Inepties

samedi 22 juin 2013

En page 8 du cahier « Eco&Enterprise » de ce jour, la chronique « C’est tout net » de Marlène Duretz, titrée « Sottisiers ».
Elle évoque les « perles » du baccalauréat, listées sur divers sites web, ce qui ne justifie d’ailleurs pas qu’il en soit fait mention dans cette chronique de la Toile, puisqu’on les retrouve dans une multitude d’ouvrages, parmi lesquels celui paru chez Chifflet, qu’elle cite. Après en avoir reproduit quelques-unes, elle s’interroge : « Faut-il rire ou pleurer de ces inepties ? ».
Inepties ? Quel mépris pour des bourdes issues du stress de l’examen, ou de tentatives désespérées pour rattraper le « niveau qui baisse ». Parmi les phrases citées, certaines d’ailleurs paraissent presque volontaires, et font preuve parfois d’une vision assez fulgurante :  » La drôle de guerre n’a fait rire personne » ou bien donnent à penser : « C’est le cerveau qui donne les ordres, et les autres parties sont obligées d’obéir « .
Le même jour, le Monde des Livres donne en pages 2 et 3 les « coups de cœur  » des journalistes du quotidien, en vingt-cinq petites notules consacrées chacune à un livre. Chaque notule est chapeautée par un nom en assez gros caractères qui, curieusement, n’est pas celui de l’auteur de l’ouvrage (discrètement enfoui dans la référence bibliographique) mais celui du journaliste qui l’a sélectionné.
On parlait d’ineptie ?


Cause désespérée

mardi 12 mars 2013


En page 18 du numéro du 12 mars, un intéressant article de Sylvie Kauffmann « Big Data, grand fossé ».
Il commence ainsi :
« Au risque de contrarier les pourfendeurs d’anglicismes dans les médias (une cause noble, mais parfois désespérée), cette chronique ne pourra éviter l’expression « Big Data ». Un rapide coup d’œil à la traduction française « grosses données » devrait les aider à compatir. »
Quelle accumulation d’hypocrisie en si peu de mots.
Déjà, les méchants « pourfendeurs d’anglicismes » stigmatisés par ce qualificatif agressif, d’autant que leur cause est « désespérée » ; un « compatir » sans doute mal employé, au lieu de « consentir » ; et puis une proposition de traduction aussi piteuse que ridicule, qu’il serait vraiment facile de… pourfendre ; quant au « ne pourra éviter », effectivement on ne pouvait l’éviter, comme toujours dans ces cas-là, qu’en faisant appel à un peu d’imagination et d’astuce. Mais laissons aux habitants des États-unis le monopole de leurs qualités, eux qui ont la ringardise de persister à être créatifs dans leur propre langue !
Sans aller très loin, est-ce que « données de masse », ou « giga données » n’aurait pas été assez clair ?


Plébiscite ?

jeudi 8 novembre 2012

Dans le numéro d’aujourd’hui, en bas de la page 20, le titre d’un article de Jean-Baptiste Chastand attire mon regard : « Syndicats et Medef plébiscitent le recours au crédit d’impôt ». Un peu interloqué, je lis l’article.
Après avoir expliqué (en leur donnant la parole) pour quelles raisons FO et la CFDT sont « satisfaites », l’auteur en vient à la CGT où, selon lui « on critique vivement “les 20 milliards de crédits d’impôts accordés aux entreprises, financés par les consommateurs, et qui vont s’ajouter aux dizaines de milliards d’exonérations de charges” » mais où « on convient que ce choix est “judicieux” ». Comprend qui peut : la CGT “critique vivement” un “choix judicieux”. Une phrase sibylline clôt le paragraphe consacré à la centrale de Montreuil : « Bernard Thibault était par ailleurs occupé à gérer sa succession. » Le mystère demeure.
En tout cas, ce qu’on va en retenir c’est qu’il y a, du côté des « partenaires sociaux », un plébiscite. On peut en douter…


