Intégrer encore…

mercredi 24 mars 2010

Je faisais remarquer dans un billet du 14 mai 2009 que le verbe « intégrer » était maintenant utilisé par Le Monde dans deux sens parfaitement inverses : “faire entrer en son sein” mais aussi “entrer dans”.
Un nouvel exemple, typique, dans le numéro daté d’aujourd’hui, en page 13 :
Le titre d’une petite info : « L’IAE de Paris en discussion pour intégrer l’Université Paris-Dauphine » me donne à penser logiquement que l’IAE envisage d’accueillir Paris-Dauphine en son sein pour l’y intégrer. Mais connaissant un peu les deux institutions, je trouve ça bizarre, je continue ma lecture, et j’apprends en effet que l’IAE « école de commerce de l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne souhaite quitter cette dernière et rejoindre l’Université Paris-Dauphine. »
Exactement le contraire…

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Intégrer, intégrer

jeudi 14 mai 2009

Le numéro 19 999 du Monde se prépare à un nouvel élan en publiant quelques perles… Qu’on en juge :
On apprend en page 15, sous le titre « Kiabi intègre l’enseigne Vêtir », que Kiabi a « finalisé » (sic) un protocole avec l’enseigne Vêtir pour, je cite, « intégrer une centaine de ses 200 magasins d’ici au premier semestre 2010. » Le journal cède à mode de l’« intégration » directe de mots anglais en concurrence avec des mots français existants (voir « opportunité », « initier » ou, dans ce même article, « finaliser ») et comme ici, avec des sens directement contraires. « Intégrer » veut dire entre autres « faire entrer en son sein » mais l’emploi maintenant à la mode va dans le sens inverse, et signifie : « entrer dans ». Ainsi, alors que Polytechnique devrait vous intégrer dans ses rangs, en fait c’est vous qui allez intégrer Polytechnique. Ce qui fait que dans l’article en question, on ne sait pas très bien, suivant le sens choisi pour « intégrer », si c’est Kiabi qui rachète Vêti ou l’inverse.
Allez, Le Monde n’est pas fâché qu’avec les mots, il l’est aussi avec les chif
fres : en page 18, sous le titre « Sept présidents d’université en appellent au chef de l’État », on trouve un texte qui se termine par… 6 signatures. Le plus cocasse est que ce texte est situé dans la page juste au-dessus de la rubrique « Rectificatifs & précisions » où l’on lit par exemple que, dans le numéro de la veille, la photo « illustrant la nécrologie du galeriste parisien Mathias Fels représentait en réalité le dramaturge brésilien Augusto Boal. » Il faut le faire !


Au fil de la plume…

vendredi 14 mars 2008

D’habitude je passe sur ce genre de choses, mais le numéro du 14 mars en concentre un peu trop…
Page 9, Marc Roche nous apprend que, dans le cadre de « l’accent mis sur la lutte contre le réchauffement climatique », le chancelier de l’Échiquier menace « d’imposer les sacs en plastique non biodégradables en 2009 » : j’ai sursauté devant cette incongruité avant de comprendre que le verbe « imposer » signifiait ici non pas « rendre obligatoire », comme je l’avais cru d’abord, mais « taxer », ce qui est effectivement plus logique.
Même page, Jean-Pierre Stroobants nous dit que « Le comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) a exigé des explications aux autorités belges » à propos de discrimination linguistique : mais peut-être que « exiger… à quelqu’un » est une tournure d’origine flamande…
Page 13, Antoine Albertini nous dit que « Michel Vermillac n’est pas prêt d’oublier son expérience de directeur de l’office public des HLM de Haute-Corse » : « prêt à oublier », peut-être, « près d’oublier », éventuellement, mais « prêt d’oublier » est assez croquignol…


