 11 mars 2013

Retour de vacances, je reproduis ici le « courrier des lecteurs » que j’ai envoyé au Monde il y a un mois, et que voici :

Normalité ? Le Monde du 13 février ne tarit pas d’éloges sur la décision de Benoît XVI. Un grand titre en « Une » (« Le geste qui change l’Église ») et un éditorial qui salue une « entrée dans l’ère de la modernité » et « de la normalité ». Tout ça pour ça ? Faut-il que l’Église soit une institution bien archaïque pour qu’on célèbre à ce point une décision absolument normale dans n’importe quelle autre organisation, même monarchique (en dépit de ce qu’évoquent certains articles du même numéro) comme la récente abdication de la reine Béatrix de Hollande. On aurait été plus enclin à se réjouir si le changement de l’Église et son entrée dans la modernité avaient plutôt pris la forme d’un renversement de son attitude sur le mariage des prêtres, la contraception ou l’ordination des femmes. Mais ne rêvons pas. La modernité, la normalité et le changement sont encore loin.

Ce billet n’a pas été publié, mais il a été cité deux fois longuement dans l’article du Médiateur du numéro du 23 février. Je répondais, non pas à la « couverture médiatique à laquelle a eu droit » la démission du pape, comme le notait Pascal Galinier, mais bien à la prétention du Monde de faire passer la chose comme un signe de modernité et de normalité.