Lolita oubliée

vendredi 9 septembre 2011


Pour une fois, je vais réagir non à une bévue du Monde, mais à celle d’un de ses hôtes, que le quotidien a cependant laissé passer sans sourciller.
Dans le Monde des livres d’aujourd’hui 9 septembre, longue interview en page 12 de l’écrivain italien Alessandro Piperno, qui se plaint du politiquement correct qu’il discerne chez les jeunes écrivains d’outre-atlantique. Il ajoute : « Si Nabokov écrivait Lolita aujourd’hui, il ne trouverait pas d’éditeur ».
Tiens, comme c’est drôle, mais c’est en fait exactement ce qui est arrivé ! Rappelons en effet à M. Piperno ainsi qu’à sa silencieuse intervieweuse, Florence Noiville, que le roman en question, terminé en 1953, a effectivement été refusé par tous les éditeurs aux États-Unis. Il a fini par être édité à Paris en 1955, par Olympia Press, maison plutôt sulfureuse, et n’a finalement été publié aux USA que trois ans plus tard !
Ce nouveau Monde des livres qui consacre maintenant ses deux premières pages à un même ouvrage, celui de David Grossman il y a quinze jours, d’Emmanuel Carrère la semaine dernière (avec en prime la couverture de Télérama, de la même maison), d’Hélène Lenoir cette semaine, signale bien moins de livres nouveaux que ne le faisait le précédent. Il semble se prendre pour une revue littéraire !

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Saïf Qaddhafi philosophe ?

jeudi 24 février 2011

Sous le titre « L’argent de Saïf Al-Islam Kadhafi gêne désormais la London School of Economics » la correspondante du Monde à Londres, Virginie Malingre, décrit en page 5 du numéro en date du 27 février l’embarras actuel de la LSE face au don d’1,5 million de livres que lui avait promis le fils du dirigeant libyen.
Elle signale alors que l’intéressé avait obtenu en 2009 un « doctorat en philosophie » au sein de cette prestigieuse institution universitaire britannique. Étonnant : certes, le cursus de la LSE comprend un tel diplôme, mais le titre de la thèse en question est : « The Role of Civil Society in the Democratisation of Global Governance Institutions: From ‘Soft Power’ to Collective Decision-making?  » (on croit rêver, non ?) ce qui relève à l’évidence de la science politique (« Political Theory » écrit d’ailleurs le Guardian).
La journaliste, pourtant depuis longtemps dans la capitale anglaise, semble ignorer que dans les pays anglo-saxons, un « PhD » (« philosophiae doctor ») n’est que rarement un diplôme de philosophie. La même LSE propose par exemple des PhD en comptabilité, anthropologie, démographie, psychologie sociale, statistique, gestion, mathématiques, et j’en passe.


Trop lente…

vendredi 5 novembre 2010

Le Monde d’aujourd’hui, page 17, une brève. Elle est titrée : «  ». L’OMC déplore la lente abrogation des mesures protectionnistes ». L’OMC déplorerait l’abrogation de mesures protectionnistes ? Les bras m’en tombent. Elle ne cesse de la réclamer, cette abrogation. La lecture de l’article remet les choses dans le bon sens : ce que l’OMC déplore, ce n’est pas la « lente abrogation », c’est la « lenteur de l’abrogation ». On respire…


Décapitation présidentielle

mardi 28 septembre 2010

J’attends la version papier du Monde avec impatience, car voici le titre d’un article que l’on trouve sur le site du journal, sur cette page :
« Copé espère obtenir de Sarkozy la tête de l’UMP vendredi à l’Élysée ».
Trop beau, non ?


Intégrer encore…

mercredi 24 mars 2010

Je faisais remarquer dans un billet du 14 mai 2009 que le verbe « intégrer » était maintenant utilisé par Le Monde dans deux sens parfaitement inverses : “faire entrer en son sein” mais aussi “entrer dans”.
Un nouvel exemple, typique, dans le numéro daté d’aujourd’hui, en page 13 :
Le titre d’une petite info : « L’IAE de Paris en discussion pour intégrer l’Université Paris-Dauphine » me donne à penser logiquement que l’IAE envisage d’accueillir Paris-Dauphine en son sein pour l’y intégrer. Mais connaissant un peu les deux institutions, je trouve ça bizarre, je continue ma lecture, et j’apprends en effet que l’IAE « école de commerce de l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne souhaite quitter cette dernière et rejoindre l’Université Paris-Dauphine. »
Exactement le contraire…


Des correcteurs, SVP !

jeudi 29 octobre 2009

En page 5 du numéro d’aujourd’hui, une présentation par Paul Benkimoun des grandes lignes du dernier rapport de l’OMS sur les principaux facteurs de mortalité dans le monde, résumées dans un tableau.
On apprend dans celui-ci que dans les pays à hauts revenus, l’Hyperglycémie est à la fois le deuxième (16,8% du nombre de morts) et le cinquième (7,0%) facteur de mortalité. Un peu beaucoup pour un seul facteur !
En fait, il s’agit, en deuxième rang, de l’hypertension, comme l’indique l’original, facile à trouver sur une page web qu’il suffit de traduire de l’anglais. Encore faudrait-il le faire correctement, « Indoor smoke from solid fuels » devenant « Inhalation de fumée de combustibles solides ». Est-ce si difficile d’avoir des correcteurs ?
J’ajoute d’ailleurs que je suis un peu perplexe de voir figurer indifféremment dans le tableau des causes (Tabagisme, Manque d’eau, Rapports sexuels à risque, par exemple) et des conséquences (Hypercholestérolémie, Hypertension artérielle). Il s’agit là de la responsabilité de l’organisation, mais on s’étonne que Le Monde ne s’en étonne pas…
Puisqu’il est question de correcteur, celui-ci aurait pu signaler que dans l’article de M. Roche, en bas de page 3, le trader milliardaire Marc Rich s’exprime « dans un anglais légèrement teinté d’accent allemand », mais qu’il « n’a cessé de vouvoyer son interlocuteur ». Difficile, dans la langue de Shakespeare, non ?


Mammifères…

mardi 4 août 2009

Le Monde du 4 août entame, en page 17, une série d’articles de Catherine Vincent dont le premier est intitulé : « Il était une fois deux sexes ». On y lit d’emblée :
« Nous aurions pu n’en avoir qu’un seul, qui se serait suffi à lui-même. Ou trois, ou quatre. Ou un nombre variant selon les saisons. En mammifères que nous sommes, ce fut deux. Deux sexes. »
Bigre, tout cela donne fortement à penser que la dualité sexuelle n’est propre qu’aux mammifères… Hélas (ou pas !) il n’en est rien : des tas d’oiseaux, de poissons, de reptiles, ou même de plantes, sont là pour nous prouver le contraire et assument bravement, comme nous, la dualité masculin-féminin, en fait la plus largement répandue dans le règne du vivant.

PS. Le Grand Vérificateur de mots du Monde doit être en vacances : on lit dans ce numéro une phrase comme « Les autorités marocaines n’auraient-elles été que dans la manipulation » (p. 6) et surtout deux titres dans la même page 2 : « Pour rester le bain » à propos des mondiaux de natation à Rome, et « Les Palestiniens en mal représentation et de stratégie ».