Vendredi 25 juillet 2008
Le Monde a toujours eu des problèmes avec la représentation graphique. Le numéro du 25 juillet en offre deux exemples…
“Renault supprime 5 000 emplois en Europe”, lit-on en “Une”. On apprend en effet que “face à des difficultés inédites” (bizarre formulation, mais peut-être vient-elle de la firme) l’entreprise a révisé ses objectifs de vente pour 2009, qui passent de 3,3 millions de véhicules à 3 millions. Information claire, simple, et facile à comprendre. Mais la rédaction ne devait pas être de cet avis, et elle a donc jugé indispensable de l’accompagner d’un petit graphique (dont la source est : “société”) titré “Des objectifs non atteints” (alors même que l’échéance n’est pas encore arrivée) et qui montre effectivement une courbe pointillée (”Objectifs initiaux”) culminant à 3,3 et une courbe continue (”Objectifs révisés”) dont le maximum est à 3. Merci, mais c’est complètement inutile, et n’apportant rien, même pas la visualisation d’une situation complexe…
Dans le même numéro, page 7, un article de Laurent Zecchini est titré : “L’est de la France frappé par les restructurations militaires”. En fait, et le corps de l’article le confirme, il s’agit plutôt de l’est et du nord, à quoi j’ajouterai la région parisienne. Une carte (”source : Le Monde“) qui accompagne l’article l’illustre d’ailleurs très clairement. Là où cette carte est moins claire, en revanche, c’est dans la chronologie : des petits carrés symbolisant les “sites ayant un effectif supérieur à 250 hommes, fermés ou transférés” sont colorés différemment selon que les mesures interviendront en 2009, 2010 ou à partir de 2011. C’est le jaune qui a été choisi pour cette dernière échéance. Pour les deux premières, il s’agit de deux rouges tellement indistincts qu’on pourrait croire qu’il n’y en a qu’un. En tous cas, impossible de faire la part sur cette carte de ce qui est prévu pour 2009 ou pour 2010.
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Dessins | Taggé: Le Monde, Renault, Armée |
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Samedi 12 juillet 2008
Les biographies express du Monde sont toujours aussi bizarres.
Celle du vendredi 11 juillet nous raconte, page 3, la carrière de Patrick Poivre d’Arvor. On y apprend qu’à 15 ans, “il est le père d’une fille, Dorothée” (on se demande ce que ce ragot personnel digne de Gala fait ici), et qu’il “obtient son baccalauréat”, dont on peut donc croire que c’est son seul diplôme, alors qu’en fait il est passé ensuite par l’IEP, l’école des Langues orientales et le Centre de formation des journalistes. En revanche, on ne nous dit rien du fait qu’il est en 1971 lauréat du concours « Envoyé spécial » de France-Inter. On ne nous dit pas non plus que c’est un militant giscardien actif, ni que c’est au moment de l’arrivée de Giscard au pouvoir qu’il devient chef du service de politique intérieure à Antenne2.
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Silence | Taggé: Le Monde, Patrick Poivre d'Arvor |
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Vendredi 11 juillet 2008
Gros article de Mustapha Kessous, en page 16 du numéro du 8 juillet, consacré aux conséquences de la délocalisation en Tunisie de la société de lingerie féminie Aubade : “Les damnées de la dentelle”. Gros article, mais pas mal de petites questions…
Par exemple, à Ksar Hellal, le nouveau site tunisien d’Aubade, c’est la pause déjeuner : une “étudiante” (petit boulot, fille d’ouvrière ? On ne sait) a “préparé des sandwitchs pour quelques centimes de dinars” : bizarre, le dinar tunisien est en fait divisé non pas en centimes, mais en millimes, on a donc du mal à estimer le prix réel des dits sandwitches ; l’environnement local nous est décrit comme “un vrai dépotoir”, mais qualifié ensuite de “décorum” ; les ouvrières “mangent avec les doigts” car “pas de cuiller”, mais on ne sait si c’est un choix (encore qu’une salade…) ou résultat de la misère (étonnant, quand même). Une “vieille dame” (même genre de questions que pour l’étudiante) sert le thé à la menthe…
L’usine n’est pas climatisée, mais “réfrigérée” (ce qui paraît bizarre vu qu’il n’y a pas de denrées périssables) ; les “cinq prières quotidiennes sont proscrites” : la prière pendant le travail, on peut le croire, mais pas les cinq puisque le Coran les échelonne de l’aube à la nuit complète, ce qui dépasse de loin les neuf heures de travail par jour annoncées.
