Cause désespérée

mardi 12 mars 2013


En page 18 du numéro du 12 mars, un intéressant article de Sylvie Kauffmann « Big Data, grand fossé ».
Il commence ainsi :
« Au risque de contrarier les pourfendeurs d’anglicismes dans les médias (une cause noble, mais parfois désespérée), cette chronique ne pourra éviter l’expression « Big Data ». Un rapide coup d’œil à la traduction française « grosses données » devrait les aider à compatir. »
Quelle accumulation d’hypocrisie en si peu de mots.
Déjà, les méchants « pourfendeurs d’anglicismes » stigmatisés par ce qualificatif agressif, d’autant que leur cause est « désespérée » ; un « compatir » sans doute mal employé, au lieu de « consentir » ; et puis une proposition de traduction aussi piteuse que ridicule, qu’il serait vraiment facile de… pourfendre ; quant au « ne pourra éviter », effectivement on ne pouvait l’éviter, comme toujours dans ces cas-là, qu’en faisant appel à un peu d’imagination et d’astuce. Mais laissons aux habitants des États-unis le monopole de leurs qualités, eux qui ont la ringardise de persister à être créatifs dans leur propre langue !
Sans aller très loin, est-ce que « données de masse », ou « giga données » n’aurait pas été assez clair ?

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Habēbā́mus papam

lundi 11 mars 2013

Retour de vacances, je reproduis ici le « courrier des lecteurs » que j’ai envoyé au Monde il y a un mois, et que voici :

Normalité ? Le Monde du 13 février ne tarit pas d’éloges sur la décision de Benoît XVI. Un grand titre en « Une » (« Le geste qui change l’Église ») et un éditorial qui salue une « entrée dans l’ère de la modernité » et « de la normalité ». Tout ça pour ça ? Faut-il que l’Église soit une institution bien archaïque pour qu’on célèbre à ce point une décision absolument normale dans n’importe quelle autre organisation, même monarchique (en dépit de ce qu’évoquent certains articles du même numéro) comme la récente abdication de la reine Béatrix de Hollande. On aurait été plus enclin à se réjouir si le changement de l’Église et son entrée dans la modernité avaient plutôt pris la forme d’un renversement de son attitude sur le mariage des prêtres, la contraception ou l’ordination des femmes. Mais ne rêvons pas. La modernité, la normalité et le changement sont encore loin.

Ce billet n’a pas été publié, mais il a été cité deux fois longuement dans l’article du Médiateur du numéro du 23 février. Je répondais, non pas à la « couverture médiatique à laquelle a eu droit » la démission du pape, comme le notait Pascal Galinier, mais bien à la prétention du Monde de faire passer la chose comme un signe de modernité et de normalité.


C’est tout net, mais… pas très honnête

vendredi 8 février 2013


La rubrique de Marlène Duretz, consacrée à Internet, est parfois amusante, mais toujours très superficielle. Il lui arrive même, comme aujourd’hui, page 28, d’être carrément malhonnête. Exemple :
« La ville de Longyearbyen, en Norvège, et la mairie de Cugnaux, en Haute-Garonne, ont toutes deux interdit à leurs concitoyens de mourir dans leur commune ». Savez-vous pourquoi ? Ce n’est pas en lisant cet article vous apprendrez que ce n’est pas si stupide que ça. Pour Longyearbyen (qui est effectivement en Norvège mais, bien plus précisément, au Spitzberg et ne compte qu’un peu plus de 2 000 habitants), c’est simplement parce que le permafrost arctique ne permet pas aux corps de se décomposer. Pour Cugnaux, l’arrêté a été pris comme une protestation contre l’interdiction d’agrandir le cimetière, comme dans la commune de Sarpourenx, où a été pris un  » arrêté « interdisant » de décéder sur le territoire de sa commune et menaçant les contrevenants de sévère sanction. Le maire entendait ainsi protester contre une décision de justice l’empêchant, au terme de plusieurs années de procédure, d’exproprier un terrain agricole privé de 5 000 m² pour agrandir son cimetière de 900 m². »
Vous ne lirez pas tout ça dans le quotidien, où Marlène Duretz peut alors impunément se moquer des lois « stupides » et « ridicules ».
PS. Quand on donne un nom de site, on s’arrange pour l’orthographier correctement, surtout quand on chronique le net : « Genside.com » n’existe pas, avec ou sans cette majuscule initiale parfaitement incongrue. C’est « Gentside.com » (allez, gardons la majuscule farfelue) qu’il faut taper pour arriver sur ce site branchouille, pas très futé et parfois fâché avec l’orthographe…


