Décidément, quoiqu’il dise, le Monde n’est pas à l’aise avec les images.
En page 6 du numéro daté d’aujourd’hui, accompagnant un article de Sylvain Cypel titré : “Première victoire pour Barack Obama avec l’adoption du plan santé à la Chambre ” une photo représentant le président US au milieu d’un groupe de 6 personnes, des ” membres de la Chambre des représentants ” dit la légende.
Merci du renseignement : quand on y regarde d’un peu plus près on s’aperçoit que ces “membres” anonymes sont, entre autrees, rien moins que la “speaker” de la Chambre, Nancy Pelosi, à la droite du Président, et que le chef de la majorité démocrate à la Chambre, Steny Hoyer, à sa gauche.
On aurait aimé le savoir…
Bizarrement, au premier plan à droite, devant un épais pilier, un grand type qui ressemble à un agent de sécurité semble se cacher du groupe principal. Sur la photo du site lemonde.fr il est accompagné d’un second agent qui a disparu de la version papier laquelle, pour une fois, est en noir et blanc… On aurait préféré un cadrage plus serré sur ces “membres de la Chambre”…
Des correcteurs, SVP !
Jeudi 29 octobre 2009En page 5 du numéro d’aujourd’hui, une présentation par Paul Benkimoun des grandes lignes du dernier rapport de l’OMS sur les principaux facteurs de mortalité dans le monde, résumées dans un tableau.
On apprend dans celui-ci que dans les pays à hauts revenus, l’Hyperglycémie est à la fois le deuxième (16,8% du nombre de morts) et le cinquième (7,0%) facteur de mortalité. Un peu beaucoup pour un seul facteur !
En fait, il s’agit, en deuxième rang, de l’hypertension, comme l’indique l’original, facile à trouver sur une page web qu’il suffit de traduire de l’anglais. Encore faudrait-il le faire correctement, “Indoor smoke from solid fuels” devenant “Inhalation de fumée de combustibles solides”. Est-ce si difficile d’avoir des correcteurs ?
J’ajoute d’ailleurs que je suis un peu perplexe de voir figurer indifféremment dans le tableau des causes (Tabagisme, Manque d’eau, Rapports sexuels à risque, par exemple) et des conséquences (Hypercholestérolémie, Hypertension artérielle). Il s’agit là de la responsabilité de l’organisation, mais on s’étonne que Le Monde ne s’en étonne pas…
Puisqu’il est question de correcteur, celui-ci aurait pu signaler que dans l’article de M. Roche, en bas de page 3, le trader milliardaire Marc Rich s’exprime “dans un anglais légèrement teinté d’accent allemand”, mais qu’il “n’a cessé de vouvoyer son interlocuteur”. Il aurait eu du mal à le tutoyer dans la langue de Shakespeare, non ?
Débat ?
Jeudi 8 octobre 2009En page 10 du numéro d’aujourd’hui, un entretien avec le sociologue Éric Maurin, auteur du livre La Peur du déclassement (“Un livre décapant et passionnant”, écrivent les interviewers, Luc Bronner et Catherine Rollot) sous le titre : « Toute réforme sera perçue comme une remise en cause d’un statut acquis ».
L’interviewé insiste sur la dichotomie, pour lui essentielle, entre les catégories “protégées” et celles qui ne le sont pas.
Quatre personnalités ont été appelées pour présenter leur “regard” sur l’ouvrage : la représentante du patronat, un syndicaliste, deux politiques (un de l’UMP, et un du PS). Une grande diversité, donc. Et ces “regards” sont contrastés. Sauf qu’aucun d’entre eux ne remet en cause le fait que le clivage passerait entre diverses couches de la population dont certaines seraient protégées, donc favorisées, essentiellement entre les salariés à statut (principalement les fonctionnaires) et les autres, tarte à la crème du politiquement correct de ces dernières années.
On ne s’étonnera pas de trouver Mme Parisot et M. Bertrand dans ces avis convergents. On ne s’étonnera pas non plus, hélas, d’y trouver aussi François Chérèque et Manuel Valls, ce dernier semblant être le plus enthousiaste.
Le Monde n’a pas jugé utile d’ouvrir un peu l’éventail de ces “regards” vraiment très consensuels…
Assassin !
Vendredi 18 septembre 2009Il m’arrive souvent dans ce blogue de montrer du doigt des titres mal fagotés, ou des photos inadéquates. Le Monde d’aujourd’hui me donne l’occasion de joindre les deux.
Un titre en haut à droite de la Une nous dit : “Il voulait tuer Chirac, le président a voulu comprendre”. Sous le titre, une photo montre l’ancien président de la République suivi de près par Jean-Pierre Raffarin.
