Trop de dépenses publiques ?

Vendredi 17 mai 2013


Et encore un graphique mal fichu dans le Monde, le défaut ayant, ici, la caractéristique de distordre fortement l’information.
Page 3 du cahier Eco&entreprise, en haut à droite, accompagnant un article sur le montant des dépenses publiques, un graphique titré : " Depuis l’euro, l’écart avec l’Allemagne est devenu abyssal". Déjà, ce terme m’a fait tiquer.
Ce qui m’a fait tiquer également, c’est l’absence d’axe des ordonnées ; seulement trois chiffres situés à gauche, pour chacune des trois courbes présentées , à l’année 2001, comme on le voit ci-dessous :

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Si l’on mesure attentivement l’échelle de cette ordonnée, on voit qu’elle coupe l’axe des abscisses aux environs de la valeur 35 ; ce genre de distorsion a un effet bien connu, celui d’exagérer énormément les différences verticales. En fait, pour 2012, la différence avec la moyenne européenne est inférieure à 7 points, et avec l’Allemagne d’un peu plus de 11 points ; certes, ce n’est pas rien, mais bien moins "abyssal" que ne le suggère ce graphique trompeur.


Trop, c’est trop ?

Mercredi 15 mai 2013


Un dessin de Plantu, en Une du numéro du 24 avril, a bien failli me faire interrompre définitivement, et ma lecture régulière du Monde, et donc la rédaction de ce blog.
On le retrouve ici.
On y voit à gauche un rappel de la célèbre admonestation de Sarkozy envers un citoyen quelconque (coiffé d’une casquette ouvrière à l’ancienne, cependant) : « Casse-toi pauv’con ! » ; à droite, Hollande décorant de la Légion d’Honneur un individu muni lui aussi d’une casquette (mais moderne, genre base-ball) et surtout d’une énorme massue plus ou moins cloutée, semblable à une masse d’arme médiévale, le Président lui disant : « Casse, mais pas trop » ; au-dessus, à côté du titre "Amnistie sociale" le même individu (ou son jumeau) démolissant une usine avec la dite massue.
Sur la page du dessinateur, un commentaire dit : « … ce dessin est bien sûr à lire au second degré !!! ». Je n’en crois pas un mot. À côté de ce mauvais jeu de mot, habituel chez Plantu, c’est toute une conception des rapports sociaux qu’on retrouve ici, avec en plus la contre-vérité sur l’attitude de Hollande face à cette amnistie.
Comme le dit le sous-titre de mon blog : " Le pire des quotidiens français à l’exception de tous les autres…". Quand j’aurai trouvé mieux, je passerai à l’acte ! Peut-être sur le web (suivez mon regard…), le jour où ça ne m’obligera plus à lire devant mon ordinateur.


Surtout, pas de politique

Mardi 2 avril 2013


Un article occupant toute la page 15 dans ce numéro du 2 avril, consacré à "L’autre bataille de Paris", celle qui oppose, en vue de l’élection municipale de 2014, deux candidates à la candidature au sein de l’UMP : Rachida Dati et Nathalie Kosciusko-Morizet.
Intéressant, en effet, de prendre connaissance de deux conceptions différentes, à droite, de la gestion de la capitale, de son avenir. des problèmes que pose le "Grand Paris", des relations avec la banlieue, etc.
Naïf que j’étais : de tout cela, il n’est jamais question sous la plume de Vanessa Schneider : chamailleries, coups fourrés, fâcheries, formules assassines, en gros, nous n’aurons droit qu’à de la politique politicienne "people".
Une page inutile, pour Le Monde, qui aurait pu la consacrer à bien d’autres sujets bien plus intéressants.


"Plus", ou "plus" ?

