Rentrée…

jeudi 3 septembre 2009

Je notais avant-hier un des « tics » de langage du Monde, et voilà qu’aujourd’hui, en page 2 de ce numéro du mercredi 2 septembre, c’est Francis Marmande qui en parle.
F. Marmande est une de mes raisons de lire encore ce journal (une autre était Pessin, mais il n’y figure plus)… Que dit notre chroniqueur ? Qu’on emploie les mots à tort et à travers (et il cite d’ailleurs en passant une autre de mes admirations, Gérard Genette), mais que lui a pris le parti d’en rire, parfois en se moquant de son interlocuteur : « Comme tu dirais »… Cependant, il n’échappe pas à la dure loi du néologisme, et écrit à ce propos : « juste pour jouer », utilisant « juste » là où « seulement » aurait suffi, comme je le notais déjà ici
PS. Comme je le faisais remarquer dans l’avant-dernier billet de ce blog, on lit encore dans ce même numéro, en page 23, une critique de film (Les regrets de Cédric Kahn), dont l’auteur, Jean-François Rauger, ne nous parle (sauf le nom des acteurs et une référence à Truffaut) pas autrement que s’il s’agissait d’un roman ou d’une pièce de théâtre…


« Dès » quand ?

mardi 1 septembre 2009

Retour de vacances, Monde épisodique… Pas pu noter grand chose, donc, sinon l’effet pervers d’un tic de vocabulaire de plus en plus répandu et auquel le journal, comme il se doit, n’échappe pas. Mercredi 26 août, en Une, un titre : « Nous serons 7 milliards de terriens dès 2012 ».
« Dès » 2012 ? Cela donnerait à penser que la croissance démographique mondiale est plus forte que prévu… Je croyais le contraire. Et c’est précisément ce que confirme le corps de l’article, où l’on apprend par exemple que nous serons 9,4 milliards en 2050, « bien loin des 15 milliards » pronostiqués naguère.
« En » 2012 aurait donc largement suffi ! L’erreur vient de cette utilisation désordonnée de l’adverbe « dès » qui, maintenant, ne signifie plus « en avance », « plus tôt que prévu », « d’urgence » mais, bêtement, « à partir de ». Le quotidien l’utilise d’ailleurs ainsi dans ses auto-promotions : « dès vendredi » pour les CD, par exemple… Mais on lit parfois, dans des vitrines : « Chemises dès 20 euros » ! En tout cas, ce titre est en contradiction avec l’article qu’il introduit.


Des verbes déclaratifs (encore…)

mercredi 3 décembre 2008

Si j’en crois les statistiques fournies par Word Press, ce sujet est l’un de ceux qui attirent le plus les visiteurs de mon blogue. Merci donc au Monde de continuer à alimenter ce flux.
Le numéro du 3 décembre nous en offre un petit florilège, par exemple dans l’article de Marie Jégo sur la renaissance de Grozny (pp. 1 et 8 ) :
″« Les gens sont fatigués, ils n’aspirent qu’à une chose : vivre. Ils ne veulent plus penser à tout ce qui s’est passé », décrit Zaynap″, ce qui n’est évidemment pas une description. ″«Avec leurs téléphones, les filles peuvent parler librement aux garçons et visionner des vidéos qui ne donnent pas le bon exemple », croit savoir Naourbek″. Ce « croit savoir » est d’ailleurs un petit chef-d’oeuvre : on ne sait si c’est cet interlocuteur qui n’est pas sûr, ou si c’est la journaliste qui met sa parole en doute ; qui plus est, à propos d’attitudes publiques habituelles, le verbe « savoir » paraît étonnant.
S’agissant d’assassinats de femmes, mis sur le compte de leur « amoralité », la journaliste dit d’une défenseuse des droits de l’homme qu’elle « ne peut y croire », formule pas très claire.
Le lendemain, à propos de pertes à la Banque postale, Anne Michel écrit (p. 14) :  » « On nous fait un mauvais procès » s’agace un responsable « . J’adore ces gens qui « s’agacent » tous seuls, comme le rapporte Clarisse Fabre dans un article du 30 novembre p. 21 sur des « faux » mobiliers, à propos non plus d’une personne, mais de la « maison Tajan » !
Pour en revenir à la Banque postale, le dit responsable finit sa phrase par une formule qui m’a laissé sans voix, mais que la journaliste laisse passer sans sourciller, ni commenter: « C’est de manière bien involontaire que nous avons perdu cet argent ».
Encore heureux !


