Précocité bafouée

samedi 2 juin 2012

En page 10 du Monde des Livres daté du vendredi 1er juin, cette phrase étonnante, sous la plume de Florence Noiville, à propos de l’écrivain américaine Paula Fox : « Elle a beau écrire depuis l’âge de 7 ans, tout ce qu’elle produit jusqu’en 1967 est refusé par les éditeurs » !
S’il suffisait d’écrire tôt pour être publié, les éditeurs en question seraient plutôt débordés… Qui plus est, cette incongruité est mise en exergue, et en gras, au beau milieu de la page.

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Nouveau-né(e) ?

lundi 11 janvier 2010

Titre que l’on trouvera sans doute dans le numéro de demain 12 janvier, et qu’on me signale sur lemonde.fr de ce soir : « Enquête après la découverte des corps de deux nouveaux-nées en Corrèze ».
J’ai déjà souligné ici l’absurdité de la féminisation outrancière des noms de métiers mais, indépendamment du côté tragique de cette affaire, Le Monde tombe maintenant dans le ridicule total, avec ces « nouveaux-nées »…
Bientôt, on nous parlera de bébées…


C’est pas juste

jeudi 12 mars 2009

« Juste 25 milliards de dollars »
Ainsi commence l’éditorial du Monde du 12 mars, en page 2, sous le titre « Une aumône ». Tiens, se dit-on, 25 milliards exactement, 25 milliards pile : pourquoi insister sur la précision de ce chiffre ? Et puis on continue à lire, et on s’aperçoit vite qu’il dénonce, à bon escient (j’allais écrire : « à juste titre ») la modicité « de l’aide d’urgence évaluée par le FMI pour secourir vingt-deux pays à bas revenus », et donc que ce « juste », incompréhensible (et qui en fait évoque « injuste »), est employé à la place de « seulement » : « Seulement 25 milliards de dollars ».
Voilà que Le Monde parle comme dans les cours de collèges, maintenant. On se croirait dans le « Dîner de cons », de Francis Veber :

– Il s’appelle Juste Leblanc
– Ah bon, il n’a pas de prénom ?
– Je viens de vous le dire : Juste Leblanc. « Leblanc », c’est son nom, et c’est « Juste » son prénom. Monsieur Pignon, votre prénom à vous, c’est François, c’est juste ?
– Oui.
– Et bien lui, c’est pareil : c’est Juste !

L’américanisation de la langue poursuit ses ravages : « initier » pour commencer, lancer ; « finaliser » pour terminer ; « opportunité » pour occasion, possibilité ; « intégrer » pour entrer à ou dans ; « compléter » pour finir, remplir ; et « juste » pour seulement…
Pour bien nous confirmer le retour à l’école, l’éditorial développe aimablement à l’intention des potaches ignares que nous sommes les sigles FMI et PIB.
Il y a même un exercice d’explication de texte, puisqu’il nous est proposé une phrase absconse, sans doute à expliquer :
« Le taux de pauvreté augmente au rythme de deux points quand la croissance du PIB (produit intérieur brut) recule d’un point. »
Bon courage, vous aurez peut-être… juste !


Masculin-féminin

samedi 19 avril 2008
Même depuis que je tiens ce blog, il m’arrive encore d’écrire au Monde, bien que moins fréquemment qu’auparavant. Cela dit, tout est relatif, j’avais dû le faire une quinzaine de fois en dix ans… Mais j’ai quand même réussi à être publié à quatre reprises !
Je viens à nouveau d’envoyer un courrier au journal, sur un sujet qui ne concerne pas que lui (mais où il s’illustre), sujet que j’avais déjà évoqué sur le site de mes humeurs, plus précisément ici, il y a deux ans.
Voici le texte de ce courrier :
Le Monde obéit maintenant à cette mode politiquement correcte qui veut qu’on féminise certains noms de profession en leur ajoutant systématiquement un « e » final. Nous avons donc droit à des « professeures », « auteures », « écrivaines » et autres « chercheures ». Si effectivement, on admet que c’est ce « e » final qui est la marque incontournable du féminin pour les termes où les deux genres sont possibles, alors il faut, dans le respect de l’égalité des sexes, pousser cette logique jusqu’au bout, et masculiniser les termes où un tel « e » n’est pas toujours pertinent, pour écrire, s’il s’agit d’un homme, « ministr », « journalist », « agronom », « géolog », « architect », « notair », « secrétair », « astronaut », « thérapeut », « bibliothécair », « photograph », « pilot », « pédiatr », « critiq », qui peut, en plus, être « stagiair », « temporair » ou « bénévol », etc.
Autrement dit, s’il faut absolument ajouter un « e » à des mots neutres d’apparence masculine pour les féminiser, la logique voudrait alors qu’on enlève le même « e » à des mots tout aussi neutres mais d’apparence féminine (puisque terminés par un « e ») pour les masculiniser…
Je ne pense pas être publié, raison pour laquelle je le fais moi-même ici !

