Le Monde qatari ?

mercredi 29 mai 2013


J’ai envoyé au journal, mercredi dernier, pour le Courrier des lecteurs, la lettre ci-dessous :

 Le PSG actionnaire ?
Outre le cahier « Sports » du samedi, moins branché sur l’actualité, le Monde consacre une page tous les mardis à l’actualité sportive du week-end écoulé. J’avais noté à la fin de l’année dernière la propension du journal à privilégier le football dans son traitement de l’activité sportive. Du coup, depuis fin mars, j’ai recensé les articles de la page du mardi. Celle-ci est généralement divisée en trois : un article de tête qui occupe plus de la moitié supérieure de la page, un article moins important en bas de page à gauche, et quelques brèves à droite. Depuis donc près de deux mois j’ai relevé les sujets traités. Le résultat dépasse mes craintes les plus folles : depuis la fin mars, donc, sur presque deux mois et 10 numéros, 10 articles on été consacrés au foot, dont 7 articles de tête. Sur ces 7 articles, 5 concernaient le PSG. Un seul de ces dix numéros n’évoquait pas, peu ou prou, le club parisien. J’attendais donc le numéro de ce mardi 21 mai avec appréhension : eh bien, j’avais raison d’avoir peur : l’article de tête, signé Rémi Dupré, concerne l’avenir de l’entraîneur de… l’équipe parisienne. 6 articles de tête sur 11 numéros consacré à une seule équipe d’un seul sport : le Monde a-t-il lui aussi été racheté par le Qatar ?

 Mon courrier n’a pas été publié, raison pour laquelle je l’ai reproduit ici.
Ce qui est amusant, c’est que la page du mardi qui a suivi, hier 28 mai, était principalement consacré à la tenniswoman Serena Williams, et accessoirement à la victoire du Bayern en Coupe d’Europe. Plus amusant encore, alors qu’une info livrait le résultat final du championnat de France de football, aucune mention n’était faite du PSG, qui l’a pourtant remporté !

Publicités

Trop de dépenses publiques ?

vendredi 17 mai 2013


Et encore un graphique mal fichu dans le Monde, le défaut ayant, ici, la caractéristique de distordre fortement l’information.
Page 3 du cahier Eco&entreprise, en haut à droite, accompagnant un article sur le montant des dépenses publiques, un graphique titré :  » Depuis l’euro, l’écart avec l’Allemagne est devenu abyssal ». Déjà, ce terme m’a fait tiquer.
Ce qui m’a fait tiquer également, c’est l’absence d’axe des ordonnées ; seulement trois chiffres situés à gauche, pour chacune des trois courbes présentées , à l’année 2001, comme on le voit ci-dessous :

3230671_5_4e59_depuis-l-euro-l-ecart-avec-l-allemagne-est_558e605f0a44d7ee26acba856350ec99

Si l’on mesure attentivement l’échelle de cette ordonnée, on voit qu’elle coupe l’axe des abscisses aux environs de la valeur 35 ; ce genre de distorsion a un effet bien connu, celui d’exagérer énormément les différences verticales. En fait, pour 2012, la différence avec la moyenne européenne est inférieure à 7 points, et avec l’Allemagne d’un peu plus de 11 points ; certes, ce n’est pas rien, mais bien moins « abyssal » que ne le suggère ce graphique trompeur.


Habēbā́mus papam

lundi 11 mars 2013

Retour de vacances, je reproduis ici le « courrier des lecteurs » que j’ai envoyé au Monde il y a un mois, et que voici :

Normalité ? Le Monde du 13 février ne tarit pas d’éloges sur la décision de Benoît XVI. Un grand titre en « Une » (« Le geste qui change l’Église ») et un éditorial qui salue une « entrée dans l’ère de la modernité » et « de la normalité ». Tout ça pour ça ? Faut-il que l’Église soit une institution bien archaïque pour qu’on célèbre à ce point une décision absolument normale dans n’importe quelle autre organisation, même monarchique (en dépit de ce qu’évoquent certains articles du même numéro) comme la récente abdication de la reine Béatrix de Hollande. On aurait été plus enclin à se réjouir si le changement de l’Église et son entrée dans la modernité avaient plutôt pris la forme d’un renversement de son attitude sur le mariage des prêtres, la contraception ou l’ordination des femmes. Mais ne rêvons pas. La modernité, la normalité et le changement sont encore loin.

Ce billet n’a pas été publié, mais il a été cité deux fois longuement dans l’article du Médiateur du numéro du 23 février. Je répondais, non pas à la « couverture médiatique à laquelle a eu droit » la démission du pape, comme le notait Pascal Galinier, mais bien à la prétention du Monde de faire passer la chose comme un signe de modernité et de normalité.