Tel que, on ne peut en tirer qu’une conclusion : c’est bien l’ancien premier Ministre qui a voulu trucider le chef de l’État !
PS. Toujours un problème de titre, en page 4, à propos de la grippe A : ” Le gouvernement promet la transparence sur l’évaluation des effets des vaccins afin de rassurer la population “.
Savoir d’avance qu’une évaluation à venir pourra à coup sûr “rassurer la population” met fortement en doute la valeur de cette évaluation ainsi que sa transparence, et donc les raisons pour la dite population d’être rassurée !
Rupture…
Mercredi 16 septembre 2009On lit en bas de la page 7 du numéro d’aujourd’hui, 16 septembre, le titre suivant : ” Maroc : Six jeunes poursuivis pour avoir voulu rompre le ramadan en public”.
L’expression “rompre le ramadan” n’est pas très claire, sans doute aurait-il fallu écrire plutôt “rompre le jeûne”, mais le rédacteur n’a sans doute pas voulu faire de fausse répétition entre “jeune” et “jeûne”.
Bref, le problème est ailleurs. La rupture du ramadan, comme celle du jeûne, se comprend aisément comme le fait, en fin de journée, d’entrer dans la période nocturne où l’on peut boire et manger, entrée qui se manifeste par un repas appelé iftar. Mais on ne sache pas que cette circonstance doivent obligatoirement se passer en privé, même si elle se déroule souvent dans le cercle familial.
D’où mon étonnement en lisant ce titre. En fait, il s’agit de bien autre chose, plus grave : des jeunes gens ont voulu réclamer publiquement le droit de ne pas faire le ramadan.
Encore un titre mal fagoté. J’ajoute que l’article se termine par un autre de ces tics dont Le Monde est coutumier : “Ce mouvement a été initié par…”
Rentrée…
Jeudi 3 septembre 2009Je notais avant-hier un des “tics” de langage du Monde, et voilà qu’aujourd’hui, en page 2 de ce numéro du mercredi 2 septembre, c’est Francis Marmande qui en parle.
F. Marmande est une de mes raisons de lire encore ce journal (une autre était Pessin, mais il n’y figure plus)… Que dit notre chroniqueur ? Qu’on emploie les mots à tort et à travers (et il cite d’ailleurs en passant une autre de mes admirations, Gérard Genette), mais que lui a pris le parti d’en rire, parfois en se moquant de son interlocuteur : « Comme tu dirais »… Cependant, il n’échappe pas à la dure loi du néologisme, et écrit à ce propos : “juste pour jouer”, utilisant “juste” là où “seulement” aurait suffi, comme je le notais déjà ici…
PS. Comme je le faisais remarquer dans l’avant-dernier billet de ce blog, on lit encore dans ce même numéro, en page 23, une critique de film (Les regrets de Cédric Kahn), dont l’auteur, Jean-François Rauger, ne nous parle (sauf le nom des acteurs et une référence à Truffaut) pas autrement que s’il s’agissait d’un roman ou d’une pièce de théâtre…
“Dès” quand ?
Mardi 1 septembre 2009Retour de vacances, Monde épisodique… Pas pu noter grand chose, donc, sinon l’effet pervers d’un tic linguistique de plus en plus répandu et auquel le journal, comme il se doit, n’échappe pas. Mercredi 26 août, en Une, un titre : “Nous serons 7 milliards de terriens dès 2012″.
“Dès” 2012 ? Cela donnerait à penser que la croissance démographique mondiale est plus forte que prévu… Je croyais le contraire. Et c’est précisément ce que confirme le corps de l’article, où l’on apprend par exemple que nous serons 9,4 milliards en 2050, “bien loin des 15 milliards” pronostiqués naguère.
“En” 2012 aurait donc largement suffi ! L’erreur vient de cette utilisation désordonnée de l’adverbe “dès” qui, maintenant, ne signifie plus “en avance”, “plus tôt que prévu”, “d’urgence” mais, bêtement, “à partir de”. Le quotidien l’utilise d’ailleurs ainsi dans ses auto-promotions : “dès vendredi” pour les CD, par exemple… Mais on lit parfois, dans des vitrines : “Chemises dès 20 euros” ! En tout cas, ce titre est en contradiction avec l’article qu’il introduit.
Pas de cinéma
Mercredi 5 août 2009Surprise en page 17 du Monde du 5 août : une critique de livre. Elle est signée Jean-Luc Douin. Je m’y plonge : JLD m’y raconte une histoire intéressante, centrée sur le jeu d’échecs ; il me parle de l’intrigue, de sa problématique, du personnage central, Hélène, fort intéressant, et conclut : “Quoi qu’il en soit, que ce soit vis-à-vis de l’homme ou du jeu, Hélène restera femme fidèle.”