Mercredi 20 mars 2013


En page 8 du numéro du 20 mars, une notule titrée : Climat : « Plus d’ouragans extrêmes ».
Bonne nouvelle, me dis-je. Voilà un effet inattendu du réchauffement climatique, il n’y aura plus de ces catastrophes épouvantables. Je lis le texte, et que vois-je ? Qu’on va assister à une multiplication « par trois de la fréquence des ouragans ». Multiplication ? Ah oui ! Ce n’était pas « plus » qu’il fallait lire, mais « plus » ! Ce n’était pas « terminé », mais « davantage ».
J’ai rêvé…


Perles…

Jeudi 14 mars 2013


En page 13 du numéro de ce jeudi 14 mars, une interview d’Alain Finkielkraut par Benoît Floc’h, à l’occasion de la dernière année d’enseignement du philosophe à Polytechnique, prévue pour 2013-2014 (on a trouvé des événements plus fondamentaux et d’actualité !).
L’entretien est illustré par une photo du philosophe, l’air sévère, sur fond d’étagères de livres, et est ainsi commentée :
“ « En cheminant avec vos élèves, vous apprenez vous-même » analyse Alain Finkielkraut ”. On se pince devant le poncif, et l’admiratif "analyse", puis on se dit que le "légendeur" doit aimer les clichés rebattus.
Mais à relire le titre de l’ensemble, on finit pas conclure que c’est délibéré, peut-être même du sabotage, allez savoir. Jugez-en :
“ « Enseigner à Polytechnique « c’est poser les questions qui méritent d’être formulées » ”.
Bravo ! Les enfileurs de perles ont envahi le quotidien…


Cause désespérée

Mardi 12 mars 2013


En page 18 du numéro du 12 mars, un intéressant article de Sylvie Kauffmann "Big Data, grand fossé".
Il commence ainsi :
"Au risque de contrarier les pourfendeurs d’anglicismes dans les médias (une cause noble, mais parfois désespérée), cette chronique ne pourra éviter l’expression « Big Data ». Un rapide coup d’œil à la traduction française "grosses données" devrait les aider à compatir. »
Quelle accumulation d’hypocrisie en si peu de mots.
Déjà, les méchants "pourfendeurs d’anglicismes" stigmatisés par ce qualificatif agressif, d’autant que leur cause est "désespérée" ; un "compatir" sans doute mal employé, au lieu de "consentir" ; et puis une proposition de traduction aussi piteuse que ridicule, qu’il serait vraiment facile de… pourfendre ; quant au "ne pourra éviter", effectivement on ne pouvait l’éviter, comme toujours dans ces cas-là, qu’en faisant appel à un peu d’imagination et d’astuce. Mais laissons aux habitants des États-unis le monopole de leurs qualités, eux qui ont la ringardise de persister à être créatifs dans leur propre langue !
Sans aller très loin, est-ce que "données de masse", ou "giga données" n’aurait pas été assez clair ?


Habēbā́mus papam

Lundi 11 mars 2013

Retour de vacances, je reproduis ici le "courrier des lecteurs" que j’ai envoyé au Monde il y a un mois, et que voici :

Normalité ? Le Monde du 13 février ne tarit pas d’éloges sur la décision de Benoît XVI. Un grand titre en "Une" ("Le geste qui change l’Église") et un éditorial qui salue une "entrée dans l’ère de la modernité" et "de la normalité". Tout ça pour ça ? Faut-il que l’Église soit une institution bien archaïque pour qu’on célèbre à ce point une décision absolument normale dans n’importe quelle autre organisation, même monarchique (en dépit de ce qu’évoquent certains articles du même numéro) comme la récente abdication de la reine Béatrix de Hollande. On aurait été plus enclin à se réjouir si le changement de l’Église et son entrée dans la modernité avaient plutôt pris la forme d’un renversement de son attitude sur le mariage des prêtres, la contraception ou l’ordination des femmes. Mais ne rêvons pas. La modernité, la normalité et le changement sont encore loin.

Ce billet n’a pas été publié, mais il a été cité deux fois longuement dans l’article du Médiateur du numéro du 23 février. Je répondais, non pas à la "couverture médiatique à laquelle a eu droit" la démission du pape, comme le notait Pascal Galinier, mais bien à la prétention du Monde de faire passer la chose comme un signe de modernité et de normalité.


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