Géomètre incomplète

samedi 12 janvier 2013


En page 10 et dernière du Monde des livres de ce vendredi 11 janvier, l’habituelle pleine page, signée Catherine Simon, et bêtement titrée « Géomètre du souvenir », est consacrée cette fois-ci au livre que Michèle Audin vient de faire paraître sur son père, Jacques Audin, mathématicien communiste, « emmené, torturé et tué » à Alger par des parachutistes français en juin 1957.
Article chaleureux, illustré, pour une fois, d’une très belle photo. Deux remarques, cependant.
On apprend d’abord que cette mathématicienne est spécialiste de « géométrie symplectique », discipline que l’intéressée situe brièvement, mais « non sans perplexité » pour la journaliste. On retrouve ici cette idiosyncrasique distance effrayée des littéraires français pour les mathématiques et plus généralement les sciences. Imagine-t-on un journaliste employer cette formule réticente à l’évocation d’une étude sur Flaubert ou la poésie médiévale ou la peinture de la Renaissance ? Comme souvent, l’ignorance de certains domaines est posée non avec regret ou excuse, mais avec un étonnement légèrement ironique quasi auto-satisfait… On n’en saura d’ailleurs pas plus sur le sujet.
On apprend également que Michèle Audin est membre de l’Oulipo. Derechef, on n’en saura pas davantage. Être coopté à l’Ouvroir n’est pas donné à tout le monde : il faut avoir fait ses preuves, éminemment littéraires. Catherine Simon ne semble pas s’y être intéressée, comme s’il s’agissait d’une sorte d’élection mondaine. Ce qu’a écrit MA pour avoir été ainsi choisie, on n’en saura donc rien. Alors je vous conseille d’aller consulter entre autres, via le site personnel de MA, lui-même passionnant, ce texte hilarant et, je trouve, très pérecien.
L’article rappelle également que, le Président Sarkozy n’ayant pas daigné répondre à un courrier de la mère de MA, réclamant la vérité sur le sort de son mari, Michèle Audin, proposée pour la Légion d’honneur, l’a refusée. Sacrée bonne femme !


Maintenant, plus cher…

dimanche 30 décembre 2012


Je me moquais récemment de cette image de présentation de la nouvelle formule du Monde, où l’on déchiffrait un prix inespéré : 1,50 euros.
Non seulement cet espoir était vain, mais il est maintenant réduit à néant, puisque le prix du numéro passe de 1,60 à 1,80 euros.
Une explication en « Une » donne des explications qui ne sont hélas pas toutes dénuées de fondement, mais dont certaines me laissent sceptique, comme le désir de permettre une augmentation de la marge des détaillants : il faudra que j’interroge mon kiosquier habituel à ce sujet.
En page 16, l’analyse s’étend aux difficultés de la presse en général, avec un exemple fort précis, celui du Guardian britannique, dont il nous est dit que le prix va passer à l’équivalent de 1,70 euros. J’ai déjà parlé de ce journal anglais, en notant qu’il était bien moins cher que mon quotidien favori habituel. La chose ne va sans doute presque plus être vraie, si on en croit cet article ; ce qui ne va pas changer, en revanche, c’est le rapport quantité/prix : le numéro de vendredi dernier comportait 22 pages (dont ces trois pages d’annonces légales dont je parlais avant-hier), le même jour le Guardian en comptait 66 : pour le numéro de jeudi dernier, la comparaison est du même ordre : 22 contre 70 ; et si l’on veut prendre des exemples hors des vacances de fin d’année, on constatera que le quotidien français du 18 décembre avait 42 pages, son homologue britannique 72 !
Sans commentaire…


Lecture express

vendredi 28 décembre 2012


En cette période de fêtes où Le Monde offre une pagination fort réduite, et fait même sauter complètement son numéro daté du mardi, jour férié, on n’en a pas beaucoup pour son argent.
Mais aujourd’hui, ça en devient caricatural, car outre une pleine page de publicité pour une montre Chanel dont je n’ose imaginer le prix (tout autant la montre d’ailleurs – « or blanc 18 carats, serti de 228 diamants, édition limitée à 20 exemplaires numérotés » – que la page de publicité), le journal nous offre trois autre pleines pages (plus un petit quart) entièrement consacrées à une série d’annonces légales de « Cessation de garantie » de la part de la succursale parisienne d’une maison d’assurance londonienne envers quantité (je n’ai pas compté) de ce qui semble être des agences immobilières à travers tout le territoire.
Lecture d’un ennui abyssal, on en conviendra, pour qui s’y risquerait, ce qui n’a pas été mon cas, abrégeant encore plus une consultation plus qu’express de mon quotidien…


Tous les sports ?

mardi 18 décembre 2012


Même si l’on n’est pas abonné, le site du Monde permet de consulter sur écran, via un affichage assez flou, les pages du journal des trente derniers jours.
C’est ce que j’ai fait, entre le 8 novembre et aujourd’hui, voulant vérifier un soupçon que j’avais. Le quotidien présente dans l’édition WE (celle que je n’achète pas à cause de la présence du très cher catalogue publicitaire bling-bling nommé « M ») un cahier titré « Sport et forme », plutôt intéressant, mais prenant de la distance par rapport à l’actualité immédiate. Pour suivre cette dernière, on pourrait croire qu’il suffit de lire le quotidien tous les jours. Que nenni, et pour deux raisons :
qu’il neige ou qu’il vente, et quels que soient les événements sportifs en cours, seul le numéro du mardi présente une page « Sports » : à croire que rien ne se passe en dehors du week-end.
La seconde raison est la suivante : cette page (unique) du mardi n’est pas très variée : elle se présente toujours sous la forme suivante : un gros article en tête de page, un, ou rarement deux, petits articles en pied. Eh bien, sur six « gros » articles que j’ai recensés sur six semaines, quatre sont consacrés au football (dont 2 au seul PSG) et deux au cyclisme. Vive la diversité, bienvenue aux sportS !
Mise à jour du 10 janvier : il n’y a pas eu de « mardis » le 25 et le 31, les numéros doubles du dimanche étant devenus triples !. Du coup, nous voilà à attendre le mardi 8 janvier où, surprise, nous trouvons, pour le « gros » article rituel… du football !