Cela s’appelle “Joueuse”.
Je cherche les références, et je tombe sur ceci : “Film français de Caroline Bottaro, avec Sandrine Bonnaire, Kevin Kline, Francis Renaud, Jennifer Beals. (1 h 37.)”
Un film ? Mais rien dans l’article ne le laissait entendre ! Je le relis avec plus de soin : si, une phrase : “Hélène, qu’interprète Sandrine Bonnaire” et une autre, métaphore trop attendue : “Le film, lui, avance malicieusement plusieurs pions à la fois.” Même la photo qui accompagne l’article aurait pu être une illustration de couverture, si ce n’était sa légende, elle aussi bien prévisible : “Hélène (Sandrine Bonnaire) avance son fou en diagonale”. C’est tout.
Strictement rien sur le jeu des acteurs, la photographie, les mouvements de caméra, la mise en scène, le montage, la vision de la réalisatrice, que sais-je… L’intrigue, et ses protagonistes, point.
C’est une manie fréquente de la critique française de films de ne pas parler de cinéma. Mais là, on atteint quand même un sommet.
Mammifères…
Mardi 4 août 2009Le Monde du 4 août entame, en page 17, une série d’articles de Catherine Vincent dont le premier est intitulé : “Il était une fois deux sexes”. On y lit d’emblée :
“Nous aurions pu n’en avoir qu’un seul, qui se serait suffi à lui-même. Ou trois, ou quatre. Ou un nombre variant selon les saisons. En mammifères que nous sommes, ce fut deux. Deux sexes.”
Bigre, tout cela donne fortement à penser que la dualité sexuelle n’est propre qu’aux mammifères… Hélas (ou pas !) il n’en est rien : des tas d’oiseaux, de poissons, de reptiles, ou même de plantes, sont là pour nous prouver le contraire et assument bravement, comme nous, la dualité masculin-féminin, en fait la plus largement répandue dans le règne du vivant.
PS. Le Grand Vérificateur de mots du Monde doit être en vacances : on lit dans ce numéro une phrase comme “Les autorités marocaines n’auraient-elles été que dans la manipulation” (p. 6) et surtout deux titres dans la même page 2 : “Pour rester le bain” à propos des mondiaux de natation à Rome, et “Les Palestiniens en mal représentation et de stratégie”.
Dans la Lune
Mardi 21 juillet 2009Un dossier de 12 pages, dans le Monde du mardi 21 juillet, pour célébrer les quarante ans du premier pas sur la Lune.
Je passe sur la dernière page du dossier, entièrement consacrée à des dessins de Plantu, qui a rarement fait preuve d’un tel manque d’inspiration et ce, hélas, aux dépens d’Hergé et de Tintin…
Non, ce qui justifie mon billet, dans les pages 6-7 consacrées par Jérôme Gautheret aux précédents littéraires de voyage dans la Lune, c’est l’article intitulé “Un voyage en dirigeable pour Edgar Poe”.
D’abord, le principe : “C’est en 1783 (…) que les frères Montgolfier font la première démonstration de leur ballon gonflé à l’hydrogène.” Faux, le ballon des frères Montgolfier fonctionnait à l’air chaud. Il y a confusion avec le ballon de Jacques Charles, utilisé à la fin de la même année.
J. Gautheret écrit par ailleurs : “Depuis cette date, on sait qu’il est possible à un objet plus lourd que l’air de s’extraire de l’attraction terrestre”. Or le principe même des ballons (autant que des dirigeables) est précisément que ces aérostats sont, au total, plus légers que l’air. Il faudra attendre l’extrême fin du XIXe siècle pour voir enfin s’envoler des plus lourds que l’air, les avions, après d’ailleurs de longs débats théoriques sur la possibilité d’un tel vol !
Quant à “dirigeable”, le ballon des frères Montgolfier n’en est pas un : on ne peut le “diriger” ; celui attribué à Hans Pfaall, le personnage d’Edgar Poe (qui ne fait pas cette erreur, et pour cause), n’est l’est pas non plus. Ce ne sont que de simples ballons. Le premier dirigeable au sens propre sera construit par l’ingénieur Henri Giffart en 1852.
PS. Le bandeau en haut de la Une du journal annonce : “Marchons sur la Lune : un dossier spécial + un double album de Tintin”, sans autre précision, laissant entendre (à tort) que le second est gratuit, comme le premier !
Publié par dailleurs
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