Plantu, les femmes et l’olympisme

mercredi 8 août 2012


Je reviens sur le numéro d’hier, où le dessin de Plantu en Une m’avait échappé. Rappel du texte :
« La saoudienne arrive voilée sur le tatami, tout le monde en parle ; le Jamaïcain fait le signe de croix… », sous-entendu : « personne ne dit rien ». Le tout pendant que, dans un coin, un Dieu barbu ferme les yeux.
Devant cet invraisemblable parallèle, quelques questions au dessinateur politiquement correct :
1. Usain Bolt est-il obligé par sa fédération de faire ce signe ?
2. La mère d’Usain Bolt a-t-elle menacé les organisateurs de le retirer de la compétition s’il n’avait pas le droit de le faire ?
3. Usain Bolt doit-il être toujours accompagné par sa mère ou par une de ses soeurs ?
4. La fédération jamaïcaine a-t-elle demandé (demande refusée) qu’Usain Bolt ne soit pas soumis à la mixité dans l’environnement olympique ?
Or toutes choses égales par ailleurs, c’est ce qui s’est passé pour la jeune Saoudienne. Alors il ne faut pas s’étonner que l’on parle d’elle à ce sujet, et pas du Jamaïcain.
Cet aveuglement face au camouflage de l’oppression sexuelle derrière des arguments prétendant au respect envers les religions ou les civilisations m’exaspère et surtout m’inquiète…


Première dame… normale

jeudi 14 juin 2012

 « Conseil à la première dame : oublier Twitter », titre l’éditorial du Monde du 14 juin.
Le journal, qui paraît vraiment fasciné par le concept de « première dame », un des effets pervers, importé des Usa, de la monarchie républicaine qui nous régit, prétend en effet donner à Madame Trierweiler des leçons de « normalité ».
Or la compagne du nouveau Président de la République est parfaitement « normale ». Elle n’a été élue par personne (sinon par lui, et réciproquement) et n’a donc aucun compte à rendre à qui que ce soit. Si elle estime que M. Falorni « n’a pas démérité (…) et se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d’années », elle a tout à fait le droit, comme n’importe quelle citoyenne, et de le penser, et de le faire savoir. À quel titre devrait-elle être privée de sa liberté d’expression ? C’est pourtant, scandaleusement, ce que l’éditorialiste lui conseille : « éviter d’émettre des avis politiques contraires à ceux de l’Élysée » ! Se soumettre à son compagnon, en quelque sorte. Sois Présidente et tais-toi : quel retour en arrière !
Dommage qu’elle se soit crue obligée d’accompagner M. Hollande lors de son voyage officiel aux USA où, en toute cohérence, elle n’avait rien à faire… Elle aurait dû se comporter exactement comme Joachim Sauer, le fort « normal » époux d’Angela Merkel, qui n’est en rien lié par les activités professionnelles, donc politiques, de son épouse, et n’est qu’un simple citoyen, mais dans le sens plein du terme.
J’ajoute que le fait que Madame Trierweiler ne soit pas officiellement l’épouse légale du Président ne change rien cette la situation.


Première dame, encore

mardi 8 mai 2012


Sur toute la Une du Monde d’aujourd’hui, une énorme photo, surtitrée : « Merci, peuple de France ».
Que croyez-vous que représente cette photo ? François Hollande ? Certes, c’est bien le cas, évidemment. Mais il n’est pas seul. À côté de lui figure sa « compagne ». Les 50,7% de votants qui se sont exprimés pour lui ont-ils également plébiscité Mme Trierweiler ? Est-ce elle qui nous remercie ainsi ? Certainement pas.
Ainsi, Le Monde nous refait, d’emblée, le coup de la « première dame ». Je m’étais en son temps, sous le titre « Mesdames G8 », moqué de ces « premières dames » réunies à l’occasion du G8 de 2006.
Pourvu qu’on ne nous refasse pas le coup !


Ils assument…

mercredi 14 mars 2012


On trouve dans le numéro d’aujourd’hui, en page 21, un appel signé par un certain nombre de « médiateurs » d’organes de presse, dont le Monde. Raison de cet appel, titré « Obsolète égalité du temps de parole » : protester contre les règles imposées par le CSA pour faire respecter, à partir du 20 mars, l’égalité entre les candidats. Curieusement, ce texte commence par un résumé des réactions que reçoivent ces médiateurs de la part des lecteurs de leurs journaux : assez de privilégier les gros candidats, assez de favoriser les « petites phrases », assez d' »addiction » aux sondages.
Ces remarques de bon sens, que les signataires n’appliquent cependant pas, ils les approuvent chaudement, avant de les oublier, en ajoutant qu’aucun de leurs publics ne réclament une quelconque égalité comptable. Pour eux, c’est le traitement égalitaire des différents candidats qui est un carcan. Cela rejoint l’argument absurde du médiateur du Monde, que je soulignais dans mon billet du 28 février, et qui se félicitait du fait que le journal consacrait aux différents candidats une place proportionnelle aux « intentions de vote ».
Est-il encore nécessaire de voter, dans ces conditions ?