Maintenant, plus cher…

dimanche 30 décembre 2012


Je me moquais récemment de cette image de présentation de la nouvelle formule du Monde, où l’on déchiffrait un prix inespéré : 1,50 euros.
Non seulement cet espoir était vain, mais il est maintenant réduit à néant, puisque le prix du numéro passe de 1,60 à 1,80 euros.
Une explication en « Une » donne des explications qui ne sont hélas pas toutes dénuées de fondement, mais dont certaines me laissent sceptique, comme le désir de permettre une augmentation de la marge des détaillants : il faudra que j’interroge mon kiosquier habituel à ce sujet.
En page 16, l’analyse s’étend aux difficultés de la presse en général, avec un exemple fort précis, celui du Guardian britannique, dont il nous est dit que le prix va passer à l’équivalent de 1,70 euros. J’ai déjà parlé de ce journal anglais, en notant qu’il était bien moins cher que mon quotidien favori habituel. La chose ne va sans doute presque plus être vraie, si on en croit cet article ; ce qui ne va pas changer, en revanche, c’est le rapport quantité/prix : le numéro de vendredi dernier comportait 22 pages (dont ces trois pages d’annonces légales dont je parlais avant-hier), le même jour le Guardian en comptait 66 : pour le numéro de jeudi dernier, la comparaison est du même ordre : 22 contre 70 ; et si l’on veut prendre des exemples hors des vacances de fin d’année, on constatera que le quotidien français du 18 décembre avait 42 pages, son homologue britannique 72 !
Sans commentaire…


Lecture express

vendredi 28 décembre 2012


En cette période de fêtes où Le Monde offre une pagination fort réduite, et fait même sauter complètement son numéro daté du mardi, jour férié, on n’en a pas beaucoup pour son argent.
Mais aujourd’hui, ça en devient caricatural, car outre une pleine page de publicité pour une montre Chanel dont je n’ose imaginer le prix (tout autant la montre d’ailleurs – « or blanc 18 carats, serti de 228 diamants, édition limitée à 20 exemplaires numérotés » – que la page de publicité), le journal nous offre trois autre pleines pages (plus un petit quart) entièrement consacrées à une série d’annonces légales de « Cessation de garantie » de la part de la succursale parisienne d’une maison d’assurance londonienne envers quantité (je n’ai pas compté) de ce qui semble être des agences immobilières à travers tout le territoire.
Lecture d’un ennui abyssal, on en conviendra, pour qui s’y risquerait, ce qui n’a pas été mon cas, abrégeant encore plus une consultation plus qu’express de mon quotidien…


Deux poids…

mercredi 31 octobre 2012

« Sandy, ouragan historique » titre Le Monde daté du 31 octobre. En effet, du moins en ce qui concerna la côte est des États-unis. Car le fait que l’ouragan ait, les jours précédents, balayé les Caraïbes, fait 51 morts en Haïti, 11 à Cuba, d’autres en Jamaïque, République dominicaine, Puerto Rico et Bahamas, avec des dégâts considérables, tout cela a semblé indifférer le quotidien. Depuis quelques jours, tous les articles (un petit papier le 27 en page six, une photo sur trois colonnes en Une et la moitié de la page sept le 30, 5 colonnes à la Une avec une photo, les pages deux et trois en entier aujourd’hui) ne concernent que les USA, sauf, toujours aujourd’hui, enfin, un petit tiers de la page quatre sous-titré : « Les pays des Caraïbes ont payé le plus lourd tribut humain au passage de l’ouragan ». Mais celui de demain, vu sur Internet, consacre encore un appel avec photo en Une (« La campagne redémarre, malgré le choc Sandy »), toute la page 4 (avec une carte locale) et une partie de la page 5 aux seuls États-unis.
Certes, ce parti pris n’est pas propre au quotidien, comme le faisait remarquer mardi le site Arrêt sur Image. Mais on attendait autre chose du Monde.


Première dame, toujours…

dimanche 20 mai 2012


En dernière page du numéro daté 20-21 mai, le billet « Juste un mot » de Didier Pourquery, qui reprend la problématique de la « première dame » en cherchant dans l’histoire et à l’étranger d’autres appellations pour la titulaire de ce qu’il désigne comme n’étant «ni une fonction, ni un emploi, tout juste un rôle, à peine une situation». Il finit par proposer de l’appeler tout bêtement Mme Trierweiler, ce qui me paraît marqué au coin du bon sens.
Mais le site du journal s’étend longuement sur « Les premiers pas de Valérie Trierweiler à la Maison Blanche » au milieu des « premières dames ».
 Ni le site, ni le chroniqueur ne se posent cependant ce qui me semblerait devoir être la question essentielle : que faisait-elle là ? Que font là, de la même manière, la femme des premiers ministres canadien, italien ou japonais ? À ma connaissance, personne ne s’étonne, dans de telles circonstances, de l’absence de l’époux de Mme Merkel qui, lui, n’est jamais invité parmi ces… premières dames. Il a sans doute mieux à faire, lui.