Des verbes déclaratifs (suite)

jeudi 13 mars 2008

Décidément, ça n’arrête pas… Je ne pensais pas être amené à revenir si vite sur ces tics, mais les journalistes du Monde me l’imposent ! Dans le même numéro du 13 mars, deux exemples particulièrement caricaturaux.
P. 12, le premier, je dois dire, est assez amusant, et presque justifié, au fond : Béatrice Jérôme fait dire au candidat UMP dans le XVe arrondissement, Pierre Charon, après un difficile accord avec une liste dissidente de droite : « « C’est « Black Tuesday » aujourd’hui pour Anne Hidalgo », parlant de son adversaire du PS. Et comment croyez-vous que la journaliste décrit l’intervention du candidat : « disait », « commentait », « persiflait », « ironisait » ? Non, non, mieux : « flûtait » ! Pas mal…
Moins drôle, en revanche, page 15, Mustapha Kessous cite la CFDT, à propos de la fermeture par Rhodia de la dernière unité européenne de production de paracétamol : « « Alors que le groupe annonce la fermeture à Roussillon nous avons appris que Rhodia conservait son unité de production en Chine (Wu chi) d’une capacité de 5 000 tonnes par an », s’agace le syndicat ». Outre qu’on voit mal comment on peut s’agacer soi-même, la légèreté de cette réaction devant la gravité de la dénonciation est quelque peu choquante… 


Des verbes déclaratifs

mercredi 5 mars 2008

Le Monde semble inciter ses journalistes à varier les « verbes déclaratifs », ceux qui amènent (ou parfois suivent) une citation directe. Le résultat est souvent assez cocasse, quand les verbes utilisés impliquent des nuances qui échappent aux rédacteurs sans qu’elles aient beaucoup de rapport avec ce qui est dit. En voici une première volée, il y en aura sûrement d’autres, hélas.
Philippe Ridet, 29 janvier 08, p. 20 : « Une attachée de presse grince : « On ne devait même pas parler du Taj Mahal » », ce qui souligne un peu rudement le mécontentement de la dame…
Xavier Ternisien (7 février, page 22) les enchaîne, à propos du quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne : « «C’est une utopie, une vision un peu naïve des Etats-Unis», s’enthousiasme Jean-Pierre Jourdain », en une phrase qui montre pourtant peu « d’enthousiasme » ; « «A ma connaissance, c’est un cas unique au monde de centre-ville bâti autour d’un habitat social» », estime Anne-Sophie Clémençon, qui en tant que chercheuse au CNRS, ne devrait pas se contenter « d’estimer ».
Dans le numéro du 8 février page 12, Simon Roger donne la parole à Raymond Domenech : « «Patrick Vieira, comme Willy Sagnol, avaient besoin de temps de jeu. L’un des objectifs de ce match était de leur permettre de jouer et de se rassurer», a reconnu l’entraîneur français » . En fait il n’avait rien à « reconnaître », puisque c’est lui-même qui avait pris cette décision pour ces excellentes raisons !
Dans le numéro du 15 février, dans un petit article en bas de page 20, titré « Arrondir ses fins de mois », Mustapha Kessous met en scène un ouvrier, qui « confie qu’«un smic ne suffit pas pour vivre»« , comme s’il s’agissait d’un secret de famille qu’il révèle au journaliste sous le sceau du secret…
Dans celui des 24-25 février, un « must » des journalistes du Monde : marteler. Brice Pedroletti, page 3 : « «La loi sur la propriété est entré en vigueur (…) et la propriété privée est protégée par la loi» martèle notre interlocuteur » ; et Benoît Hopquin page 8 : « «Il faut terminer ce qui a été commencé» martèle l’ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing« . Nous aurons l’occasion de revenir sur ce terme. Hélène Viala nous gratifie aussi page 23 d’un « «Faire corps avec le cheval pour ne pas se faire trop de mal» confie Retamal« , sans doute lui aussi sous le sceau du secret.
Dans le numéro du 5 mars, p. 3, dans l’article signé Catherine Rollot : « »L’année suivante, le nombre d’étudiants noirs et hispaniques inscrits en première année a baissé», explique Bruce Walker » qui, en l’occurrence n’explique rien ici, se contentant de signaler, de souligner ou, bêtement, de dire.