Persécution

mercredi 26 septembre 2007

Dans le courrier du numéro du 25 sept., page 22, un lecteur se plaint de l’envahissement des mots anglais sur les produits et les affiches et équipements proposés aux enfants et adolescents à l’occasion de la rentrée scolaire. Je ne peux que l’approuver, ayant moi-même fustigé de mon côté des pratiques analogues.
Mais il y a un autre phénomène irritant : les anglicismes issus de traduction erronées. Je passe sur les sempirternelles « opportunités » qui sont maintenant utilisées soit pour « occasion », soit pour « possibilité », et presque jamais dans leur sens premier ; je passe sur la traduction fautive de « deceived » qui nous montre le pauvre G. Bush se déclarer « déçu » par les Iraniens, alors que ce terme veut dire en fait « trompé », « dupé » ; je passe sur « initier » employé pour « commencer », « entamer », « être à l’initiative » ; sur « compléter » là où « remplir », « renseigner », suffiraient amplement, etc.
Le Monde n’est pas en reste, et le numéro du 26 septembre nous en offre une nouvelle, assez savoureuse, celle-là : page 16, dans une « correspondance de New York » signée Pascal Giberné, titrée « Vingt-six laboratoires produisant des stéroïdes d’origine chinoise démantelés aux États-unis » on apprend que les agents chinois de lutte contre la drogue ont dit à leurs homologue américains : « Donnez-nous vos informations, nous persécuterons et arrêterons les coupables pour vous ».
Pauvres trafiquants persécutés !


Un numéro ordinaire

mercredi 22 août 2007

Quelques exemples de charabia relevés dans ce même numéro du 22 août.Claire Gatinois (p. 10) nous révèle en sous-titre que la crise financière qui touche particulièrement les banques allemandes « préfigure à des regroupements ».

Rosita Boisseau en accumule dans son long papier de la page 12 sur le travail de répétitrice (« coach », bien sûr) réalisé par Ghislaine Thesmar à l’Opéra de Paris :
– déjà, le sous-titre : grâce à G.T. « les danseurs du Palais Garnier apprennent à se couler dans le rôle qu’ils doivent interpréter ». C’est bien le moins, non ?
– « …une phrase pour flécher un détail à améliorer »  : je trouve « flécher » assez post-moderne !
– « elle donne aux danseurs un feed-back permanent de ce qu’elle voit en surfant sur ce qu’elle ressent et ce qu’elle doit transmettre » : là, ça frôle le galimatias incompréhensible.
– « …celle qui noue la tradition et l’avenir dans un même geste » : jolie formule vide…

Cécile Hennion, envoyée spéciale à Bagdad, décrit en bas de page 4 l’ambassade de France « transformée en bunker » et montre un gendarme d’élite « la main posée sur son HKG-36, fusil d’assaut tout droit sorti d’un film de science-fiction ». Au-delà de cette comparaison facile (la SF ce n’est pas seulement Star Wars, et les fusils d’assaut actuels ont d’ailleurs souvent ce genre d’allure), CH aurait dû se renseigner auprès de son interlocuteur : il lui aurait dit qu’il s’agit d’une arme allemande, conçue par l’entreprise Heckler & Koch (d’où le « HK ») dont c’est le modèle G36. Il s’agit donc en fait du HK-G36.


Intérêts nucléaires

lundi 6 août 2007

Tiens, ça commence fort, avec un article du dimanche-lundi 5-6 août 2007, p. 5, sous la signature de Françoise Chipaux.
Déjà le titre : « L’Inde se félicite d’un accord nucléaire très favorable à ses intérêts avec les États-Unis ». Je me suis demandé, fort perplexe, ce que pouvaient être ces « intérêts avec les États-Unis » avant de me dire que, sans doute, le titre aurait dû se lire :  » L’Inde se félicite d’un accord nucléaire avec les États-Unis très favorable à ses intérêts ». Il est ensuite question d’un « nouveau test nucléaire » par l’Inde sans qu’on sache bien de quel genre de « test » il peut bien s’agir, la suite de l’article donnant à penser qu’il s’agit peut-être d’un « essai nucléaire », donc bien d’une opération de nature militaire, face à la Chine ou au Pakistan. On nous parle plus loin, dans une terminologie typique du Monde, de la « communauté scientifique » indienne, puis de « clauses de sauvegardes », ces sauvegardes au pluriel étant donc sans doute nombreuses.