On a droit bien sûr à un ou deux de ces traditionnels verbes déclaratifs sans objet, par exemple : ” « Il y a beaucoup de pleurs » détaille un employé”, ce qui ne détaille rien. Enfin, une photo à peu près illisible (”les abords de l’entreprise”) n’apporte aucune information.
Le grand patron, en Suisse, dit : “Je n’y suis jamais allé, mais ça m’étonne”. On ne ne nous dit cependant rien sur ce qui pourrait bien l’étonner…
Quant à la question du salaire, elle est présentée de manière très confuse, et c’est au milieu de chiffres horaires compliqués (et pas toujours cohérents) qu’on apprend enfin que les Tunisiennes gagnent 200 euros par mois contre 1 000 pour les Françaises… Mais comme toujours dans ce genre de débat, c’est en euros qu’on nous donne le salaire des ouvriers du pays de délocalisation, et non en monnaie locale, sans jamais nous indiquer quelle est le taux de conversion. Même si un des sandwitches cités plus haut valait 10 centièmes de Dinar, cela ne ferait, au cours officiel, que 5,5 centimes d’euro, ce qui n’est pas cher et donne à penser que le cours officiel (1 Euro pour 1,80814 DT) ne correspond pas vraiment à la réalité, et donc, comme souvent dans ces cas-là, que 200 euros mensuels annoncés représentent en fait, en pouvoir d’achat tunisien, plus que ce qu’on pourrait croire, et donc que cela ressemble un peu à une dévaluation déguisée.
Tant mieux pour les ouvrières tunisiennes, mais cela ne consolera pas leurs collègues de la Vienne, sans pour autant appauvrir l’entreprise suisse…
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Euh... Vraiment ? | Taggé: Le Monde, Tunisie, Délocalisation, Aubade |
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Mercredi 25 juin 2008
Le titre de “Une” du numéro daté mercredi 25 juin a un petit côté surréaliste : “Les français sont en proie à un malaise social rampant”.
Certes, leurs préoccupations peuvent paraître terre à terre, certes, il y a là un “fond de résignation” susceptible de laisser croire qu’ils ont tendance à s’écraser, certes, on peut imaginer que beaucoup sont atterrés par les réformes, mais “rampant”, tout de même !
On s’en étonnera moins cependant en découvrant une des raisons du dit malaise, sous forme d’un titre en bas de la page 10 : “Les revenus des ménages devraient ralentir en 2008″. Si les revenus “ralentissent”, on ne s’étonnera pas alors que le malaise “rampe”.
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Titres | Taggé: Le Monde, Vocabulaire |
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Mardi 17 juin 2008
Le Monde présente souvent des dessins tirés de publications étrangères. Excellente idée, à condition de veiller aux traductions, ce qui n’est pas toujours le cas. J’en prends pour exemple le dessin publié p. 20 dans le numéro des 15-16 juin, signé Horsch et publié à l’origine par Der Standard à Vienne. On y voit Georges W. Bush, lors de sa tournée d’adieux (”Abschiedstournee”) chanter devant un parterre quasi vide : un seul spectateur, l’air d’un ennui profond. Et la chanson qu’il chante est “My Way”, plus précisément le refrain “I did it may way”, ce qui décrit assez bien huit ans de politique étrangère du Président texan.
L’ennui, c’est que Le Monde traduit ce que chante le président US par : “Comme d’habitude”. Certes, ce titre est celui de la chanson originale (Claude François & Jacques Revaux) ensuite traduit en “My Way” par Paul Anka pour lui-même, Frank Sinatra et d’autres. Mais ce retour inattendu à l’original fait perdre totalement le sel du dessin, et les non-anglophones n’y comprendront pas grand chose. Traduire bêtement par “Je l’ai fait à ma manière” aurait été plus éclairant.