Un magnat de marbre

mardi 11 décembre 2007

Le Monde du 12 décembre 2007, page 7, nous offre un petit concentré de jargon journalistique. L’affaire est titrée : « Magnat de la presse, Conrad Black est condamné à six ans et demi de prison » et l’article est signé Sylvain Cypel.
D’emblée, on apprend que le « baron noir » a été « déchu de sa nationalité d’origine (canadienne) », mais on ne saura pas pourquoi une telle déchéance, a priori étonnante. Le condamné, décrit comme « hiératique » (??) à « l’énoncé du verdict », déclare : « Il ne s’agit pas d’une chute, je reviendrai ». Une « chute », terme étrange, que le journaliste n’élucide pourtant pas.
Quelques détails sur le personnage : « Conrad Black nourrissait une défiance sans bornes envers toute régulation de l’économie ». Pourquoi cet imparfait ? Il aurait donc changé d’avis ? Il était « irascible envers ses contradicteurs » : on est ou on n’est pas irascible, mais quand on l’est, ce n’est pas envers tel ou tel, c’est un état général. Il se montrait « d’un mépris déclaré pour la gent journalistique qu’il employait » : la « gent » est un terme globalisant  qui peut s’appliquer à l’ensemble d’un groupe, par exemple d’une profession, mais certainement pas aux seuls membres d’une entreprise. « Il avait commencé sa carrière en 1969, à 25 ans, avec un compère » mais on ne sait comment, ni de quelle manière ils ont ensuite réussi à contrôler « leur empire à travers un fonds d’investissement ».
Le dit compère a d’ailleurs bénéficié « d’une réduction notoire des charges à son encontre » : « notable » aurait été nettement plus exact, car on n’en avait pas tellement entendu parler. En lisant « Limogé de la présidence d’Hollinger en 2003 » on s’attend à voir parler de M. Black, ainsi licencié, mais c’est « une enquête interne » qui arrive sous la plume du journaliste comme sujet du verbe « avait conclu… ».
Allez, soyons indulgent : quand Sylvain Cypel commente, à propos du Jerusalem Post, la réaction du magnat au « départ […] d’une grande partie de sa rédaction » en disant qu’elle « l’avait laissé de marbre », on va décider qu’il s’agit de la part du journaliste d’un jeu de mot professionnel, volontaire et hilarant…


Rentrée…

mardi 4 septembre 2007

Quelques perles glanées, si j’ose dire, dans le numéro du 3 septembre.
Page 15, un article d’Alain Faujas titré : « Les Américains demeurent les plus productifs du monde ». On y apprend que les travailleurs US produisent 63 885 dollars (par an et per capita, suppose-t-on, mais sans confirmation). Ce classement, nous dit-on « tient compte du nombre d’heures travaillées où les États-Unis excellent », phrase pour moi quasi incompréhensible. On lit ensuite, tenez-vous bien, que « en dix ans, le produit national brut par heure travaillée en France s’est accru de 2,2% en moyenne annuelle entre 1980 et 2006, alors qu’il progressait de 1,7% aux États-Unis ». On note que, pour Le Monde, 1980 à 2006, cela fait… dix ans. On note aussi que la production par heure travaillée en France progresse presque un quart plus vite qu’aux USA, contrairement à ce que laisse entendre le discours dominant : cela m’aurait paru mériter un titre bien plus pertinent et en gros caractères que l’inélégante et neutre formule choisie.
Page 21, une page (fort intéressante d’ailleurs) consacrée au site eBay. Un encadré nous dit que « trois mois » après le premier objet mis aux enchères, « le trafic sur le site est multiplié par dix ». D’accord, mais par rapport à quel chiffre initial ? Si c’est en référence à ce premier objet, cela signifie… 10 objets ! Et puis à quelle fréquence ? Par minute, par heure, par jour, par semaine ? On n’en sait rien, et cela ne veut donc rien dire.


Un étrange héraut !

vendredi 31 août 2007

Quelques vacances ne m’ont pas permis de suivre régulièrement les parutions du journal. J’ai pu cependant tomber par hasard sur le numéro du 24 août, et dans celui-ci, à la page 12, sur les aventures de Jean Jouzel, « Sentinelle du climat », sous la signature de Christiane Galus, un article plein de contradictions, de tautologies ou de bizarreries.
Ça commence fort : « De prime abord, sa passion pour la communication ne saute pas aux yeux ». Drôle de communicant !
Doté d’un « optimisme raisonné », son message est cependant que « nous avons mis en route des processus irréversibles ». C’est ça, l’optimisme, lutter contre l’irréversible !
« Il n’a pas hésité à se rendre à la Maison Blanche » : la principal obstacle pour se rendre à la dite Maison n’est évidemment pas d’hésiter à le faire mais plutôt d’y être invité, non ?
Il a mené des études « avec des équipes françaises et internationales ». Bizarre formule…
Il est devenu « le héraut du réchauffement climatique », ce qui est étrange, car un héraut est plutôt un chantre positif, alors que lui, au contraire, dénonce la menace qu’il fait peser sur l’environnement et ses effets négatifs.
Il « sera présent sur tous les fronts des forages (…) mais sans être obligatoirement sur le terrain » : présent mais pas sur le terrain : très fort !
Jean Jouzel « consacre [à la recherche] autant de temps que lui laissent ses activités multiples ». On ne saurait mieux dire !
Bref, dommage que le travail de ce chercheur n’ait pas été traité de manière un peu moins superficielle…