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Dessins | Taggé: Le Monde, Traduction |
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Jeudi 22 mai 2008
Quelques petites perles dans un numéro ordinaire de milieu de semaine, daté jeudi 22 mai.
En page 24, d’anciens présidents de la Commission européenne, premiers ministres, ministres des finances, tous personnalités éminentes, signent un long texte dont je ne sais s’il a des versions dans d’autres langues (je crois plutôt que l’original est en anglais), mais dont le texte français, mal relu, nous offre, successivement, un joli solécisme (« Nous avions été mis en garde des dangers de cette situation ») ; une formule bancale (un « fossé » a été « mis en avant » (opération assez étrange) par un rapport de la banque d’Angleterre) ; une autre formule, presque incompréhensible (« éviter que la prise de risques inconsidérés ne soit encouragée sans une certaine prudence ») ; une maladresse (« L’inégalité croissante de revenus s’est produite parallèlement »). Quand on pense par ailleurs que tous ces braves gens étaient aux manettes quand les situations dangereuses qu’ils dénoncent se sont mis en place…
Moins gravement, page 27, une colonne sur Diégo Maradonna nous décrit ses tatouages, parmi lesquels une « croix catholique ». J’aimerais que les auteurs de l’article, Clara Georges et Michel Guerrin, nous décrivent ce que serait une croix protestante…
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Bourdes | Taggé: Le Monde, Traduction |
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Jeudi 15 mai 2008
Derniers mots du sous-titre d’un article du numéro du 15 mai, page 7, intitulé “Seul pays à ratifier le traité de Lisbonne par referendum, l’Irlande se perd en états d’âme. Le vote a été fixé au 12 juin. Malgré le rôle-clé de l’UE dans le «miracle irlandais», les indécis feront la différence“.
Braves indécis, sujets aux “états d’âme”, qui ne savent pas encore ce qu’ils vont voter, et dont la responsabilité est d’autant plus lourde à porter qu’ils “feront la différence”. En gros, la décision sera prise par ceux qui ne se sont pas décidés. On se demande ce que peut bien vouloir dire une telle phrase.
On se le demande encore plus quand, à la question “Comment expliquer dans ces conditions le nombre d’indécis ?” la réponse immédiate de l’article est : “Le camp du non s’appuie pêle-mêle sur…” : indécis ou opposants ?
Sauf à noter dans ce titre (et d’ailleurs dans le corps de l’article, signé Marc Roche) plusieurs points : une crainte que les Irlandais, imprudemment invités à se prononcer eux-mêmes, ne fasse mauvais usage de cette responsabilité, qu’ils ne voient pas le lien entre d’une part le traité de Lisbonne (projet pour le futur) et d’autre part “tout ce [qu'ils] doivent à l’Europe pour leur réussite économique” (constat du passé) et qu’ils risquent de céder aux “anti-européens”, encore une fois confondus avec ceux qui voudraient un autre choix pour, précisément, l’Europe…
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Euh... Vraiment ? | Taggé: Le Monde, Irlande, Referendum |
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Mercredi 30 avril 2008
En première page du Monde paru ce 30 avril, sur la colonne de gauche, ce titre : “La mère de Houellebecq n’était pas morte”. Suit un article qui se continue sur l’intégralité de la page 3, et où Florence Noiville nous explique que, contrairement à ce que l’écrivain avait annoncé dans une interview aux Inrocks (hélas non référencée), sa maman est toujours en vie. Je n’irai pas plus loin dans le résumé car, comme on peut s’en douter, tout ceci ne présente pas grand intérêt. On est donc stupéfait de trouver cette information en haut de la “Une”.
Si quand même, on apprend quelque chose : la dite maman est qualifiée, à 83 ans, de “néo-soixante-huitarde”… Comprend qui peut !
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Euh... Vraiment ? | Taggé: Houellebecq, Le Monde |
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